EXERCICE pour la Fête de l’Assomption de la Sainte-Vierge

Exercice

Pour la fête de l’Assomption de la Sainte-Vierge

balustrade

Ô, mon âme ! réjouis-toi ; voici la fête des Cieux : participe, autant qu’il est possible à une créature aussi faible, aux saints transports de l’allégresse qui anime les cœurs des bienheureux : ô Marie ! ô ma Patronne ! l’univers tout entier se réunit au Ciel, en ce jour, pour célébrer votre triomphe. Aujourd’hui, surtout, vous semblez partager la toute-puissance de votre Fils. Je l’implore pour ce royaume qui vous est consacré, pour moi-même, qui ai déjà si souvent ressenti, les effets de votre intercession. Agréez les hommages que ma voix mêle aux cantiques, dont retentissent et les Cieux et la Terre ; et daignez présenter vous-même à mon esprit les objets de méditations qui doivent m’occuper dans cette intéressante solennité.

Sans m’attacher à considérer les transports du divin amour, dans lesquels expire la plus sainte des Vierges ; sans fixer même mes regards sur son entrée triomphante au Ciel, au milieu des hommages de tous les esprits bienheureux, je réfléchirai sur tous les avantages que me procure son élévation.

Quel attrait plus favorable à ma confiance, que celui qui m’est offert dans ce jour si glorieux à Marie ? Je sens tout ce que je dois espérer de protection de la part d’une mère glorifiée, de la part d’une mère bienfaisante ; deux titres qui fondent la certitude où je suis de sa charité pour moi.

escalier

1° Si les Anges forment et accompagnent aujourd’hui le triomphe de Marie, s’ils font retentir les demeures éternelles de mille sons harmonieux, s’écrient dans les douces impressions de leur allégresse et de leur admiration : quelle est cette nouvelle conquérante, qui de la terre s’élève dans les cieux, chargée des dépouilles de la mort, et encore plus parée de l’éclat de ses vertus ? Quel doit être mon empressement à m’intéresser à une distinction, présage glorieux de ma propre félicité ! Le ciel possède, il est vrai, ma tendre mère ; elle y goûte tout ce qu’un Dieu peut prodiguer dans sa magnificence à celle de ses créatures qu’il ait le plus chérie ; mais je puis m’assurer, sans présomption, qu’elle n’est au ciel que pour me protéger ; au milieu des splendeurs qui l’environnent, toujours elle se souviendra de moi ; toujours je serai présente à son cœur miséricordieux ; elle n’approche, en ces jours heureux, de la source des grâces, que pour me les ménager avec plus de tendresse ; sa charité n’aura d’autre règle, ni d’autre terme que la miséricorde même de son Fils pour moi.

Oui, cette assurance de protection dans Marie, dont cette solennité me répond aujourd’hui, plus que jamais, je la découvre dans la dignité de Mère de Dieu, dans la réunion de tous les mérites, qu’elle a acquis sur la terre, et dans le pouvoir attaché à ses ineffables récompenses.

Mère de mon Dieu, de mon Rédempteur, ne se présente-t-elle pas à ses pieds comme une médiatrice, assurée de l’infaillibilité de son crédit ; comme une interprète, favorable à tous mes besoins ; comme une Patronne, toujours disposée à m’obtenir le bon usage des trésors qui me furent promis sur la Croix ? Ah ! ce Fils adorable qui, pendant trente années d’une vie cachée, daigna lui témoigner tous les égards d’un amour soumis, ne cesse pas de faire encore découler au Ciel, sur elle, toutes les prérogatives de la divine maternité. Elle peut tout ce qu’il peut lui-même, par la communication de puissance qu’elle tient de lui ; il est tout puissant par essence, et elle par grâce ; il l’est indépendamment de Marie, et Marie l’est dépendamment de lui ; Jésus-Christ peut tout par lui-même, Marie peut tout par Jésus-Christ. Quelle étendue d’espérance ne m’offre donc point cette mère de Dieu, réunie à lui dans le séjour de sa puissance suprême ? Que ne m’obtiendra-t-elle point de biens à la source même, d’où ils peuvent uniquement se répandre sur moi ?

Que de mérites d’ailleurs qui enrichirent Marie sur la terre, et qui dans le Ciel, où ils forment sa couronne, parlent et sollicitent en ma faveur ? Cette pureté sans tache, cette humilité profonde, cette constante résignation, cet amour fervent et fidèle, qui sanctifièrent tous ses sentiments et toutes ses œuvres, ne sont-ils pas, aux yeux du Père céleste, des objets de complaisance qui m’attireront ses grâces, toutes les fois que je les réclamerai auprès de son cœur ? Quelle voix plus proche à le toucher, à le fléchir, que celle de ses dons multipliés sur l’âme qu’il a le plus aimée sur la terre ?

If

Quel usage aussi cette Vierge glorifiée ne fait-elle pas de ses récompenses, pour m’y associer un jour ? Non, point d’instant où elle ne soit disposée à employer pour moi les droits du bonheur dont elle jouit. Si elle les présente aux yeux de ma foi, dans son Assomption, c’est pour m’annoncer tout ce qu’elle m’obtiendra de grâces pour y parvenir. Plus elle possède de gloire et d’honneurs, plus elle est empressée de me les communiquer ; plus elle approche du trône d’où coulent tous les biens, plus elle désire de m’en approcher moi-même. La Mère de Dieu, heureuse, n’oubliera point sa fille ; tandis que son Dieu fera sa récompense, mes intérêts animeront sa tendresse. Ah ! quelle vive confiance ne fournit point à mon cœur la vue des grandeurs de Marie dans son Assomption !

2° La bienfaisance n’est pas toujours l’apanage des grandeurs de ce monde, quoiqu’elles soient destinées, dans les vues de la Providence, à faire le bonheur de ceux qu’elle en a privés. Je ne répondrai jamais plus parfaitement à ses desseins miséricordieux, qu’en faisant servir les prérogatives du rang supérieur où elle me fait naître, à servir, à secourir, à protéger quiconque réclamerait, avec justice, les effets de mon pouvoir. C’est un devoir de charité, que me prescrit ma religion. La Sainte Vierge m’en offre aujourd’hui le modèle le plus instructif.

Elevée au plus haut comble de gloire dont une créature puisse être favorisée, elle devient pour moi, comme pour tous les hommes, le précieux canal de tous les trésors du salut. Si elle est revêtue de toutes les splendeurs les plus avantageuses au succès de mes prières, je dois être convaincue aussi de toute la volonté qu’elle a de les exaucer. Qui peut mieux m’assurer de ces dispositions bienfaisantes de son cœur maternel, que le souvenir de tant de faveurs dont elle n’a cessé de me prévenir ? Que ma reconnaissance me les rappelle en ce moment. Combien de traits marqués ne retrouverai-je pas sur chacun de mes jours, de cette protection singulière ? Sans m’arrêter à l’extrémité des dangers auxquels ma vie a été plus d’une fois exposée, et qu’elle a daigné écarter ; combien de circonstances critiques, pour mon âme, n’a-t-elle pas jusqu’ici détournées ? Que de biens spirituels ne m’a-t-elle pas obtenus ; que de grâces préservatrices ; que d’inspirations saintes, de constance, de ferveur, de retour au service de mon Dieu, lorsque je commençais à n’y apporter qu’une tiédeur souvent funeste, surtout par les conséquences qu’elle aurait pu entretenir ? Que de reproches secrets dans mes infidélités ? Que j’ai été exacte à les solliciter en vertu de sa médiation, ou que d’autres s’y soient employés en vue de mes besoins, toujours cette Mère miséricordieuse a veillé sur moi avec bonté. Aucune de mes misères spirituelles qui ait échappé à sa tendresse toujours active, toujours inquiète pour mon salut.

Continuité de protection que cette fête m’annonce chaque année, par les motifs les plus propres à soutenir ma confiance. Je les lis ces puissants motifs dans le cœur de Marie, et dans les vertus qui sont l’accompagnement de son triomphe ; dans sa douceur, sa clémence, sa compassion, sa charité : si elle revoit ce Fils aimable, dont l’absence lui a coûté tant de larmes, n’est-ce pas pour solliciter auprès de lui les grâces qui peuvent m’être nécessaires, pour m’obtenir la participation de son bonheur, pour me préserver de tous les périls qui m’en éloigneraient, et pour animer mon courage par le spectacle de la gloire qu’elle possède, et qu’elle désire de partager avec moi ? Pourrais-je oublier, un seul instant de ma vie, ce que je dois d’amour à une Mère aussi bienfaisante ?

vue sur bassin

PRIERE

Tirée du Salve Regina

Pénétrée, comme je dois l’être, de la plus vive reconnaissance pour tout ce que je dois, Vierge Sainte, à votre cœur maternel, je ne puis m’en acquitter plus dignement qu’en empruntant, dans ce glorieux jour, les sentiments de l’Eglise, cette épouse chérie de votre Fils bien-aimé.

Je vous salue dans ce haut comble de gloire où vous avez été élevée par votre Assomption. Je vous y reconnais pour ma souveraine après Dieu, et comme ma mère auprès de Dieu. C’est par vos mérites et par votre intercession, que j’espère recouvrer la véritable vie, la vie de mon âme, la grâce et l’amour de Jésus votre Fils ; et avec ces biens, uniquement dignes de mes désirs, la paix, la consolation, la force, la persévérance dans son service.

Condamnée à couler tous mes jours dans un monde qui n’est pour moi qu’un séjour d’exil, fille d’Adam, fille du péché, j’ai recours à vous, mère d’un Dieu mort pour moi. Ecoutez mes gémissements et mes cris ; daignez les porter, les faire entendre à ce cœur divin que sa miséricorde y a rendu tant de fois sensible, et qui ne demande qu’à les exaucer.

Le sang qu’a versé pour nous ce charitable médiateur, intercède sans cesse pour moi, je le sais, et ma foi me l’apprend : mais, hélas ! tant d’abus que j’en ai fait, et que j’en fais encore si souvent, me rendent indigne de paraître au trône de sa clémence ; vous seule, ô Mère de miséricorde, pouvez fléchir mon juge, et me rendre sa faveur.

Quelque profondément invétérées, quelque multipliées que soient mes misères spirituelles, elles ne rebuteront point vos bontés ; je suis résolue de ne plus aimer tout ce que votre Fils a pu haïr en moi ; voilà sur quoi je fonde tous les vœux que je vous adresse. Jetez donc sur moi un regard miséricordieux, pour que j’en obtienne quelqu’un, qui me soit propice, de la part de mon Sauveur ; bonheur unique que j’ambitionne : vous n’avez été choisie, prédestinée, glorifiée au-dessus de toutes les créatures, que pour me les procurer.

palmier

Dès ce monde, j’en goûterai les fruits, par cet heureux état qui fait la richesse d’une âme en grâce, et après ce court pèlerinage, que j’ai à passer sur la terre, je célébrerai à jamais les bienfaits de votre clémence, de votre douceur, de votre miséricorde.

Que j’en éprouve donc, ô ma tendre mère ! les constants et salutaires effets. Je les partage, ces dons de votre Fils, ces abondantes bénédictions, avec tous les sujets d’un Royaume, qui, dans ce jour, vous a été dévoué, par une confiance spéciale, avec le Monarque, dont les intérêts sont si chers à mon cœur, avec une famille qui se fait gloire d’être la vôtre, avec tous les fidèles qui professent, et qui défendent votre culte.

Soyez toujours, Vierge Sainte, dans l’usage de mes grandeurs, ma protectrice et mon modèle ; dans mes dangers, mon appui et mon refuge, dans mes travaux pour le Ciel, mon soutien et mon espérance, Ainsi soit-il.