2e Dimanche de Pâques ; Jn 20, 19-31

Le dimanche de l’octave de Pâques, chaque année, la liturgie nous donne d’entendre l’épisode de l’incrédulité de l’apôtre Thomas. L’Église nous propose cet épisode pour nous aider dans notre propre cheminement, pour affermir notre foi dans la résurrection qui n’est pas une évidence, pas plus hier qu’aujourd’hui. Pour affermir notre foi au Christ ressuscité, la liturgie nous rappelle que cette foi s’appuie sur l’expérience des apôtres qui ont vu et touché Jésus ressuscité, expérience qui rejoint celle des générations de chrétiens qui se sont succédé depuis des siècles et qui ont reconnu Jésus vivant aujourd’hui, résurrection qui éclaire aujourd’hui notre vie pour lui donner un sens nouveau.

Finalement mieux que Thomas, nous avons 3 piliers pour appuyer notre foi : le témoignage et l’expérience des apôtres, notre propre expérience spirituelle vécue en Église, et la lumière de l’Évangile qui éclaire notre vie.

Tout d’abord, notre foi s’appuie sur le témoignage et l’expérience des apôtres qui ont vécu avec Jésus, l’ont vu mourir sur une croix, puis l’ont revu vivant, ressuscité. Comme nous le rapporte les Évangiles, les apôtres ont bien vu Jésus mourir, et ils en étaient complètement bouleversés, déboussolés, il pensait que tout était fini. Puis, le 3e jour après sa mort, voilà que non seulement le tombeau est vide, mais aussi ils revoient Jésus vivant de leurs yeux de chair. Celui qu’ils croyaient mort, le voilà au milieu d’eux, ils peuvent le toucher, partager avec lui leur nourriture. Cet évènement est trop surprenant pour eux, ils sont déconcertés, et pour y croire, pour ne pas penser que c’est un mirage, Jésus se laisse toucher, et les disciples constatent ébahis qu’il a bien des os et une chair.

Mais 2000 ans après l’expérience des premiers chrétiens, pourquoi croire encore à leur témoignage ? Est-il encore véritablement crédible pour nous aujourd’hui ? Ne serait-il pas un mythe, une reconstruction inventée pour cacher un échec ? Deux caractéristiques des témoignages et de l’expérience des apôtres nous permettent d’écarter cette interprétation selon laquelle la résurrection du Christ serait une invention des apôtres.

Tout d’abord, les Évangiles il nous montre que les apôtres ont été les premiers surpris par la résurrection de Jésus, même s’ils en avaient été d’une certaine manière prévenue. Les récits du nouveau testament nous montrent que les apôtres avaient du mal à y croire. Si les apôtres avaient d’eux-mêmes eu la volonté de fonder une nouvelle religion, et développer leur propre Église, ils se seraient vraisemblablement donné le beau rôle, ils auraient mis en avant non leur incrédulité, mais leur foi et leur propre capacité et compétence. Or, les textes évangéliques et le nouveau testament général, nous montrent leurs faiblesses, particulièrement lors de la passion, puis la peur qui les saisit et qui les fait fuir jusqu’au jour de la Pentecôte. Pour surpasser tout cela, pour faire de ce petit groupe replié sur lui-même dans la peur d’ardents apôtres à proclamer l’incroyable, il a bien fallu un évènement extraordinaire qui puisse les retourner complètement.

De plus, dans leurs expériences et les récits qu’ils nous ont transmis, les apôtres n’essaient pas de gommer toutes les différences, ni les aspérités, voire les contradictions. Pour convaincre les hommes, pour partager leur foi, les apôtres n’ont pas construit entre eux un récit unifié et harmonisé comme on se construit un scénario entre comploteurs. Les apôtres n’essaient pas de bâtir un scénario pour manipuler des incrédules, ils partagent simplement ce que chacun a vécu. Les Évangiles dans leur diversité et même leurs contradictions ne sont pas des tentatives d’escroquerie spirituelle. Dans les séries policières, on sait bien que les témoignages qui concordent parfaitement sont le plus souvent les alibis construits entre les coupables. Tel n’est pas le cas des récits des apôtres que l’Église continue de transmettre dans leur diversité.

Et depuis des siècles, les générations des chrétiens se sont transmis les récits des apôtres, et ces récits rejoignent leur propre expérience spirituelle pour pouvoir affirmer à notre tour que Jésus est bien vivant aujourd’hui. De façon nouvelles mais avec les mêmes caractéristiques essentielles, chaque génération chrétienne a pu expérimenter la présence vivante et agissante de Jésus ressuscité au cœur de notre vie personnelle comme de la vie de l’Église. Depuis 2000 ans, depuis le groupe des 11 jusqu’à notre assemblée d’aujourd’hui, les chrétiens partagent une même expérience de foi qui exprime ainsi la permanence de la présence du Seigneur au milieu de nous. Cette convergence d’expérience spirituelle au-delà du temps et des diversités historique, et à travers différentes cultures, nous rassemble aujourd’hui et en définitive, n’est-ce pas là le plus grand miracle de Jésus ?

Enfin, la lumière de la résurrection éclaire nos vies pour lui donner un sens nouveau qui nous fait percevoir encore mieux la valeur et la dignité de la personne humaine. La foi chrétienne propose cette participation à l’amour de Dieu comme expression de la vie éternelle en professant la résurrection des corps. Chaque personne pourra participer à l’amour éternel de Dieu et ainsi réaliser sa capacité d’aimer et d’être aimé avec tout son être, corps, âme et esprit. L’unicité de la vie humaine dit clairement son sérieux, son importance. Unicité de la vie qui ne peut se répéter, unicité de la personne où l’âme et le corps sont liés. Ma vie terrestre est le chemin vers l’éternité comme elle est le lieu unique où je peux réaliser ma capacité d’aimer. Dire que ma vie ne se répètera pas comme dans la réincarnation, c’est prendre au sérieux ma liberté et ma responsabilité, c’est affirmer l’importance des choix que je pose aujourd’hui. Ma vie actuelle est le lieu où je peux réussir ma vie, et où je me prépare à accueillir l’amour éternel.

De plus, à côté de l’importance cruciale de ma liberté et de ma responsabilité, croire à la résurrection, c’est croire aussi que l’amour de Dieu est plus fondamental que ma capacité personnelle à réussir ma vie par mes propres forces. En effet, si dans ma vie, j’ai à poser des choix pour accueillir l’amour de Dieu, je sais que ma participation à la vie éternelle dépend moins de mes mérites que de l’amour de Dieu pour moi. Ma participation à la vie éternelle, ne sera pas la récompense des efforts réitérés, mais un don gratuit de celui dont j’accueille l’amour. Croire à la résurrection, c’est donc croire à la valeur unique de ma personne, mon corps n’est pas une simple enveloppe, et ma vie n’est pas purs aléas que je pourrais reprendre à l’avenir, ma vie et ma personne sont uniques.

La résurrection dit donc la dignité et l’importance de chaque vie humaine, et la résurrection affirme aussi la primauté de l’amour gratuit de Dieu pour chacun de nous par rapport à notre capacité personnelle à construire notre salut, notre bonheur par nos seules forces. Ainsi, si la résurrection n’est pas une évidence et qu’elle continue à interroger notre rationalité, cependant l’expérience historique des 11 apôtres qui rejoint la nôtre aujourd’hui et éclaire notre vie, tout cela nous permet de tenir paisiblement notre foi en la résurrection de Jésus qui est une promesse pour chacun de nous. Oui, aujourd’hui comme hier, Jésus est vivant, il est ressuscité et il donne un sens nouveau à ma vie. Il me donne de partager sa vie divine et d’espérer la pleine réalisation de ces promesses, voilà la Bonne Nouvelle de ce matin de Pâques !

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.