Complément Textes d’Edith Stein

QUELQUES TEXTES D’EDITH STEIN

En 1917, Edith apprend la mort de son ami, le professeur Adolphe Reinach. Avec appréhension, elle va rencontrer la jeune veuve, et elle est étonnée par la façon dont Anna traversa sa souffrance

Ce fut ma première rencontre avec la croix et avec la force divine qu’elle donne à ceux qui la portent. Je vis pour la première fois l’Eglise, née de la souffrance rédemptrice du Christ dans sa victoire sur l’aiguillon de la mort, visible devant moi. Ce fut l’instant où mon incroyance s’effondra, mon judaïsme pâlit et le Christ étincela, le Christ dans la lumière de la croix

Edith est en marche vers le Baptême, elle écrit à son ami le philosophe polonais Roman Ingarden, lettre 53 du 10-10 1918

Je m’oriente de plus en plus vers un christianisme positif. Cela m’a libérée de la vie qui m’avait abattue et m’a donné du même coup la force d’accueillir à nouveau la vie avec reconnaissance. Je peux donc parler dans un sens plus profond d’une « renaissance ». Mais la nouvelle vie est si imbriquée pour moi avec les évènements des dernières années que je ne peux aucunement en parler à part

E. Przywara cité par Olivier de Béranger « Edith Stein et la chasteté des choses » dans Nouvelle revue Théologique N° 114 (1992) page 540 Ce père qui aura l’occasion de travailler longuement avec Edith sur les traductions des textes du cardinal Newman ou de saint Thomas d’Aquin donne par deux fois le témoignage suivant : « C’est lors d’une promenade au bord du Rhin, à Spire, qu’elle me raconta , comment elle avait trouvé, encore athée, un exemplaire des « Exercices » (de Saint Ignace)chez son libraire. Elle s’y intéressa d’abord en tant que psychologue Mais elle découvrit très vite qu’on ne pouvait pas se contenter de les lire et qu’il fallait les faire. Ainsi entrait-elle comme athée, dans les grands Exercices, pour en sortir après trente jours avec la décision de la conversion » La lecture des Exercices par la phénoménologue née qu’était Edith Stein, a permis à cette âme assoiffée de vérité de mieux connaître le Christ et de mieux se connaître elle-même. Elle écrit plus tard : « Je rencontre dans mon être un autre Être qui n’est pas le mien mais qui est le support et le fondement du mien, en soi inconsistant et instable. Au fons de mon être, là où je me rencontre moi-même, je puis par la foi reconnaître l’Être éternel » Être fini, être éternel P 64

C’est au cours de l’été 1921, alors qu’elle est de passage chez son amie Edwige Conrad Martius, que la reconnaissance complète et définitive va se produire. Un soir Edith prend un livre dans la bibliothèque. Il s’agit de la vie de Sainte Thérèse d’Avila. En une nuit, elle en achève la lecture et referme le livre au petit matin en affirmant « là est la vérité ». Edith a rencontré le Christ Jésus. C’est par lui et pour lui qu’elle va vivre désormais. Un de ses derniers écrits l’atteste magnifiquement :

« Une nouvelle année dans la main du Seigneur – sans savoir si nous vivrons la fin de cette année. Mais si nous buvons chaque jour à la source du Sauveur, alors chaque jour nous entraînera plus profondément dans la vie éternelle » ESW1 du 6-1-1941

En 1933, lorsque le peuple juif qui demeure à jamais son peuple est atteint par la folie du national-socialisme d’Adolphe Hitler, Edith découvre dans ces évènements avec un regard de foi qui lui est personnel la main de Dieu et l’identifie avec la croix du Christ

« Sous la croix, j’ai compris le sort du peuple de Dieu qui déjà alors a commencé à s’annoncer. J’ai pensé que ceux qui comprenaient que c’était la crois du Christ, devaient, au nom de tous la prendre sur eux. Aujourd’hui, je sais certainement davantage ce que cela veut dire d’être uni au Seigneur dans le signe de la croix, mais on ne pourra jamais le comprendre à fond car c’est un mystère Lettre du 9-12-1938 à Mère Petra Brüning

Être fini, être éternel Pages 513 ; 517 ; 518 ; 520 ; 521 « C’est le Christ et non pas Adam qui est le premier-né de Dieu et la tête de l’humanité. Il est le premier- né, non seulement parce qu’il est le Fils éternel de Dieu, mais aussi selon nous en tant que père des élus, en tant que Verbe devenu homme dont le chemin sur la terre et la majesté céleste se trouvaient de toute éternité dans le plan de Dieu (…) Le Christ, le ressuscité, le roi de lumière est l’archétype et la tête de l ’humanité, la forme finale à laquelle est ordonné tout être humain et qui lui donne sens » « Par l’Incarnation du Verbe, la nature humaine est remplie de vie divine (..) Par ce débordement, le Christ devient dès le premier instant de son existence humaine, un esprit dispensateur de vie »

« La voie de la race humaine part du Christ pour aboutir au Christ (..) (il lui ouvre) « la réalisation de la fin à laquelle tend originellement tout être humain naturel : la participation à la vie divine dans le libre don personnel »

« Nous pouvons aller plus loin et comprendre sous le corps mystique, la création entière : selon l’ordre naturel, puisque tout a été crée à l’image du fils de Dieu et puisqu’il est entré par son Incarnation dans l’ensemble de la création. Selon l’ordre de la grâce aussi, puisque la grâce de la tête se répand à profusion dans tous ses membres, non seulement dans les hommes mais dans toutes les créatures. De même que dans la chute de l’homme , toute la nature inférieure à l’homme a été, elle aussi compromise, de même doit-elle être renouvelée avec l’homme par la Rédemption. En tant que tête de l’humanité qui unit en soi, le supérieur et l’inférieur, le Christ est la tête de la création toute entière »

Mystère de Noël Pages 31 34 35 « Dans la nuit du péché, c’est l’étoile de Bethléem qui luit, c’est l’ombre de la croix qui tombe sur la clarté de la crèche. La lumière s’éteint dans l’obscurité du vendredi-Saint, mais remonte, plus éclatante, soleil de grâce au matin de la Résurrection. C’est à travers les souffrances et la croix que le Fils de l’Homme fut élevé à la gloire de la Résurrection ; traverser la souffrance et la mort avec le Fils de l’Homme pour atteindre la gloire de la Résurrection, c’est le chemin ouvert à chacun de nous à l’humanité tout entière »

La science de la Croix page 18 « La croix ne constitue pas un but. Elle emporte nos âmes vers les hauteurs et nous les fait voir. Elle est l’arme puissante du Christ (…) avec laquelle il frappe avec force à la porte du ciel, tellement qu’il nous l’ouvre. Alors les flots de sa lumière jaillissent au dehors et enveloppent tous ceux qui montent à la suite du crucifié »

Lettre 129 du 26 décembre 1932 à Anne-Lise Lichtenberger « C’est une vocation que de vouloir partager les souffrances du Christ et de coopérer par là à son œuvre rédemptrice. Liés au Seigneur, nous sommes les membres du corps mystique du Christ. Le Christ continue à vivre dans ses membres et à souffrir en eux. Et cette souffrance endurée en union avec le Seigneur est sa souffrance, inscrite dans sa grande œuvre de Rédemption où elle porte du fruit

Eucharistie Mystère de Noël page 51 « Le Saint Sacrifice renouvelle en nous le mystère central de notre foi, le pivot de l’histoire du monde, le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption »

La femme et sa destinée (Amiot-Dumont 1956 page 58) « Une vie de femme pour laquelle l’amour divin doit devenir une réalité intérieur devra être une vie eucharistique »

Mystère de Noël page 46-51 « Pour pénétrer de vie divine toute une vie d’homme, il faut tout au long de sa vie être chaque jour en relation avec Dieu, écouter les paroles qu’il a prononcées et qui nous ont été transmises et obéir à ces paroles (..) Et le Verbe s’est fait chair, ce mystère est devenu réalité dans l’étable de Bethléem. Mais il s’est encore réalisé sous une autre forme. Celui qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle (…) La vie divine, en nous demande continuellement une nourriture. C’est là certainement le chemin le plus sûr pour conserver l’union à Dieu et pour s’enraciner chaque jour plus solidement et plus profondément dans le corps mystique du Christ (…) Nous devons créer dans notre vie, un espace pour la Sauveur eucharistique afin qu’il puisse convertir notre vie en sa vie. Est-ce trop demander ? (…) Vivre de l’Eucharistie signifie sortir insensiblement de l’étroitesse de sa propre vie pour naître à l’immensité de l’amour du Christ (…) Qui pourra assister au Saint Sacrifice de la messe, le cœur et l’esprit ouvert sans être pris par l’esprit de sacrifice et par le désir de se fondre, lui et sa pauvre vie personnelle dans la grande œuvre du Rédempteur »

La femme et sa destinée Page 98 « Quiconque cherche le Dieu eucharistique et lui demande conseil en toute occasion, quiconque se laisse purifier par la force sanctificatrice qui émane de l’autel et quiconque s’offre lui-même au Seigneur pour le recevoir dans la sainte communion au plus profond de son âme sera de plus en plus intensément attiré dans le grand courant de la vie divine, il s’intégrera au corps mystique du Christ et son cœur sera transformé à l’image du cœur divin

La prière de l’Eglise page 26 « C’est par le Christ seul que nous avons accès au père » Lettre 311 du 30-3-1940à Soeur Agnella Stadtmüller « Il sera notre vie éternelle et ici nous devons essayer de l’approcher autant que possible. Jésus s’est fait homme pour être notre chemin

ESW XI 6-1-1941 « Parcourons avec le Verbe de Dieu le chemin de sa vie terrestre tout au long d’une nouvelle année. Chaque secret de cette vie que nous essayons de scruter dans une contemplation aimante est source de vie éternelle. Et ce même Sauveur que la Parole de la Sainte Ecriture nous présente sous son aspect humain sur les routes de la terre, habite parmi nous, caché sous la forme du pain eucharistique. Il vient à nous chaque jour comme le pain de vie. Il s’est fait proche de nous sous ces deux aspects. L’un complète l’autre . Lorsque nous le contemplons tel que l’Ecriture nous le décrit, grandit en nous le désir de le recevoir dans le pain de vie. Le pain eucharistique d’autre part éveille en nous le désir d’approfondir notre connaissance du Seigneur par la Parole de l’Ecriture et renforce notre esprit de compréhension »

Être fini, être éternel page 517 « Il doit nous remplir de vie divine et nous conduire au Père céleste »

Prière de l’Eglise page 59-61 « Le Christ est l’unique chemin qui mène à la vie intérieure (…) son sang est le rideau par lequel nous pénétrons dans le saint des saints de la vie divine. Par le sacrement de confirmation, son sang empreint et fortifie le combattant du Christ et lui donne de faire une profession droite. Mais au sommet de tous les sacrements, il y a celui où le Christ est lui-même présent et fait de nous les membres de son corps (…) Membres de son corps, animés par son Esprit, nous nous offrons par Lui, avec Lui et en Lui et nous nous joignons à l’éternelle action de grâce »

Equipe de spiritualité de la fédération carmélitaine apostolique