Vie du père Jacques

Jacques de Jésus (Lucien Bunel, 1900-1945)
« par la Croix vers la lumière, il n'y a pas de rédemption sans effusion de sang, qui fait la vérité vient à la lumière »
« par la Croix vers la lumière, il n’y a pas de rédemption sans effusion de sang, qui fait la vérité vient à la lumière »

Frère “Jacques, mon pur feu flambant…” Ces mots nous disent quelque chose de la personnalité, de l’être du Père Jacques de .Jésus. Insaisissable et imprévisible comme la flamme, il éclaire et réchauffe ceux qui l’approchent, mais parfois il peut aussi brûler. Fascinant et déroutant comme le feu, avec ses ombres et ses lumières, il avait comme tout homme ces pauvretés et ses richesses. Tout cela s’unifie peu à peu dans une union toujours plus intense au Christ, au Christ crucifié et ressuscité, auquel il se laisse conformer par l’esprit de charité.

« L’homme, créature de Dieu, ne peut être pleinement homme que s’il est un saint. » (Parlons des enfants)

Elle est longue la route qui conduit le petit Lucien Bunel, de son village de Barentin au camp de déportation de Mauthausen. Long chemin d’humanité, de disponibilité, de réponse aux appels successifs. Il n’était pas un saint, mais il a cherché à le devenir en vivant les promesses de son baptême, exerçant sa liberté et renonçant à sa volonté propre. Il ne cesse de demander l’aide de la prière des autres pour devenir Saint.

« Continuez de prier pour moi, afin que je réalise toute la sainteté que le Bon Dieu a décrété que je devais réaliser. J’ai encore une telle masse d’humain à enlever ». (Lettre du 22/9/1931)

Mais comme il semble court et fulgurant ce parcours qui ne dure même pas cinquante ans. Durant les quarante-cinq années de sa vie, il a mis tout ce qu’il est à la disposition de Dieu, pour son service et pour celui de ses frères

« C’est là, la vie du prêtre. Oublier tout, quitter tout, même la vie pour les autres. N’exister. que pour les autres, que pour leur faire connaître Jésus et le leur faire aimer. » (Lettre du 26/01/1921)

Né en 1900, dans une famille pauvre et laborieuse, le petit Lucien BUNEL veut devenir « un grand monsieur le curé ». Les campagnes déchristianisées, les enfants livrés à eux-mêmes donnent à sa passion d’apôtre et d’éducateur de s’éveiller et de s’affermir. Il prend le temps du cœur à cœur avec Dieu dans le silence d’une chapelle de campagne ou dans le calme et la splendeur de la création.

« Tout à l’heure, je vais monter sur le haut de la falaise m’enivrer de soleil, d’air frais et d’harmonie… Je vais communier au Bon Dieu présent dans toutes ses œuvres, au milieu du calme, du recueillement de la campagne, je vais le sentir présent, là tout près de moi. » (lettre du 22/03/1925)

« J’ai trouvé dans le calme du bois, dans le murmure des arbres, dans la prière des oiseaux une reposante consolation. Comme on sent le Bon Dieu près de soi dans la pleine nature. » (Lettre du 13/06/21)

Quelques mois avant son ordination diaconale, il est nommé professeur au collège Saint Joseph du havre et se donne tout entier à sa nouvelle tâche. Il est ordonné prêtre le 11 juillet 1925. Il répond à de nombreuses demandes et se laisse dévorer par mille et une activités. Mais en secret, au profond de son cœur, il entend l’appel à suivre Jésus au désert.

« On ne sait pas le bien que l’on peut réaliser à distance, uniquement par la prière. » (Lettre du 25/06/1928)

Après bien des luttes intérieures et extérieures, il quitte le diocèse de Rouen et entre dans l’Ordre des Carmes Déchaux.

A Lille avec des anciens élèves de saint Joseph du Havre
A Lille avec des anciens élèves de saint Joseph du Havre

« Oui c’est bien pour cette vie-là que je suis fait, pour cette bonne vie de recueillement, d’oraison, d’union au Bon Dieu et de pénitence… » (Lettre du 1/03/1923)

« L’oraison, c’est le cœur de l’homme devant le cœur de Dieu, ce sont les yeux d’un pauvre être aimant dans les yeux de Dieu, c’est l’âme, toute brûlante, sans un mot devant Dieu, tendue, avide, vers Dieu, se fondant d’amour devant Dieu, s’ennuyant de son Dieu, pleurant d’ennui de Dieu… » (Retraite à Chaville, pour 1’Ordre séculier, 1936)

Père Jacques à son bureau
Père Jacques à son bureau

Par obéissance à ses supérieurs, il devient le fondateur et le directeur du petit collège d’Avon. Il va y déployer les multiples ressources pédagogiques de son âme d’éducateur. Il veut que “ses” enfants deviennent des hommes accomplis, conscients de leurs responsabilités futures, qu’ils soient des saints en germes…

« La seule éducation vraie, celle qui donne des résultats complets et définitifs consiste à apprendre aux enfants à faire usage de leur liberté. » Soyons courageux. Le vrai but de toute éducation doit être la sainteté. » (Pour l’éducation des enfants, 1935)

Il élargit l’horizon de leur pensée. éveille leur curiosité à la culture dans toute sa diversité ; il aiguise leur sens de la justice sociale. Il se livre à eux de tout son être. De façon humoristique un professeur dira : « au collège, eau, gaz, électricité et Père Jacques à tous les étages ».

Son cœur est blessé par les actes de barbarie du régime nazi.

Les gestes d’ignoble brutalité accomplis par les gouvernements actuels de l’Allemagne et de l’Italie sont écœurants. Le dégoût qu’ils soulèvent est tel qu’on reste impuissant à trouver le cri capable de libérer la conscience du poids écrasant d’indignation et de colère qu’elle porte. » (Article écrit en 1938)

Bouleversé, il se met du côté de ceux qui souffrent, de ceux qui sont persécutés :

« Je me sens tellement maladroit. Et pourtant j’aime si profondément tous ceux qui souffrent, il me semble que je me ferais tuer pour sauver n’importe lequel d’entre eux. » (Lettre de 1932)

En janvier 1943, il accueille sous une identité d’emprunt, trois enfants juifs. Le 15 janvier 1944, avec le Père Jacques, ils sont arrêtés par la Gestapo. Celui qui porte le nom “de Jésus” est ému comme son Maître, le Christ, par la détresse des compagnons d’infortune qu’il rencontre à la prison de Fontainebleau.

« Il faut des prêtres dans les prisons, si vous saviez… » (Témoignage de F.X. de Sieyes)

« Il y a trop de malheureux, trop de souffrances ; je le sens, il faut que je reste ! » (Témoignage de Ch. Meyer)

Il fait le choix de suivre ses camarades d’infortune, de se faire le compagnon de chacun d’eux dans la nuit de l’horreur et de l’angoisse, dans le brouillard de l’avilissement de l’homme par des hommes…

Fontainebleau, Compiègne, Sarrebrück, Mauthausen, Güsen, Linz… d’étape en étape, son cœur et son être s’enflamment de charité. C’est la “seule loi qu’il connaisse”. Il se fait “tout à tous”. Stimulant par son attitude, il réchauffe par sa parole d’homme. Pour tous, croyants et non croyants, français et étranger, il témoigne en acte de la dignité de l’homme, de tout homme.

Prison de Fontainebleau
Prison de Fontainebleau

« Quelquefois, je me retournais pour le plaisir de le voir… Il obligeait par son attitude à rester calme. C’était un aimant et en même temps quelqu‘un de reposant. » Témoignage de L. Deblé, déporté à Güsen.

« Quand on rencontrait le Père Jacques, particulièrement dans un camp de concentration. on n ‘avait plus honte d’être un homme… C’était un homme qui vous réconciliait, dans la guerre, avec l’espèce humaine. “Témoignage de J. Gavard, déporté à Güsen.

Avec amour, le Père Jacques donne de son pauvre avoir, de son temps, de son être, dans le respect inconditionnel des convictions de chacun. Sa charité devient communicative… flamme d’espérance dans l’enfer des camps. Dans ces lieux de mort et de déchéances programmées, il parvient à célébrer l’Eucharistie et à donner le pardon de Dieu, manifestant ainsi le triomphe de la Vie, signifiant la victoire sur le mal.

Quelques semaines après la libération du camp de Mauthausen par les américains, le 2 juin 1945, il s’éteint, revêtu de l’habit du Carmel.

Père Jacques sur son lit de mort à Linz
Père Jacques sur son lit de mort à Linz

« Je n’aurais aucun sacrifice à faire pour mourir… C’est tellement bon de mourir… pour se jeter dans les bras du Bon Dieu. Enfin, tout ce qu’on a cherché péniblement pendant des années d’obscurité se trouve brusquement, là tout près, et pour l’éternité. » (Lettre du 9/02/1940)

La figure du père Jacques se dresse lumineuse dans la nuit la plus sombre de l’histoire des hommes. Sa flamme parvient jusqu’à nous. Dans ses divers écrits nous recueillons quelques étincelles jaillissant de son cœur brûlant d’amour pour Dieu et pour les hommes. Approchons-nous de lui… le feu qui consumait son cœur embrase déjà le nôtre …

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