Témoignages sur les groupes carmélitains

Quelques témoignages sur les Groupes Carmélitains

Témoignage de Robin, 38 ans

Le groupe, j’y participe depuis sa création. Cela fait maintenant deux ans. Deux ans où je quitte le samedi ma Normandie, pour marcher sur les pas de Thérèse d’Avila.

La première année fut une fenêtre qui s’ouvre sur le mont Carmel.

Ce fut une bouffée d’oxygénation pour respirer ma vie de prière.

J’en retiens surtout les questions techniques, pratiques : l’oraison, c’est quoi ? comment faire oraison ? combien de temps ? quand ? dans quelle position ? Le regard intérieur.

Cela me donna des bases, ce qui affermit ma pratique. Le fait aussi de rencontrer d’autres personnes en chemin sur la même voie me donna de l’assurance pour continuer et oser ma vie de foi. Oser l’appel qui est le mien, sans savoir lequel il est , tout en le cherchant encore.

En parallèle je m’engageai dans la voie de l’animation d’aumônerie dans une maison de retraite. Cela me fit changer mon regard sur la vie de prière. Je passais de pratiquant à proposant.

La deuxième année, le parcours des textes de Thérèse m’emmena sur des questions plus personnelles. Au travers des questions sur le texte, chacun est invité à s’interroger sur ce qu’il voit dans le texte. Comme nous sommes différents, chacun y voit un chemin différent. Et bien personnel. C’est l’occasion de relire sa vie, personnelle, professionnelle ou spirituelle.

À ce stade, l’approche évolue. Cela devient plus intime. vivant. Commence la rencontre avec la pensée de Thérèse. C’est le moment où je réalise combien la pensée de Thérèse est puissante et vivante. Je comprends en quoi elle est une Sainte, en quoi elle transmet aujourd’hui quelque chose à ceux qui se sentent interpelés par son message et qui ont envie de la suivre.

Une Amitié venue d’ailleurs

Le Carmel… Pour moi, ce mot a longtemps porté un poids et un mystère caché derrière de très hauts murs, ceux d’un carmel tout près de ma ville natale. Les questions se sont imprimées dans ma mémoire, des questions qui me faisaient peur, une impression d’enfermement, de perte irréversibles… d’incompréhension totale.

La réponse à ces questions difficiles à formuler m’a été donnée des décennies plus tard quand la porte des Amitiés Carmélitaines s’est ouverte et que l’amitié m’a invité à y entrer. Une Amitié manifestement venue d’ailleurs, de plus loin, de plus haut, de plus près, du plus proche… Une Amitié qui est offerte, qui demande à être reçue et qui vous enveloppe à l’heure de l’oraison. C’est un don fragile qui grandit au fur et à mesure des rencontres. Prier ensemble, se recueillir ensemble, s’accueillir mutuellement avec confiance et discrétion, le groupe carmélitain le rend non seulement possible mais visible. Se sentir entourée de personnes amies près du tabernacle soulève un élan discret et permet l’expérience d’un côté d’un silence habité, et de l’autre d’une persévérance dont on ne se sait pas forcément capable seul.

Par ailleurs si la lecture et les échanges autour d’un écrit de Thérèse d’Avila ou de Jean de la Croix nous permettent de réagir avec nos sensibilités et nos expériences propres, ils ont surtout l’avantage de nous rapprocher de ces saints ou saintes du Carmel, de redonner vie et sonorité à une parole qui nous interpelle chacun et chacune dans notre vie de tous les jours et s’imprime dans la mémoire du cœur. Peu à peu, lentement, patiemment, la parole réconforte toujours et bouscule parfois des torpeurs insoupçonnées ! Très souvent, une question formulée par l’un des participants trouve son écho chez un autre, une prière devient nôtre, ce qu’on n’a pas osé dire ou demander prend corps, l’Amitié s’étend de proche en proche… Et l’oraison s’incarne et prend un visage. De même que la souffrance exprimée, partagée est portée par tous et s’en trouve plus supportable, de même la joie d’un événement heureux s’en trouve multipliée.

De sujets de réflexion, de méditation, Jean, Thérèse, Édith deviennent des vivants, des amis et cette amitié s’élargit à une dimension insoupçonnée, inespérée mais bien réelle. Entrer dans l’Amitié carmélitaine, se laisser séduire par la qualité d’une relation simple, se laisser nourrir et porter quand les propres forces se retirent, se sentir entourée par des présences amies dans cette quête alors que pendant si longtemps on ne sait même pas qui l’on cherche, ce sont quelques facettes de la richesse qui se cache derrière de si hauts murs… Retrouver la joie simple et rassurante de ces rencontres autour et avec les saints et les saintes du Carmel est un souhait exprimé par tous ceux qui ont eu la chance de la découvrir et d’y goûter.

M.T.

Le Seigneur présent au cœur de ma vie

 « Seigneur fais que je sache la route à suivre, car vers toi j’élève mon âme » Ps 143

Sur l’heureuse proposition d’une très bonne amie, je suis venue rejoindre l’an dernier le petit groupe carmélitain qui se réunit au Carmel de la ville où j’habite.

Après un temps de prière silencieuse, nous nous retrouvons pour échanger : à travers les beaux textes proposés, ceux du frère Laurent de la Résurrection par exemple ou en ce moment les écrits de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, nous partageons nos réflexions, nos découvertes, nos difficultés, nos expériences, nos peines, nos joies …

À chaque nouvelle rencontre une phrase, une idée vient m’interpeller, elle me montre la route à suivre, elle m’aspire un peu plus vers « le ciel », et j’essaye de m’en nourrir…

Cette appartenance au petit groupe a dynamisé ma foi ; cela m’a redonné une nouvelle impulsion dont j’avais besoin au quotidien.

Quelle joie d’essayer de se conformer à la volonté du Père.

Quelle joie de pouvoir prier et cheminer ensemble dans ce lieu béni où nous nous rencontrons dans ce même désir d’élever nos âmes…

Quelle joie d’essayer de mettre en pratique ces aspirations dans les petites choses toutes simples de nos vies d’épouses et de mères, et dans nos engagements divers…

Quelle joie d’avoir au cœur ce désir d’être « louange de gloire… »

Quelle grâce aussi de pouvoir être portées par toute la communauté des sœurs du Carmel.

Quelle grâce de mettre le Seigneur bien vivant, bien présent, au cœur de ma vie, d’apprendre à lever régulièrement les yeux vers lui en toutes nos activités, tout au long de la journée.

Mais il y a encore bien du chemin à faire ! Seigneur, tu me montres la route à suivre…

A.  

La fidélité dans la prière

« Comment ancrer la fidélité dans ma prière personnelle ? Telle était la question à laquelle je m’affrontais depuis longtemps jusqu’au jour où au cours d’une conversation dans le train au retour d’une retraite, j’appris l’existence d’un groupe de personnes qui s’entraidaient sur le chemin de la prière.

Je me joignis à ce groupe et ne fut pas déçu. J’y ai fait l’expérience de la force de la prière pratiquée durant les temps de prière de la réunion, une expérience qui vaut toutes les théories en ce domaine.   La fréquentation des saints du Carmel à travers le témoignage de leurs écrits m’a aussi beaucoup éclairé en me faisant découvrir les points communs de l’expérience spirituelle au delà de la diversité des situations ou des vocations.

Mais le plus important est peut-être d’avoir touché du doigt que la fidélité dans la prière n’est pas seulement affaire de volonté. L’Esprit Saint désiré, demandé, y a son mot à dire.

C.

Contemplation au cœur de l’action

Je ne sais pourquoi, il me fallut appeler une amie. Je ne savais rien d’elle ou peu de choses. Nous ne nous connaissions pas plus que cela, ne nous étions ni vues ni appelées depuis plusieurs années. Elle m’avait déjà vue pleurer un matin de ce même désemparement. L’Amour pour les hommes était au milieu. Elle avait été sur le chemin, comme cet après-midi là. Elle me proposa de rejoindre un groupe carmélitain. Il m’en coûta de la suivre dans ces réunions. Je n’ai pas trop de contact avec le Ciel. Pour moi la « religion » éloigne de l’amour des hommes. Porteuse de bannière, elle met des barrières et des identités là où il n’y a qu’unité et contact vivant.

Je la suivais cependant. C’était, pour l’instant, tout ce qu’il m’était demandé de faire. La seule chose que je savais, c’est qu’il me faudrait attendre, je ne déciderai de rien. Il me faudrait « travailler » à l’idée de perdre ce que je pouvais prendre pour mon indispensable. Perdre pour mieux comprendre, aimer mieux, aimer simplement, aimer lumineusement.

« N’aie pas peur », c’est ce que signifia mon entrée dans le groupe.

Je pensais que j’allais trouver dans nos réunions le silence et l’intelligence, l’explication. Je ne trouvais rien de tout cela. Les personnes qui sont dans ce groupe ont une intelligence que je n’ai pas. Elles ont la compréhension du cheminement, sont en mesure d’établir des repères et de décrire les différentes étapes qu’ont franchies les grands spirituels à partir des textes que nous avons étudiés.

Je n’ai aucune analyse, ne me souviens de rien. Grand blanc. Je serais la dernière de la classe si nous avions interrogation écrite, le professeur étant en droit de penser que je n’ai rien écouté. Ce qui n’est pas le cas. Dans nos réunions, je n’apprends pas, j’entends, je n’écoute pas, je vis. Je ne connais aucune distance en mesure de me faire comprendre.

Je suis une femme d’action. Je ne comprends qu’en agissant et c’est au cœur même de l’action qu’il m’est donné de recevoir le silence, inondation de bonheur et de grâce, invisible aux yeux de ceux qui me voient m’agiter devant eux.

Ce petit groupe n’est pas un lieu de réunion, un lieu à part. Il est profondément ancré au cœur de mon action qui prend pour moteur et destination l’Amour des hommes. Il est une pensée, par-delà les mots et les explications, profondément agissante qui trouve son expression et sa révélation dans les instants de tous les jours.

Il m’est arrivé de voir, au plus profond de ces silences qui me soulèvent et m’emportent en des instants fulgurants de douceur infinie, les visages, à la fois un et différenciés des personnes de ce petit groupe, nos enseignements mutuels, nos questionnements et témoignages. Parole vivante à visage humain – cadeau de la vie, à visage connu. Parole au sein de laquelle il n’est besoin d’aucune compréhension. Ce petit groupe est une prière accomplie. Contemplation au cœur de mon action. 

D.