EXERCICE Pour l’anniversaire du jour de ma naissance

Exercice
Pour l’anniversaire du jour de ma naissance

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Ce jour, que je dois chaque année célébrer avec une reconnaissance chaque fois nouvelle, ne me rappelle pas uniquement un bienfait, qui m’est commun avec tous les autres êtres, ouvrage de la main du Créateur. Je ne dois pas non plus me borner à y considérer les avantages que j’ai partagés, dès le premier moment de ma vie, avec toutes les créatures intelligentes ; une âme raisonnable, des facultés spirituelles, le pouvoir de penser et de réfléchir et de m’élever au-dessus de tout ce qui est matière. Encore moins me conviendrait-il de m’attacher aux privilèges et à ces distinctions si brillantes aux yeux du monde, qui ont environné mon berceau. Hélas ! malgré tout cet appareil de grandeur, dont la Providence m’a investie, je n’ai apporté, comme les autres enfants d’Adam, que faiblesses, souffrances et péchés, des cris, des pleurs, des infirmités, telle fut ma première escorte sur la terre. L’éclat qui illustrait ma condition ne m’a pas rendue inaccessible à cette destination, à la fois douloureuse et humiliante. Ma naissance corporelle n’a donc rien qui doive intéresser aujourd’hui les affections de mon cœur. Dépouillée des autres faveurs qui l’ont suivie, elle ne serait digne que de mes regrets et de mes larmes, plutôt que de mes actions de grâces. Job n’a vu dans la sienne qu’un sujet d’affliction, lorsqu’il y découvrait tout ce qui faisait le triste apanage de l’humanité seule.

Le Chrétien porte plus haut ses regards. Je m’attacherai donc à envisager tout ce qu’il y a de glorieux et d’utile pour moi dans la grâce, qui ennoblit mon premier séjour dans le monde. Dieu, de toute éternité, me l’avait préparée ; il m’avait, dans sa miséricorde, séparée de la foule des idolâtres et des infidèles ; il avait réglé que je naîtrais au milieu des lumières ; il m’avait ainsi disposée à recueillir les fruits les plus précieux de la rédemption de son Fils. Régénérée dans les eaux du baptême, j’y ai recouvré la pureté de mon âme, la sanctification de mon âme, le bonheur de mon âme. Trois avantages, dont ce saint jour me retrace le prix.

1° Il n’est point de motif plus engageant pour le cœur que le souvenir des bienfaits. Aussi, Dieu l’employa-t-il autrefois à l’égard de son peuple, pour resserrer les nœuds qui devaient le lui attacher, en lui remettant devant les yeux les prodiges qu’il avait opérés pour sa délivrance. Il essayait de l’enchaîner à sa loi par les nœuds de l’amour et de la reconnaissance.

L’affranchissement d’une servitude temporelle peut-il entrer en comparaison avec celui des maux éternels, dont l’âme pécheresse devient la victime ? Or, telle est la faveur inestimable, dont le baptême m’a acquis l’heureuse possession. Héritière du funeste patrimoine, commun à tous les hommes, j’entrais, en naissant, dans les droits humiliants de la peine à laquelle ils sont tous soumis. Dieu, en me prévenant par les témoignages d’une libéralité dont je n’étais pas digne, ne découvrait en moi rien de moins odieux, que ce que lui offrent tant de païens plongés dans les ténèbres où ils naquirent. A consulter même sa justice dirigée par les lumières de sa prescience éternelle, que voyait-il dans la suite de mes jours, qui dût m’obtenir une prédilection aussi heureuse ? Abus de ses grâces, amour de moi-même, indifférence et tiédeur dans son service, inconstance dans mes promesses ; difficultés et contrainte éternelle à me soumettre au joug de sa loi, attachée au monde et à ses vanités, mépris, lâcheté, ingratitude, rechutes dans des infidélités mille fois désavouées, et presque toujours aimées, étaient-ce là des titres bien efficaces, pour obtenir de lui qu’il changeât sa haine en amour, et ses châtiments en bienfaits ?

Que dis-je, hélas ! le spectacle de mes misères spirituelles n’a point ralenti les bontés du meilleur des pères. Dès l’entrée d’une vie, où je ne pouvais lui adresser mes vœux et mon dévouement que par des organes étrangers, il daigne agréer les hommages qu’on lui présente en mon nom ; il brise les liens ; il m’arrache à l’empire de l’ennemi du salut ; il me lave dans les eaux sacrées du baptême ; il me purifie de toutes les taches de mon origine ; il m’élève à la plus glorieuse liberté, au droit d’être un objet de complaisance à ses yeux.

Combien d’autres esclaves du péché originel ont péri et périssent tous les jours chargés des mêmes fers qu’ils ont comme moi apportés en naissant, mais dont ils n’ont pas eu comme moi le bonheur d’être délivrés ! Sujet inépuisable de pieuses méditations ! par quelles actions de grâces reconnaître une préférence aussi marquée ? N’aurai-je donc été plus favorisée, que pour être plus insensible et plus ingrate ? Reproches cruels et déchirants ! Ah ! ne permettez pas que je les mérite jamais, ô mon Dieu ! achevez votre ouvrage ; et ce cœur que vous avez destiné pour être à vous, en l’inscrivant sur la liste de vos enfants, ne permettez pas qu’il déserte vos étendards, en rentrant sous la domination de l’esprit des ténèbres ; assujettissez-le tout entier à votre volonté sainte, et ne permettez pas que dans tout le cours de ma vie, il y ait une seule action, une seule démarche, qui ne soit un renouvellement des vœux du baptême.

2° Devenue enfant de Dieu, par le privilège de l’onction sainte qui me consacra sur les fonds augustes de la régénération ; que de grâces de sanctification n’ai-je point acquises ! Et que de moyens l’Église, à laquelle je commençai d’appartenir, ne m’en prescrit-elle pas ! Fortune, dignité, grandeur, richesses, distinctions, douceurs et plaisirs, non, vous ne fûtes point l’objet des vœux qu’elle adressa au Ciel pour moi, du moment où elle daigna m’adopter parmi ses membres. Un Dieu à aimer et à servir ; des voies de sainteté à embrasser et à suivre jusqu’au dernier soupir, telles furent les obligations qu’elle m’imposa ; les noms de mort, de pénitence, de croix, voilà ceux qu’elle fit retentir autour de moi. Elle en traça plusieurs fois sur moi le signe adorable, pour me consacrer aux souffrances et à la croix. Elle redoubla ses exorcismes, pour dissiper les ténèbres du démon ; elle me donna un vêtement, dont la couleur m’avertissait de la candeur qu’elle ordonnait à mes mœurs : elle me mit sous la tutelle immédiate des Saints protecteurs qu’on me choisissait, pour me servir de médiateurs et de modèles. Aux actes de foi qu’on lui réitéra pour moi, elle ajouta la vertu des prières multipliées, pour m’obtenir la grâce de la fidélité que je devais à mes saints engagements. Le cierge allumé, qui fut porté près de moi, indiqua ce que je devais au bon exemple. Le saint temple, où je fus admise, retentit de sons d’allégresse qui annoncèrent que j’aurais droit désormais à tous les trésors de sacrements et de supplications qui s’y distribueraient. Que de témoignages de ma consécration à Dieu ! Que d’obligations de tendre à la sainteté, attachées à la grâce de ma régénération, et exprimées dans les cérémonies que l’Eglise y a fait succéder.

3° Si le baptême est devenu pour moi le gage de ma vie en J.C., il devient aussi le gage de mon bonheur présent et futur ; je ne saurais être heureuse dès ce monde, qu’autant que je remplirai les lois de ma première consécration. Dès que je les violerai, pour m’assujettir encore au démon, au monde, à la chair et à leurs œuvres, je n’aurai en partage que le trouble du cœur et l’affliction de l’esprit. Suis-je fidèle à ces augustes promesses ? Dieu et sa paix règnent dans mon âme. Je goûte les délices anticipés de sa félicité éternelle. J’en attends, avec plus de confiance, la possession. Les mérites d’un Dieu-Sauveur, qui m’ont été appliqués au baptême, m’en donnent l’assurance, et c’est le point de vue qui soutient, qui anime, qui consomme mes travaux, ma confiance pendant ma vie et au lit de la mort ; en qualité de Chrétienne, j’ai droit à la gloire de Jésus-Christ notre auguste chef. C’est un héritage, dont le péché seul pouvait me frustrer. Ah ! plutôt perdre tout ici bas, que de le laisser un instant maître de mon cœur !

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CONSÉCRATION
à Jésus-Christ au souvenir de la grâce du Baptême

Que ne dois-je pas, ô mon Dieu ! à vos infinies miséricordes ? La voix de votre sang adorable a parlé de toute éternité en ma faveur. Vous m’avez discernée entre des millions d’êtres qui vous eussent mieux servi que moi, et qui sont restés dans le néant ; vous m’avez préférée à une multitude d’idolâtres, qui eussent profité avec plus de vigilance de vos divines lumières ; vous m’avez traitée d’une manière plus propice que vous ne l’avez fait à l’égard de tant d’autres, qui, dans l’instant de leur naissance ont trouvé celui de leur mort. Ce n’a pas encore été assez, Sauveur bienfaisant, pour votre amour attentif au plus grand de mes intérêts : après m’avoir placée sur la terre, vous avez daigné m’élever aux privilèges de vos enfants et de vos amis ; vous avez rompu les chaînes qui m’auraient captivée pour jamais sous la domination de votre ennemi qui est aussi le mien ; vous avez couronné le choix qui me faisait naître dans le sein de votre religion, par l’inestimable bienfait du baptême ; vous m’avez marquée du sceau qui distingue les chrétiens ; votre peuple chéri, vos enfants et ceux de votre Église, les cohéritiers de votre gloire. Je vous l’ai protesté sur les fonts où vous m’avez adoptée ; j’ai confirmé souvent avec connaissance, les augustes serments qu’on avait alors prononcés pour moi ; je les réitère tous à ce moment et dans leur étendue ; je renonce à Satan et à ses œuvres, au monde et à ses pompes, au péché et à toutes ses suggestions, à tout ce qui combat votre esprit, et à tout ce qui attaque votre loi. Régnez dans tout mon cœur, vivez dans tout mon cœur, je suis à vous par le bienfait le plus insigne, vous serez à moi par la fidélité la plus constante. Puis-je trop aimer, puis-je aimer trop tendrement un Dieu qui m’a aimée avant que je fusse en état de le connaître et de l’aimer ? Vierge sainte, vous dont j’ai éprouvé l’assistance maternelle dans tous mes jours et sur chacun de mes jours, protégez auprès de votre fils le renouvellement et la pratique de ces promesses de mon baptême : unissez votre médiation à celle de mon ange tutélaire, du saint Roi dont je porte le nom, et de tous les autres Saints qui sont les objets de ma confiance ; portez aussi aux pieds du Sauveur tous les vœux que je forme pour ceux qui me donnèrent le jour et pour toute la famille qui partage avec moi ce bienfait.