2e Dimanche T.O., Jean 2, 1-19

Le vin de Cana

Ce miracle de Cana est dans toutes nos mémoires, et nous sommes habitués à admirer comment le Fils de Dieu, à la prière de Marie sa mère, a anticipé le moment où il devait commencer à révéler sa gloire. Aujourd’hui, pour aborder ce miracle par un autre angle, nous allons nous tenir du côté des serviteurs, qui n’ont rien dit, mais ont tout vu, qui n’ont fait que des actions tout ordinaires, mais ont collaboré d’abord sans le savoir à un grand miracle.

Ils ont eu au début affaire à la seule mère de Jésus, qui leur a dit seulement : « Faites tout ce qu’il vous dira. »Et que leur a dit Jésus ? -« Remplissez d’eau ces cuves ! » Voilà ces hommes en plein désarroi. Ils avaient vidé les cuves après les ablutions rituelles des convives, et Jésus leur demande de les remplir de nouveau d’eau propre. Une vingtaine de seaux par cuve, et il y en avait six ! Tout ce travail pour rien, pensent-ils. A quoi bon toute cette eau puisque les convives maintenant sont attablés ? Il faut vraiment que Marie se soit montrée convaincante : elle était si impressionnante dans sa certitude ! Pour elle ils vont obéir, et sans rechigner, puisqu’ils remplissent les cuves jusqu’au bord.

Et Jésus de leur dire : « Puisez maintenant et portez-en à l’ordonnateur du festin. »

On assiste alors à un curieux manège : ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent tout se taisent. Entre les cuves et le verre du marié, l’eau s’est changée en vin. Or les serviteurs savaient bien qu’ils avaient puisé de l’eau. On entend l’ordonnateur du festin féliciter le marié, qui n’y comprend rien ; mais pas un mot de Marie, et silence total aussi de la part des serviteurs. Jésus a opéré le miracle, mais jusqu’au bout il a voulu se servir de l’action des serviteurs, et c’est avec l’eau propre de l’obéissance que Jésus a régalé la noce.

L’Évangéliste ne nous dit pas comment le miracle a été salué ni comment le rôle de Marie a été reconnu. Très sobrement il mentionne que ce fut le premier des signes opérés par Jésus, et que les disciples commencèrent à voir sa gloire, c’est-à-dire l’union indicible du Père et du Fils.

Si simple et si dépouillé, notre récit se montre plein d’enseignements pour nous, humbles tâcherons de l’Évangile.

D’abors nous sommes certains de rester dans la volonté de Dieu quand nous suivons à la lettre les directives de notre Mère Sainte Thérèse de Jésus. « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Toute sa spiritualité est là dans ce simple conseil qu’elle donne à ceux et celles qui veulent bien lui faire confiance. « Qu’il me soit fait selon ta parole » : c’est bien la même pente du cœur vers la volonté de Dieu, et c’est là, à cette liberté de cœur, qu’elle veut nous conduire.

Ensuite, par notre obéissance, nous devenons des ouvriers et ouvrières du miracle. Jésus, qui pourrait assurer seul la joie de toute une noce, veut donner à ces hommes très humbles la joie d’avoir puisé de l’eau. C’est Jésus qui fait tout, et c’est Jésus qui nous donne de tout faire, dès lors que nous ne nous laissons pas rebuter par les dehors apparemment inutiles de l’obéissance.

D’ailleurs, pour reprendre les propres termes d’un père de l’Église :« Ils n’ont pas tout bu ; nous en buvons encore ! » et bien que serviteurs, nous sommes des invités de la noce du Fils de Dieu. La seule chose importante est que Jésus, dès qu’il aura parlé, nous trouve prêts à remplir à ras bords toutes les cuves de notre passé, pour qu’il y verse le vin nouveau que lui seul peut apporter.

Enfin, selon les paroles de la petite Thérèse, qui ont dans son esprit valeur d’explication : quand la Vierge Marie semble ne pas répondre à notre détresse, c’est qu’elle ne veut pas. Point final.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.