Homélie 2e dimanche de l’Avent : « Convertissez-vous … »

donné au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Is 11, 1-10 ; Ps 71 (72) ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

« En ces jours-là paraît Jean le Baptiste… »

L’apôtre Paul écrivait aux croyants de Rome : « Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. » Ce besoin d’espérance n’est-il pas notre désir le plus vif en ce temps de l’Avent, dans nos existences ballotées par tant de vents contraires ? Aussi ai-je envie de vous proposer en ce 2e dimanche du temps du désir, de l’attente, de suivre pas à pas ou mots à mots ce que l’Evangile de ce jour nous offre avec la personne de Jean le Baptiste, celui dont Jésus disait aux disciples : « Je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. » (Mat 11,11). Avec un tel guide nous ne risquons pas de nous perdre. Ouvrons donc le Livre des Evangiles, recevons ce réconfort des Écritures dont parle l’apôtre Paul et marchons pas à pas au rythme de Jean le Baptiste.

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« En ces jours-là… ». La Parole de Dieu vient à nous, au cœur de notre histoire d’hommes et de femmes, dans l’aujourd’hui de nos vies. Et ce « en ces jours-là » résonne à nos oreilles comme une lettre que Dieu nous adresse ce matin pour guider notre marche à la rencontre du Seigneur et de nos frères et sœurs en ce 4 décembre de l’année 2016. Nous ne sommes pas dans un cours d’histoire, mais nous sommes habités par l’irruption de Dieu dans toute vie, toute histoire humaine, et donc de la nôtre. Nous sommes bien les destinataires de ce message.

« …paraît Jean le Baptiste ». Comme nous nous préparons à accueillir notre Sauveur, ainsi nous faut-il acquérir et développer en nous une attitude de destinataires. Jean le Baptiste est bien l’envoyé de Dieu, celui qui précède, qui interpelle pour activer en nous une disposition à l’écoute. Certes cet homme paraît bien étrange dans sa radicalité de vie. Il est l’hôte du désert par son choix de vie, mais Dieu ne cesse pas aujourd’hui de nous envoyer des témoins qui nous accompagnent sur ce chemin de l’avent et nous déstabilisent parfois. Qui cette semaine a été pour moi, pour nous, cette interpellation, ce rappel vivant d’un Dieu qui nous visite à chaque instant de notre existence, rappel de sa proximité ? Savons-nous encore nous laisser déranger dans nos habitudes, dans nos certitudes trop bien ancrées dans le passé ? A quelles audaces missionnaires sommes-nous alors appelés, avec ce terreau de notre histoire qui colle aux chaussures ?

« …Jean-Baptiste proclame dans le désert… » Ce désert est souvent mentionné dans la Bible. Il ne s’agit pas de ces belles étendues de sable fin sur papier glacé des catalogues d’agences de voyages, mais ce lieu aride, lieu par excellence de la rencontre avec Dieu. C’est le lieu des retrouvailles de Dieu avec son peuple, lieu des fiançailles. C’est l’espace choisi par Dieu pour nous retrouver en vérité et liberté. N’y aurait-il pas alors à choisir ces prochains jours un temps et un lieu propices pour nous préparer à l’accueil de Dieu en son Fils Jésus ? C’est bien de songer à la préparation de la crèche. C’est bien aussi de préparer mon cœur à l’irruption de Dieu dans mon histoire personnelle, familiale, ecclésiale. Car ce prophète Jean le Baptiste a pour mission d’appeler les hommes à un retour aux sources de la foi, et son cri retentit à nos oreilles. L’entendrons-nous ?

« …convertissez-vous… » Ce qui veut dire en termes bibliques : changez de chemin, ou « revenez au Dieu de l’Alliance » ni plus ni moins. Nous sommes peut-être un peu plus attentifs à la conversion en temps de carême, mais voilà que Jean-Baptiste se fait interpellant durant ce temps de l’avent. Jésus va raviver par sa personne le règne de Dieu, celui de l’amour qui s’est approché de tous et de chacun. Et cette volonté aimante de Dieu attend de nous une véritable conversion. Que pourrais-je accepter de changer en ce temps de préparation à Noël ? Quels appels nouveaux se font entendre dans mon existence pour déjà manifester la venue de Dieu en son Fils bien aimé Jésus ?

« …Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe … » Ainsi cette invitation au changement n’est pas un appel récent, il parcourt toute l’histoire biblique et nous rejoint aujourd’hui. Cependant là où le Baptiste se montre intransigeant, la parole du Sauveur, de Jésus de Nazareth se fera plus douce mais non moins exigeante. Jean le Baptiste annonce un Messie juge alors que Jésus se présentera sous les traits du Messie serviteur, de celui-là même qui au soir du dernier repas lavera les pieds de ses disciples, prendra la place de l’esclave. N’aurions-nous pas à accueillir un autre visage de Dieu révélé à Noël ? Dieu vient nous visiter. Il vient frapper à notre porte. « Celui qui vient derrière moi…tient à la main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Ce ménage que propose Jean le Baptiste en parlant de Jésus n’est-il pas l’image de ce que nous propose Dieu en ce temps de l’attente, du désir : un nettoyage de nous-mêmes pour accueillir Celui qui vient alors dans un cœur neuf ? Un renouveau de notre vie chrétienne ? Avant une certaine fièvre face à toutes ces demandes de consommation, laissons la Parole de Dieu nous visiter.

fr. Didier-Joseph - (Couvent d’Avon)