EXERCICE Pour la Fête de Saint Jean-Baptiste

EXERCICE
Pour la fête de Saint Jean-Baptiste

Marmousets

Parmi les enfants des femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Tel est l’éloge que Jésus-Christ, la vérité même, a fait de son saint Précurseur. Paroles divines et fécondes en réflexions salutaires ! Je vais les méditer dans le silence de mon cœur. Sur quoi est donc fondée la solide grandeur, au jugement de Dieu, seul appréciateur du vrai mérite ? Si j’approfondis en particulier sur quoi porte le glorieux témoignage que le Sauveur rend à Saint Jean-Baptiste, j’apprends à n’en connaître, à n’en estimer d’autre que celle qui peut vraiment me relever aux yeux de mon Dieu.

Tout ce qui est grand dans les vains préjugés des hommes ne mérite souvent que des mépris aux yeux de la foi. Rien au contraire de petit, rien de méprisable, de ce qui me conduit à Dieu, et me rapproche de lui.

Dirigée par ces principes que la Religion doit toujours me rendre présents, je ne cesserai de les opposer à la séduction et aux enchantements des grandeurs périssables qui m’environnent. Je lirai dans les vertus, que le Sauveur célèbre, comme le fondement des éloges qu’il donne à son Précurseur, tout ce qui peut me tenir moi-même en garde contre un vain éclat qui m’éblouit. J’y admirerai une vie innocente, une vie pénitente, une vie humble, une vie en tout consacrée à glorifier Jésus-Christ.

L’âme chrétienne n’a point d’autre route à suivre pour arriver à la véritable grandeur. Le modèle auguste que m’offre cette intéressante solennité n’est point disproportionné à mon état, non plus qu’à mes efforts. Tant d’autres s’y sont conformés, au milieu même des dangers de la Cour ; pourquoi y trouverai-je plus d’obstacles que les autres, avec tant de motifs pour les imiter et tant de facilités, peut-être, pour y réussir ?

1° Une sanctification prématurée avait été, à l’égard de Saint Jean-Baptiste, une prédilection bien précieuse ; mais en eut-il pour cela moins de vigilance à y correspondre ? Caché aux hommes, dans les ténèbres du désert, avec quel soin n’y préserva-t-il pas le trésor de son innocence ? Vœux les plus ardents, effusions multipliées de son âme pure, saints transports, doux entretiens avec son Dieu, prières assidues, hommages d’une vive confiance, pour hâter la venue du Libérateur d’Israël, telles étaient dans sa solitude les occupations pieuses dont il faisait le préservatif et le rempart de son innocence et de ses autres vertus naissantes.

Sans avoir reçu le même privilège, née enfant de colère, en suis-je moins obligée à conserver la pureté originelle que j’ai recouvrée dans mon baptême ? S’il ne m’est pas encore donné, comme au glorieux précurseur, de fuir dans le désert, et d’y chercher l’asile de mon innocence, combien d’autres moyens de grâce et de sanctification la divine Providence n’attache-t-elle pas déjà à ma situation, quelqu’exposée qu’elle puisse être ? Les diverses grâces que me procure la Prière, les Sacrements, les bons exemples, la protection de la Sainte Vierge et de mes Saints Anges, les lumières dont je suis sans cesse environnée, l’amour du devoir que Dieu a gravé dans mon âme, les vives inspirations qu’il me donne, avec une généreuse prodigalité ; tant d’autres secours que la divine Providence répand, au-dehors comme au-dedans de moi, ne sont-ce pas là des ressources bien puissantes contre toute atteinte du péché ? Que je serais donc malheureuse ! que je serais inexcusable de perdre la grâce de mon Dieu, par quelque faute grave ! Voilà, voilà le seul avilissement que j’ai à redouter ici-bas, et point d’autre trésor à conserver pour moi, que la pureté de mon âme.

Vase

2° Le Saint Précurseur sanctifié, même avant sa naissance, ne se borne pas à se dérober au commerce des hommes. Hélas ! jusque dans la solitude, on porte souvent le monde avec toutes ses dissipations. A ce premier préservatif de son innocence, Saint Jean ajoute les rigueurs d’une pénitence aussi continue qu’elle est sévère. Un Martyr long et volontaire, dès le commencement de ses jours, sert de prélude à celui qui doit les couronner. Une nourriture amère, un vêtement grossier, une continuité de jeûnes et d’abstinences qui m’effraie quelquefois, tant je suis lente à imiter les exemples des Saints. Quelqu’antre sauvage, exposé sans doute, à toutes les intempéries des saisons, un retranchement rigoureux des secours en apparence les plus nécessaires à la vie, voilà les différentes images sous lesquelles l’Évangile nous dépeint la mortification de Saint Jean-Baptiste au désert.

Ô mon Dieu ! vous ne m’avez pas appelée à ce genre de pénitence : mais vous m’ordonnez de le remplacer par une acceptation généreuse et soumise des infirmités corporelles. Non, non, pour être au milieu des délices du monde et de la Cour, je n’en suis pas plus autorisée à me dispenser de la pénitence de l’esprit et du cœur ; toujours celle-ci est de précepte et de nécessité. Toujours je puis suppléer à l’autre par la mortification de mes désirs, de mon amour propre, de ma volonté, de mille petits défauts que j’ai à combattre, à détruire, à prévenir. Trop de ménagements les rendraient essentiels : je me les pardonnerais peut-être, peut-être même viendrais-je jusqu’à réussir à les aimer.

3° Être humble avec un mérite honoré, ce fut encore pour Saint Jean-Baptiste un titre nouveau de grandeur devant Dieu. Il ne veut être respecté, ni comme Elie ou quelqu’autre des Prophètes, ni encore moins comme le Christ : il ne reçoit qu’avec pudeur les hommages qu’on rend à sa vertu, et rougit que l’on honore un disciple, faible écho du plus grand de tous les maîtres. Il lui défère tout ce qu’il reçoit de gloire ; il ne se réserve que celle d’être le plus abject de ses serviteurs et le moindre de ses organes.

Oh ! combien toute ma grandeur me deviendra utile, lorsqu’à l’exemple du modeste Précurseur, je la réduirai à glorifier l’Auteur de tous les dons ! Loin de moi toute flatterie qui tendrait à me faire oublier mes misères réelles, ou toute suggestion de vanité, qui détournerait, à mon avantage, un encens que l’équité, autant que la reconnaissance, doivent porter tout entier à Dieu. Les honneurs qui m’investissent sont le présent de sa main libérale. Ils ne me distingueront qu’à proportion de l’usage modeste et chrétien que je saurai en faire.

4° Un cœur dévoué, jusqu’à la mort, au service de Jésus-Christ et à la pureté de sa loi, met le comble aux grandeurs du divin Précurseur. Il annonce avec zèle la divinité de sa mission, et il maintient au prix de son sang, la sainteté de sa morale.

Dans le rang supérieur où Dieu m’a placée, je suis plus en droit de défendre ses intérêts, et toujours j’y trouverai plus de facilités. Mes exemples peuvent quelquefois suppléer à mes paroles : mais dans toutes les conjonctures où il m’est permis d’user de mon autorité, je serais inexcusable si je ne l’employais à venger la religion et à protéger la vertu. Le vrai zèle peut-il jamais manquer de ressources quand il est animé par un ardent amour pour Dieu ?

Prière à Saint Jean-Baptiste

orangers

Ô vous qui fûtes chargé du plus glorieux des ministères, qui vous y préparâtes par les plus sublimes vertus, et qui le remplîtes avec toute la sainteté qu’il vous imposait, agréez en ce jour le tribut de ma tendre confiance : portez tous mes vœux aux pieds de celui qui vous a choisi pour annoncer aux hommes l’avènement et les miséricordes de leur libérateur ; conjurez-le, par les droits que vous eûtes sur son cœur, de communiquer au mien l’amour et la pratique de tout ce qui rendit votre cœur si agréable à ses yeux. Obtenez-moi une pureté qui me tienne en garde contre toute la contagion de ce monde, et contre tout appât capable de m’y séduire. Obtenez-moi cet esprit de pénitence qui m’accoutume à mourir à moi-même, et qui m’aide à faire vivre Jésus-Christ en moi. Obtenez-moi une humilité fondée sur la connaissance de ce que j’ai été, de ce que je suis et de ce que je serai, et qu’elle serve à me guérir de toute complaisance d’un amour-propre que je ne saurais assez redouter. Obtenez-moi enfin, ce zèle dont vous brûlâtes pour la gloire de votre divin maître ; mais que toujours dans moi, comme je le vois dans vous, j’en dispose le succès par ma sanctification personnelle, avant de l’appliquer aux autres.

Saint Précurseur, vous entendîtes, vous reconnûtes la voix de l’époux, avant que vous ne fussiez en état de le voir ; à ses approches, vous tressaillîtes de joie dans le sein d’Élisabeth : dès ce moment cessa votre esclavage du premier péché ; vous fûtes sanctifié ! Puisse, par votre intercession, la présence de ce divin Sauveur, opérer aujourd’hui dans mon âme la même grâce, y répandre les dispositions saintes qui doivent me conduire à son banquet, les y perfectionner par de nouveaux dons, les y rendre durables par le goût et l’exercice des vertus qui vous rendirent si grand à ses yeux. Objets bien dignes de votre protection ! grand saint, j’ose vous les rappeler avec la plus vive confiance.