L’acte d’offrande, fruit de la petite voie

Vivre dans le Christ : S’offrir à Dieu, dans l’instant présent.

La composition de cette longue prière fournit à Thérèse l’occasion de préciser les fondements théologiques de sa petite voie et la manière de la vivre. Puisque cette petite voie est le fruit de la communion avec Dieu déjà réalisée pour nous dans le Christ, c’est dans le moment présent que la sainteté chrétienne est à vivre. Cette sainteté consiste à mettre en œuvre notre consécration baptismale et Thérèse rejoint ici en profondeur l’exhortation faite par Saint Paul aux chrétiens de Rome :

« Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » (Rm.12,1s)

S’offrir à Dieu à travers toutes nos actions et jusque dans les réalités les plus humbles de l’existence, voilà la sainteté que tout baptisé est appelé à vivre par la grâce du Christ pour communiquer aux autres ce salut qui est paix, confiance, bienveillance, compassion, joie…

1. L’aboutissement de la petite voie (9 juin 1895)

À la suite de son acte d’offrande à l’amour miséricordieux, Thérèse est inondée des flots de l’amour divin. C’est le temps de la maturité et du don de soi. L’être de Thérèse est unifié. Toute sa vie gravite autour de l’amour de Jésus et au service de sa mission.

Elle peut écrire : « je n’ai plus aucun désir, si ce n’est celui d’aimer Jésus à la folie… » (f° 82v°) Sûre de la tendresse de Dieu, elle est en mesure de s’offrir à lui « en victime d’holocauste à l’Amour Miséricordieux ».(f° 84r°) Elle ne pense plus alors à ses désirs, mais à la joie de Dieu, au propre désir de Dieu ! Puisque toutes ces marques de tendresse dont elle fut l’objet témoignent assez combien Dieu a le désir de nous combler de son amour, elle veut s’offrir à lui pour qu’il puisse le faire totalement jusqu’à la consumer entièrement dans son amour divin ! Thérèse vit alors, à la suite de son acte d’offrande, une expérience de l’amour du Christ qui dure plusieurs jours. Elle est hors d’elle-même et comme abîmée dans cet amour.

L’acte d’offrande à l’Amour miséricordieux que Thérèse fait le 9 juin 1895 est donc l’aboutissement de la petite voie. La structure de cette longue prière en est d’ailleurs une parfaite expression. Les cinq éléments constitutifs de la petite voie fondent les motifs de la démarche de Thérèse tandis que la finale constitue l’expression de l’acte d’offrande au sens strict.

2. sens de l’acte d’offrande

« Afin de vivre dans un acte de parfait Amour » : vivre dans le Christ ressuscité, vivre de la vie du Christ.

« Je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux. » : s’offrir, c’est s’en remettre totalement à l’autre, c’est engager notre liberté dans le consentement à la volonté de Dieu, dans le don de soi aux autres par amour.

« à chaque battement de mon cœur » : vivre dans l’instant présent la communion avec le Christ et le don de soi à sa suite.

« Je veux » : c’est un acte volontaire et libre porté par une reconnaissance inépuisable pour la bonté et la miséricorde de Dieu.

La réponse à l’amour de Dieu consiste à s’offrir, c’est-à-dire à se confier à lui de telle sorte qu’il puisse agir librement comme le potier le fait avec l’argile qu’il façonne. L’amour de Dieu consume tout, même nos imperfections. Cette offrande est à vivre dans l’instant présent avec la grâce de Dieu donnée rien que pour aujourd’hui.