Après la Pentecôte

PARAPHRASE
De la Prose Veni Sancte Spiritus

Divin Auteur de tous les dons, bien qui surpassez tous les biens et qui les répandez dans l’âme que vous enrichissez, Esprit Saint, communiquez à la mienne en ce jour, toutes les grâces qui peuvent remédier à ses misères. Le nombre en est effrayant ; mais, le fût-il davantage, elle ne sont point au-dessus de vos compatissantes miséricordes. La gloire du médecin est de guérir les plaies qui sont dangereuses ou invétérées. Venez, céleste Médecin des âmes : la mienne a besoin de tout votre secours.

Venez, descendez sur moi, Esprit sanctificateur : faites briller en moi un rayon de votre lumière, allumez en mon cœur une étincelle de vos feux sacrés ; c’en sera assez pour m’éclairer, pour me purifier, pour m’embraser. Venez, mon cœur est ouvert pour vous recevoir ; c’est vous qui m’en avez inspiré le désir. Couronnez-le, exaucez-le. Détruisez, réformez, remplacez en moi tout autre esprit ; l’esprit du monde, cet esprit d’orgueil, cet esprit de sensualité, cet esprit de dissipation, cet esprit d’amour propre, cet esprit de délicatesse pour tout ce qui me flatte, ou ce qui m’offense, cet esprit de mollesse et de lâcheté pour les devoirs qui me gênent ou me contrarient, cet esprit d’affection aux vanités et aux pompes de la terre. Venez, sanctifiez mon âme et toutes ses affections, mes pensées, mes paroles et mes actions ; que tout ce qui est en moi porte, désormais, l’empreinte de votre sainteté.

Je suis dans une indigence bien humiliante ; mais vous êtes le Père des pauvres. Riche des biens de ce monde, je suis dépourvue des biens du Ciel, des seuls biens véritables ; mais vous êtes le Dispensateur de tous les trésors.

Je ne suis que ténèbres et aveuglement ; mais vous êtes la source des lumières.

Divin consolateur ! mon âme languit sous le poids de son affliction ! Mon cœur incertain et volage s’égare sur les objets divers qui paraissent vouloir lui offrir le bonheur. Illusion funeste ! c’est en vous seul qu’il réside : il n’y a d’heureux que le cœur où vous régnez : possédez le mien : la plus douce paix accompagnera l’onction que vous y verserez : elle sera le baume qui adoucira mes plaies, et mes peines intérieures.

Lumière éternelle et vivifiante, guidez-moi, soyez toujours ma véritable vie, fixez-moi dans les sentiers de votre loi, et ne permettez pas que je m’en écarte jamais, pour marcher dans les voies qui conduisent à la perdition.

Que votre grâce, semblable à une eau purifiante, me lave de toutes mes souillures. Telle qu’une rosée salutaire, elle me pénétrera dans mes langueurs, elle m’enivrera des plus pures délices. Qu’elle touche mon cœur, qu’elle l’échauffe, qu’elle se l’attache par des liens que le péché ne puisse plus rompre.

Esprit de sainteté, accordez-moi tous les dons que vous répandîtes avec tant d’abondance sur les Apôtres et sur les premiers fidèles. Les dons de sagesse et d’intelligence, les dons de science, de conseil, de force, de piété et de crainte. Ils me soutiendront dans les routes glissantes de la grandeur. Ils me détacheront de moi-même : ils m’enchaîneront à Dieu pour tous les jours de ma vie, pour tous les instants du jour.

Couronnez ces faveurs que je sollicite avec toute l’ardeur de mes désirs, par la grâce qui met le comble à toutes les autres, celle de vivre saintement, de mourir saintement, de régner éternellement avec vous ; c’est le vœu de mon cœur, dans ces moments heureux où il s’apprête à vous posséder : et que son dernier soupir sur la terre soit un désir nouveau de vous aimer toujours.

Paraphrase
De l’Hymne Veni Creator Spiritus

Divin Esprit, créateur de l’univers, venez descendez sur moi, répandez abondamment vos grâces dans cette âme qui fut l’ouvrage de votre puissance miséricordieuse. Vos propres bienfaits parlent en sa faveur. Si elle a eu le malheur d’en abuser, ou de n’en pas profiter, ils n’en sont pas moins un témoignage que vous l’avez aimée, et que vous êtes disposé à l’aimer toujours.

Condamnée à couler mes jours dans cette vallée de larmes, en butte à toutes les misères qui en sont l’apanage inséparable, je trouverai dans vous ma solide consolation, celle que le monde et tout ce qu’il a de plus flatteur ne saurait me procurer. Vous êtes au-dessus de tous les biens ; vous êtes le seul bien que je doive ambitionner ici-bas : le seul bien qui doit suffire à mon bonheur dans le ciel. Vous êtes le don par excellence du Très Haut ; la source de la vie, le feu pur qui consume toute affection terrestre, la charité par essence, l’onction qui par sa douceur pénètre, inonde, comble tous les cœurs. Le mien pourrait-il être heureux, lorsque vous n’y fixerez pas votre demeure, lorsque vous n’en ferez pas votre sanctuaire ?

De vous seul émanent les trésors qui doivent enrichir l’âme chrétienne ; dans les différents dons que vous lui communiquez, éclate cette divine bonté avec laquelle vous daignez pourvoir à ses divers besoins. Oui, j’y reconnais la magnificence du Père Eternel envers chacun de ses enfants ; et l’accomplissement des promesses que son Fils lui a adressées avant de monter au ciel. Vrai Dieu, je vous adore, je révère tous les prodiges que vous opérez en ce jour ; je ne désire autre chose que d’y participer moi-même, en devenant cette créature nouvelle que vous formez et que vous confirmez par votre grâce.

Dissipez par vos lumières toutes les ténèbres qui m’environnent : faites luire au milieu des nuages terrestres qui couvrent mon entendement le beau jour des vérités éternelles : que du fond de mes sens grossiers, il ne s’élève plus d’obscurités qui me dérobent vos pures clartés. Que ma volonté n’ait plus d’autre inclination ni d’autre ardeur que celles d’être occupées de vous et de votre amour.

Eloignez de moi tous les assauts de l’ennemi du salut : donnez-moi la grâce de triompher de ses attaques, et cette heureuse et inaltérable paix qui est le fruit de la victoire. Que toujours protégée par votre invincible défense, je me garantisse de tous les pièges que j’aurais à redouter de la part du monde, et de moi-même : vivez, régnez, présidez au milieu de mon cœur, et il n’est plus d’ennemi qui puisse jamais me paraître redoutable.

Ranimez ma foi, dirigez-la dans tous les hommages qu’elle doit rendre au Père Tout-Puissant, à Jésus son Fils unique, à vous-même, Esprit sanctificateur, à l’adorable Trinité, Dieu seul en trois personnes : que cette foi soit également efficace et soumise : qu’elle m’attache inviolablement à l’Eglise, infaillible dépositaire de la vérité ; que j’honore cette foi par mes œuvres ; que je la soutienne par ma protection ; que je la conserve par ma vigilance.

Aidez-moi dans tous les temps à glorifier Dieu le Père, mon Sauveur ressuscité ; et vous, notre puissant consolateur, pardonnez-moi toutes mes désobéissances à vos divines inspirations, mes résistances, mes réserves et tout ce qui a pu vous contrister dans les délais et dans les refus de ma correspondance. Je vous écouterai désormais avec docilité, je vous suivrai avec promptitude, je vous obéirai avec la résignation la plus dévouée, avec la reconnaissance la plus fidèle, avec l’amour le plus vif, le plus constant. Puissent les fruits ineffables de votre présence, puissent-ils en ce moment et toujours, se répandre, et persévérer dans mon cœur et dans mes œuvres. Ainsi soit-il.