EXERCICE Pour la fête du second jour d’Août

EXERCICE

Pour la communion du second jour d’Août

Fête de Notre-Dame des Anges [1]

Sur l’obligation de prier pour les pécheurs

colonnade

Le fruit principal que je dois retirer de l’institution de cette solennité, c’est non seulement de la célébrer chaque année par une digne communion, mais encore de m’imposer à moi-même chaque jour une prière pour la conversion des pécheurs. Combien cette dévotion est-elle agréable au Sauveur des hommes ! Combien me sera-t-elle profitable à moi-même !

Je ne saurais mieux connaître de quel prix cette pratique est aux yeux de Dieu, qu’en considérant qu’il en révèle lui-même toute l’excellence à un de ces serviteurs qu’il chérissait singulièrement, à un Saint qui avait renoncé à tout pour embrasser ce qu’il y a de plus parfait dans l’Evangile, à un homme de Dieu, pauvre, humilié, mortifié à l’exemple de Jésus-Christ, et comme son divin maître, brûlant du zèle de la gloire de Dieu et du salut du prochain.

Une dévotion inspirée à une âme aussi riche en bonnes œuvres et en mérites, ne saurait être pour moi qu’une preuve bien sensible de l’estime que Dieu lui-même en fait. Pour m’en convaincre encore plus fortement, je réfléchirai sur les motifs suivants :

1° Ces pécheurs, pour lesquels cette solennité m’invite à prier, ont été rachetés du sang de Jésus-Christ. Ils ont été, sur la croix, les objets de ses miséricordes, et ils sont encore aujourd’hui une conquête bien chère à son cœur. Puis-je en douter, quand je me rappelle qu’il se compare à un Pasteur si empressé à recouvrer la brebis égarée, qu’il ne regrette ni fatigues ni courses pour la retrouver, et pour la ramener à son bercail. Evangile de mon Dieu ! Livre saint qu’il a dicté lui-même ! Je me retrace encore les soins empressés, les vives sollicitudes avec lesquelles il nous dépeint l’Homme-Dieu s’agitant pour arracher au péché l’âme infidèle qui s’est éloignée de lui. L’a-t-il enfin retrouvée sa brebis errante ? il la saisit, la charge sur ses épaules : il n’est plus maître des transports de joie qui le pénètrent. Venez, mes amis, venez, s’écrit-il, dans les tendres épanchements de son allégresse, venez vous réjouir avec moi j’ai retrouvé la brebis qui s’était égarée.

Combien d’autres images répandues dans les livres saints me font sentir, sous les traits les plus aimables, tout ce que ce Dieu de bonté a d’ardeur pour le retour d’une âme qui l’a abandonné ?

Serais-je indifférente à ces considérations ? La voix du Sang de mon divin Rédempteur ne me crie-t-elle pas, à chaque moment, d’empêcher qu’il ne soit utile à tant d’âmes, pour lesquelles il a coulé si abondamment ? Et comment y réussirai-je plus sûrement, qu’en unissant mes prières aux mérites de ce Sang adorable, et en demandant qu’il profite à ceux sur lesquels se fixaient les regards expirants de Jésus crucifié ?

2° Pourrais-je ignorer encore quelles leçons éloquentes me donne l’ardente sollicitude de mon Dieu, pour les âmes égarées dans les voies de la perdition ? Rien ne le fatigue, rien ne le rebute ; ni délais, ni mépris, ni même les plus sanglants outrages. Jamais il ne cesse de les presser, de les inviter avec les instances les plus propres à les toucher ; il les épargne, il les attend, il multiplie au–dehors et au-dedans les ressources qui peuvent les ébranler, et leur faire mesurer toute le profondeur du précipice ouvert sous leurs pas. Il est toujours bon à leur égard, quelqu’opiniâtres qu’ils soient dans leurs dérèglements.

Il faut donc, en dois-je conclure, que l’âme d’un pécheur soit bien précieuse devant Dieu, puisque son amour suspend sa justice sur celui qui en mériterait les plus sévères effets. En puis-je trop faire moi-même pour seconder, par mes prières, d’aussi favorables dispositions ? Quel témoignage plus vrai, plus naïf, lui donner de mon amour que d’aimer ce qu’il aime avec si peu de raison, en apparence, d’aimer surtout autant qu’il aime ?

3° Oui, il les aime ces pécheurs, dont il m’invite à procurer par mes prières, le changement et le salut. C’est pour eux qu’il est venu sur la terre ; pour eux qu’il s’est soumis à l’humiliation de naître dans l’indigence, au milieu d’un monde pervers et qui a refusé de le connaître. C’est lui-même qui me le déclare. Son incarnation, sa naissance, sa vie cachée, les pénibles travaux de sa mission, ses opprobres, ses douleurs, sa passion, sa mort, sa résurrection, son retour au Ciel, la communication de son esprit à ses Apôtres, la prédication de son Evangile, ses Ecritures, ses promesses et ses menaces ; le dépôt de sa Doctrine, confié à ses ministres, ses grâces extérieures et intérieures, les sacrements, tout m’annonce dans les exemples, comme dans la morale de ce divin Maître, tout ce qu’il a fait pour la conversion de pécheurs. Le Ciel qui étale ses richesses à leurs yeux, et l’Enfer qui leur découvre ses abîmes, sont les perpétuels organes de sa miséricorde sur eux. Les demeures éternelles retentissent de chants d’allégresse, dès qu’un seul d’entre eux rentre dans les sentiers de la pénitence. Je ne puis donc mieux répondre à ces inclinations bienfaisantes d’un Dieu Rédempteur, qu’en le mettant, par la continuité et la ferveur de mon zèle suppliant, dans l’heureuse nécessité d’en faire éprouver les fruits à des âmes malheureusement éloignées de ses voies. Après tout ce que je dois personnellement de retour à ses bienfaits, ne dois-je pas lui demander, avec les plus vives instances, que mon prochain profite de ces grâces, et qu’il rentre, par une réforme entière et prompte, dans la voie qui doit le conduire au pardon de ses crimes ?

4° Il me suffirait de connaître que la pratique d’un devoir plaît à mon Souverain Maître, pour m’engager à y être fidèle ; ne me proposât-il d’autres avantages que celui de me rendre agréable à ses yeux, par cet accomplissement de sa volonté sainte, ne serait-ce pas dès ce monde le comble de mon bonheur et de ma gloire ? Qu’est-ce qu’une âme chrétienne peut ambitionner qui soit plus digne de ses désirs et de ses travaux, que de fixer, par quelqu’une de ses œuvres, la complaisance d’un Dieu même ? La prière pour la conversion des pécheurs, me procure ce bien inestimable ; je viens de m’en convaincre ; mais de quelle utilité ne m’est-elle pas encore à moi-même ?

1° J’accomplis une des plus précieuses obligations de la charité ; ce n’est point une générosité passagère qui me porte à protéger et à servir un malheureux, à lui ménager une place qui soit la ressource, l’appui d’une famille qui partage sa disgrâce : le bon office que je lui rendrais, n’ajouterait rien à son mérite devant Dieu ; peut-être l’abus même qu’il en ferait, serait cause de sa perte éternelle. Mais, en intéressant pour tel pécheur, par ma prière, les divines miséricordes ; mais en demandant dans une communion, dans un sacrifice qui me coûte, dans un exercice de piété, la guérison de son âme ; mais en réclamant en sa faveur les mérites d’un Dieu crucifié, combien ne fais-je pas rejaillir sur moi-même de ces récompenses promises au cœur charitable, dont le zèle s’étend aux besoins spirituels du prochain !

2° La parole du Sauveur n’est-elle pas engagée en faveur des Apôtres, et de quiconque participe à leur mission ? Sans être appelée aux fonctions apostoliques, et ne pouvant y suppléer que par mes bons exemples et par l’autorité de mon rang, je suis en état dans tous les temps de m’employer au salut des âmes, d’y consacrer chaque jour quelques prières spirituelles, de les offrir surtout au pied des Autels, au moment du sacrifice où Jésus s’immole comme une victime propitiatoire pour tous nos péchés, d’y joindre enfin la médiation de Marie, Refuge des pécheurs ; puis-je ne pas espérer une récompense proportionnée à ma charité, et telle que le Sauveur la promet à ceux qui imitent le zèle de ses Apôtres.

grille

3° Enfin, par cette attention charitable, qui m’affectionne à la conversion des pécheurs, je remplis le caractère d’enfant de l’Eglise. Toute sa gloire consiste à honorer Jésus-Christ, son chef invisible, par les vertus et les services de ses enfants ; plus je contribuerai donc à lui procurer cet avantage, plus j’entrerai dans les vues et les désirs de cette Mère commune. En augmentant ses trésors spirituels, j’accroîtrai mes propres richesses ; ces pécheurs, dont j’aurai obtenu la conversion, seront de nouveaux intercesseurs qui, par leurs prières, multiplieront les grâces que tant d’autres sollicitaient déjà pour moi. Que de motifs de cultiver assidûment cette pratique de zèle et de charité !

Prière à Jésus Sauveur des âmes

Sauveur adorable ! que l’amour le plus miséricordieux a rendu victime sur la croix, pour le salut de tous les hommes, pénétrez mon cœur des impressions de ce zèle divin, dont le vôtre fût consumé. Faites-moi sentir toute la valeur de ces âmes teintes de votre sang adorable : que la vue de ce qu’elles vous coûtèrent de travaux, d’humiliation et de souffrances, anime toute l’ardeur et toute la confiance de ma charité pour elles. Mais surtout, que je consulte assidûment cette clémence, dont vous désirez leur faire ressentir les effets ; que je les mette en état, par mes communions, par mes prières et par mes bonnes œuvres, d’y participer ; que ma componction leur ménage la sincérité et la promptitude de leur repentir ; que je réussisse à détourner les fléaux de votre colère, qui devrait les frapper, et y substituer, par l’humilité et la confiance de mes vœux, les richesses de votre miséricorde. Ecoutez-la, Seigneur, cette tendre miséricorde, et que toujours elle fasse taire votre justice : faites grâce à ces pécheurs, en faveur desquels je sollicite les mérites de votre dernier sacrifice. Vous aimez à pardonner ; ayez égard à ces dispositions de votre amour bienfaisant. Mes propres misères suffiraient pour occuper tout le zèle que je me dois à moi-même ; mais la voix de la charité, appliquée à mon prochain, vous touchera, et vous rendra sensible à mes besoins personnels. Vous m’accorderez la grâce d’y remédier, pour que je vous fléchisse plus efficacement à l’égard des autres. Que ne puis-je vous offrir ma prière aussi pure et aussi fervente que les hommages de l’humble François ! Sous les auspices de votre Sainte Mère, ô mon Jésus, je les dirigerai, comme lui, au trône de votre bonté ; vous écouterez une intercession aussi puissante auprès de votre cœur ; vous daignerez bénir la confiance qui me conduira à vos pieds ; vous répandrez sur moi tous les dons de sainteté, qui me rendront agréable à vos yeux, et plus capable, dès lors, d’obtenir la conversion des pécheurs.

[1Cette fête a été instituée par l’Eglise, avec la concession d’une indulgence aussi solennelle que celle du Jubilé, en mémoire de l’apparition où Jésus-Christ, accompagné de sa Sainte Mère, se fit voir à Saint François, priant pour les pécheurs, et lui accorda pour eux, la pleine rémission de leurs péchés, toutes les fois qu’ils la demanderaient, en ce jour, avec les dispositions requises.