EXERCICE pour la Fête de Saint Louis

EXERCICE

Pour la fête de Saint Louis

Tous les Saints doivent me servir d’intercesseurs et de modèles : c’est le double objet que l’Eglise me propose, dans toutes les solennités qui me rappellent et leurs vertus et leurs pouvoir. Qu’il m’est avantageux d’avoir, dans mes semblables, des appuis toujours prêts à s’intéresser pour des misères qu’ils ont eux-mêmes éprouvées ; et des guides qui m’enseignent, par leurs exemples, le grand art d’y remédier.

I. Si je découvre dans les Saints en général, ces motifs de confiance et d’imitation, combien me deviennent-ils plus précieux et plus pressants, quand ils me sont offerts dans celui que la Providence m’a spécialement choisi pour Patron, et pour l’Ange tutélaire de tous mes jours ? Quelle nécessité pour moi de consulter assidûment ses vertus, pour en faire la règle de ma conduite ! Quels droits n’ai-je pas acquis, en même temps, sur son crédit auprès de celui dont il est le médiateur et l’organe en ma faveur ? Guidée assidûment par ces puissants secours qu’il me fournit dans mon pèlerinage sur la terre, je m’appliquerai à en profiter désormais avec un nouvel accroissement de zèle pour le plus cher de mes intérêts ; je considérerai dans Saint Louis :

Un modèle de recueillement au milieu des distractions du monde.

Un modèle de sagesse au milieu des grandeurs du monde.

Quel préservatif, quelles ressources opposa-t-il aux dissipations dangereuses dont, par état, il fut investi ? La régularité de la prière, la ferveur de la prière, l’esprit et la continuité de la prière.

1° Les embarras de l’administration d’un grand Royaume, le poids des affaires au- dedans, la multitude des guerres au-dehors, des détails de toute espèce, rien ne lui servit jamais de prétexte pour interrompre, pour abréger, pour omettre le tribut de louanges qu’il rendait à Dieu ? L’historien de sa vie m’apprend, entre autres particularités toutes également édifiantes, qu’il les avait distribuées selon l’ordre des Psaumes que l’Eglise prescrit à ses ministres : combien d’autres exercices, soit devoirs, soit dévotions, remplissaient le saint loisir que lui laissaient les obligations du trône ? Quels reproches, d’abord, ne me fait point cette assiduité du saint Roi à prier ? Est-il pour moi quelque justification qu’il me soit permis d’employer pour colorer certaines omissions de la prière ? Suis-je plus occupée, plus partagée par les dissipations, plus chargée de devoirs nécessaires, qu’un Monarque redevable au gouvernement d’un grand peuple ? Qu’ai-je tant de fois à répondre au reproche secret que ma conscience oppose à des infidélités toujours affligeantes, quand elles seraient plus rares ?

2° Quelle ferveur préparait et soutenait cette grande âme au pieds du Roi des Rois ! Elle éclatait dans tout son extérieur. Un feu céleste brillait jusque sur son visage, et annonçait les divines ardeurs dont son cœur était consumé. Tel il paraissait à l’ombre du sanctuaire, et dans le silence de l’oratoire : toujours s’épanchant affectueusement dans le sein de son Dieu, toujours se dévouant à son adorable volonté, avec la plus parfaite consécration de tout lui-même, pourrais-je reconnaître à ces traits mes dispositions dans les hommages que je rends au Seigneur ? Faible dans mes sentiments, languissante dans mes affections, tiède dans mes désirs, froide dans mes offrandes, nonchalante dans mon amour, je ne m’élève au Ciel qu’avec peine, je ne m’y fixe que par intervalles, je ne me retrouve bientôt que dans moi-même !

3° Occupé sans discontinuation de la présence de Dieu, Saint Louis y trouvait toutes ses délices, autant que toute sa défense. Cet esprit tout intérieur, cet esprit de prière l’accompagnait dans l’enceinte de sa cour, comme dans le tumulte des armées ; dans l’agitation de ses voyages, comme dans les fêtes qui suivaient ses victoires. Partout il voyait Dieu, il trouvait Dieu, il s’entretenait avec Dieu : cette union continuelle avec le bien-aimé de son cœur faisait le mobile unique de toutes ses actions, et son étude la plus chère. Pourrait-il être pour moi-même une plus douce occupation, et un moyen plus assuré de m’avancer dans la vertu ? Quelque distrait que soit l’esprit, ne réussit-on pas à le fixer par ce respect pour un Dieu présent ? La pratique en coûte-t-elle à un cœur épris du divin amour ? Ne ramène-t-il pas l’esprit sans peine à la pensée fréquente de l’objet qu’il aime ?

En garde par son recueillement, et les saints exercices qui en étaient les fruits, contre les distractions d’un monde frivole, le sage Monarque ne se garantit pas avec un moindre succès de la séduction des grandeurs qu’il étale aux yeux de ses partisans, il ne les accorde à des sujets choisis que pour la gloire de la Religion, pour le bonheur de ses peuples, et pour sa propre satisfaction.

Parvenu au trône dès la fleur de l’âge, il l’honora par son zèle pour la religion. Quelle guerre ne déclara-t-il pas à l’hérésie, à l’impiété et au dérèglement des mœurs ? Que de sévères ordonnances pour le maintien du culte divin ! Que de sanctuaires érigés ou rétablis ! Que de savants et zélés ministres ne procura-t-il pas à l’Eglise ? Que d’Ordres religieux n’attacha-t-il point à sa capitale et aux autres villes de son Royaume, pour y faire revivre, pour y perpétuer l’empire de la piété ? Que n’entreprit-il point, que n’essuya-t-il pas de peines et de travaux pour enlever la possession des Saints Lieux à la profanation du Musulman ? Il ne voulut régner que par Jésus-Christ, et pour Jésus-Christ. De là cet amour tendre pour l’Eglise, et ce respect inviolable pour son chef visible… Tel doit se montrer dans moi l’emploi de la grandeur, dont le Ciel m’a décorée. Le zèle pour la religion, l’amour, le respect pour la religion doivent, par préférence, occuper toutes mes pensées, animer mes vœux, soutenir ma fermeté, diriger mes démarches, sanctifier mon autorité. Je ne suis placée dans un rang supérieur que pour rendre honneur au premier de tous les Maîtres, et pour faire révérer sa loi à tous ceux qui me sont subordonnés, et encore plus à cette source primitive de toute grandeur.

II. De cet attachement à la religion qui présida à toute la conduite de Saint Louis, que de biens utiles au prochain se répandirent avec un éclat durable ! Quelle sorte d’infortune échappa à sa compatissante charité ! Misères spirituelles et corporelles, indigence connue et cachée, infirmité ou disgrâce, rien qui n’eût part à sa royale magnificence ? C’est ce que publient tant d’asiles ouverts à la pauvreté ou à l’innocence, tant de retraites pour la caducité, ou pour l’enfance sans secours, tant de missions même fondées, pour procurer des Apôtres dans les contrées infidèles. Qu’on est véritablement grand, lorsqu’on ne l’est que pour le bonheur de ses frères ! On ne représente pas seulement la charité des Saints ; on acquiert la gloire d’exprimer, dans soi, la perfection la plus chère au Saint des Saints, sa bonté, sa bienfaisance, sa miséricorde.

L’état de grandeur dans le saint Roi, si avantageux pour les autres, ne lui laissa pas ignorer ce qu’il devait à sa propre sanctification. Si, selon l’oracle de Dieu, il sut maintenir les droits de sa dignité, il n’en fut ni moins humble, ni moins détaché des splendeurs du trône : patient dans ses adversités, généreux dans le pardon des injures, équitable au dépens de ses intérêts, résigné dans l’humiliation, héros jusque sur le lit de la mort ; il montra dans le Roi, un Saint, un Chrétien parfait, un modèle de toutes les vertus… A cette vue, je sens qu’il n’est pour moi de solide grandeur que celle qui me conduit dans les voies de la sainteté. Quel motif pressant d’y consacrer sans délai mes plus généreux efforts !

Prière à Saint Louis mon Patron

Ô vous, dont une couronne immortelle fait la récompense dans les cieux ! Vous, dont le dévouement le plus généreux au service du Roi des Rois, vous donne des droits si mérités aux éloges que les fastes augures de la religion ont consacrés à la gloire des David, des Ezéchias, des Josias, des saints Rois ; vous, qui avez illustré, moins encore par vos faits éclatants que par vos hautes vertus, le trône dont j’approche ; vous, qui y fîtes régner, avec vous, le Dieu seul qui vous y avait élevé, et qui n’estimâtes rien de grand sur la terre, que ce qui vous conduisait à son amour, à son imitation, à sa gloire ; grand Roi, grand Homme, grand Saint, obtenez-moi aujourd’hui, et pour tous les moments de ma vie, de participer aux grâces dont vous fûtes comblé, et avec ces dons précieux la correspondance que vous y eûtes vous-même. Destinée, par l’ordre de la Providence, à habiter un séjour semé de tant d’écueils, que j’apprenne, de vos exemples, à prévenir tous les dangers dont j’y suis menacée ; que j’y oppose sans cesse, comme vous, les armes de la prière, de la vigilance, de l’humilité, de la foi, du Saint Sacrement ; que je paraisse aux pieds des Tabernacles, ou dans l’asile secret qui est le dépositaire de mes hommages religieux, avec ces dispositions de recueillement et de ferveur, qui ne pénétraient votre âme qu’à la suite de ces tendres entretiens avec le Dieu de mon cœur. Que je puisse édifier le monde, protéger la religion, aider le prochain, sanctifier, en tout et partout, cette grandeur dont vous avez fait l’instrument de votre sanctification.

Quels droits n’ai-je pas grand Saint, sur les effets de votre singulière protection ? Je la réclame avec confiance, moins encore par la voix de votre sang, qui coule dans mes veines, qu’en vertu des nœuds par lesquels l’Eglise m’a attachée à vous. Agréez mes actions de grâces des biens que, jusqu’à ce moment, vous n’avez cessé de solliciter pour moi ; que j’en sente, de plus en plus, tout le prix, et que j’en accroisse, de jour en jour, la mesure par ma fidélité : que votre intercession m’attire toutes les grâces du salut pendant la vie, tous les trésors de la miséricorde à la mort, toutes vos splendeurs dans l’éternité. Intérêts personnels, mais auxquels mes vœux ne se bornent point, dans cet heureux jour ; vous les appuierez encore en faveur d’un Père, mon Roi ; d’un frère, d’autant plus cher à ma tendresse, qu’il est plus digne d’une famille qui vous invoque, ou comme patron ou comme protecteur. Vous voyez tout ce que nos cœurs désirent en ce moment ; vous nous aimez, il nous suffit : qu’est-ce que les rejetons ne doivent pas espérer à l’abri de la tige puissante et bienfaitrice qui les protège dans les Cieux ?

EXTRAIT
Des maximes que SAINT LOUIS laissa au Prince PHILIPPE [1] son fils et son successeur

Mon cher Fils, le premier conseil que je vous donne, c’est d’aimer Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces, parce que sans lui vous ne pouvez rien.

Vous devez être dans la disposition de plutôt souffrir tous les maux que de l’offenser mortellement.

S’il vous envoie quelque maladie, ou quelque autre affliction, vous devez l’en remercier, vous persuadant que vous méritez encore de plus grands châtiments pour l’avoir mal servi, et pour l’avoir offensé. Si vous en recevez quelque faveur, il faut pareillement l’en remercier avec humilité, et prendre garde de n’en pas devenir plus fier. Ce serait un grand mal d’abuser de ses bienfaits pour l’offenser.

Je vous conseille de vous confesser souvent, et de choisir des Confesseurs d’une vie exemplaire et assez savants pour vous instruire de vos devoirs. Usez-en de telle manière avec eux et avec vos autres amis, que vous leur persuadiez pareillement qu’ils peuvent avec liberté et sans rien craindre vous reprendre de vos fautes.

Que l’on vous voie assister volontiers au service de l’Eglise, paraissez-y avec modestie et attention, surtout devant le Saint Sacrifice, et qu’il ne vous échappe aucune parole frivole ou inutile.

Ayez le cœur tendre et libéral pour les pauvres.

Quand vous aurez quelque inquiétude ou quelque chagrin, s’il est de nature à être communiqué, déchargez-vous-en dans le sein de votre Confesseur, ou de quelque autre personne discrète et capable d’adoucir votre peine. Faites-vous un plaisir d’avoir quelquefois des entretiens de piété avec des gens de bien.

Ne souffrez jamais qu’on tienne devant vous des discours libertins, scandaleux ou médisants ; et punissez sévèrement les paroles qui seraient injurieuses à Dieu et aux Saints.

Ayez une droiture et une équité à toute épreuve.

Etudiez-vous aux vertus propres de votre rang.

Protégez les Ecclésiastiques, faites du bien aux Religieux et aimez-les.

Aimez et honorez la Reine, votre mère, et écoutez ses conseils.

Chérissez votre famille, soyez zélé pour ses intérêts ; mais que ce ne soit jamais au dépens de la justice.

Servez-vous de votre autorité pour empêcher la discorde entre ceux qui dépendent de vous : vous ne pouvez rien faire qui soit plus agréable à Dieu ; accordez vos grâces aux plus dignes.

Ayez toujours beaucoup de respect pour l’Eglise romaine, et pour le Pape que vous devez honorer comme votre Père spirituel.

Empêchez, dans votre état, tout le mal que vous pourrez ; opposez-vous à tous les dérèglements des paroles et des mœurs.

Chassez-en les hérétiques et les scélérats. Vous êtes obligé de rendre à Dieu ce service avec zèle, en reconnaissance de tous les biens que vous avez reçus de lui.

Ne faites point de dépenses folles.

Je vous donne, mon cher Fils, ma bénédiction telle que peut la donner un père à un fils qu’il aime tendrement.

Si je meurs avant vous, procurez-moi beaucoup de messes et de prières dans toutes les Communautés de France, et donnez-moi part dans toutes les bonnes œuvres que vous ferez.

Je prie N.S.J.C. qu’il vous conserve et qu’il vous protège par sa grâce, et qu’il vous fasse celle de ne jamais rien faire contre sa volonté, afin qu’il soit toujours honoré et servi par vous.

Je lui demande pour moi la même grâce, afin que nous puissions ensemble le voir, le louer et l’honorer pendant toute l’éternité. Ainsi soit-il.


Crédits photographiques

  • Le roi Saint Louis, miniature du registre des ordonnances de l’hôtel du roi, 1261-1320, f° 20 r°
    Paris, Centre historique des archives nationales, AE II 327
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[1Philippe III