EXERCICE pour la Fête de la Nativité de la Sainte Vierge

EXERCICE

Pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

grande allée

La naissance de Jésus-Christ est une solennité pour la terre comme pour le ciel. La naissance de sa Sainte Mère en devait être une aussi pour ses enfants. Fête auguste, et que mes vœux ont prévenue depuis longtemps, comment réussirai-je à la célébrer dignement ?

Je me transporterai en esprit aux pieds du berceau de ce précieux enfant, que le ciel confie aujourd’hui à la terre ; et là, pénétrée d’une vénération égale à ma reconnaissance, je bénirai Dieu avec tous les hommes, du présent dont il daigne m’enrichir.

Je percerai le voile d’infirmité et de faiblesse dont Marie naissante semble enveloppée, et je découvrirai en elle le sanctuaire de l’auguste Trinité, la Fille du Père tout-puissant, la Mère future d’un Dieu homme, l’Epouse du Saint-Esprit, l’objet des divines complaisances, la dépositaire de tous les dons du Très-Haut, le Temple où réside déjà la plénitude de toutes les richesses célestes dont Dieu puisse favoriser la plus chère de ses créatures.

Je me mêlerai à cette multitude d’Esprits bienheureux qui environnent le trône de leur Reine et de leur dominatrice : je m’efforcerai d’imiter l’ardeur et la pureté de leurs hommages, l’étendue et la profondeur de leur vénération ; je les conjurerai de lui porter tous les transports de ma propre allégresse, et de tous mes autres sentiments, d’y suppléer par la sainteté, par la ferveur de leurs affections, et de m’obtenir tout ce qui peut animer, élever et purifier les miennes.

Je considérerai enfin tout ce que me promettent de biens ces premiers instants de la vie de Marie. Alors recueillant toutes les impressions de la plus douce confiance, je les opposerai aux craintes que m’inspirerait la vue de tant de misères dont je suis accablée. Une médiatrice, une avocate, un refuge, une mère qui se présente à mes regards, me rassure, me console, me fait tout espérer de celui dont elle possède déjà tout le cœur et tout l’amour.

Salle de Bal

A ces premiers sujets de réflexions que me fournit cette solennité, combien d’autres se joignent encore pour mon instruction ? Une seule doit ici plus particulièrement m’occuper. L’humilité de Marie naissante m’y conduit. Je contemplerai dans cette auguste Vierge dépouillée de tout l’éclat de la gloire temporelle qui devait accompagner sa naissance ; déchue de la première grandeur qui avait illustré ses aïeux, couverte de toutes les ténèbres d’une humiliation commune aux états les plus vulgaires, consacrant dans sa personne la plus exacte pratique de cette abjection, qui fit ses délices le reste de ses jours.

J’apprendrai, de cet exemple, tout ce que je dois avoir d’indifférence pour les avantages de ma naissance, et à n’estimer que celle qui m’a élevée à la dignité d’enfant de Dieu. Je connaîtrai ensuite tout ce que j’ai à craindre d’une vanité toujours prête à m’assaillir dans les égards que le monde se croit autorisé à me rendre : tout ce qu’il y a de dangereux pour moi dans ses flatteries et dans ses complaisances, ce qu’il y a même de frivole et de méprisable dans un mérite qui ne doit son lustre qu’aux prérogatives du sang. Je travaillerai avec plus d’ardeur que jamais à acquérir cette humilité de cœur qui, en me précautionnant contre les abus de la grandeur, m’engagera à ne chercher, à ne désirer d’autres témoins, ni d’autre salaire de mes vertus, que celui qui seul doit en être le terme. Je serai plus attentive à lui rapporter les motifs qui me feront agir, et à détourner les suggestions de l’amour-propre ; de fréquents et d’utiles retours sur les misères de mon âme me tiendront en garde contre les moindres atteintes que me livrerait une vanité toujours si adroite à me surprendre et à me séduire.

C’est l’objet que je me proposerai, surtout dans ces jours destinés par l’Eglise à célébrer l’humble naissance de ma patronne. Fidèle à étudier le modèle qui m’est présenté chaque année dans ce saint temple, je m’efforcerai d’y répondre chaque fois par quelque pratique d’humilité ; mes œuvres, aussi bien que mes sentiments, rendront à Dieu témoignage de mon zèle à lui plaire, par cette précieuse ressemblance avec sa Sainte Mère : un trait à mon avantage, supprimé lorsque j’en serais le plus flattée ; un retranchement, sans singularité, de quelque ornement dont sait se passer la modestie chrétienne, une contrariété acceptée, un silence, une indulgence dans quelque occasion où l’on me manquerait, le refus d’une préférence à laquelle je pourrais prétendre, quelqu’autre sacrifice que m’offrira la providence, fixeront mon attention à en profiter et à mériter comme Marie, par mon humilité, les regards propices du Dieu amateur et rémunérateur des âmes humbles ; fruits solides que je veux recueillir à l’ombre des abjections qui enveloppent la Mère naissante de Jésus.

PRIÈRE

Pour obtenir l’humilité par la méditation de la naissance de Marie

Vous me l’avez enseignée, ô mon Dieu, cette importante vérité : vous l’avez confirmée par vos propres exemples : vous m’avez dit que vous vous plaisiez à habiter dans un cœur dont l’humilité vous prépare l’entrée ; je connais aujourd’hui l’accomplissement de ce grand oracle. Une Vierge destinée par votre choix à devenir la Mère de votre Fils unique, n’attire point vos complaisances par la splendeur de sa condition. Plus elle semble inconnue aux yeux d’un monde fastueux, plus aussi elle s’attache les vôtres. Vous savez la démêler dans les ténèbres de l’humiliation, au milieu des ténèbres qui obscurcissent son berceau. Les dons de votre grâce, qui l’ont enrichie dès les premiers instants de sa conception font toute sa grandeur ; l’humilité accompagne son entrée sur la terre : à ces titres, vous la chérissez, vous la bénissez, vous la regardez comme une créature la plus digne de vos faveurs. Quelle estime ferais-je encore de votre Grandeur, séparée de l’état de votre grâce ? Et quel autre moyen de me maintenir dans cette heureuse possession, que celle qui m’attache à vous, ô mon Dieu, par l’exercice assidu des mortifications évangéliques ?

à travers les grilles

Obtenez-moi, Vierge Sainte, le goût pour ce devoir, et la fidélité à m’en acquitter. Agréez tout ce que je porte de vœux au pied de votre berceau. Croissez et pour le Dieu qui vous fait naître, et pour vous-même qu’il fait naître, et pour nous en faveur de qui il vous fait naître. Après être sortie du sein de Dieu, vous devez un jour le porter dans le vôtre. Vivez et croissez pour lui présenter son tabernacle. Il doit vous élever à la plus auguste dignité. Vivez et croissez pour la plus glorieuse de toutes les destinées. C’est par vous que Jésus viendra à nous, et qu’il nous tirera de l’esclavage du péché ; vivez et croissez pour notre salut et pour notre bonheur. Protégez-nous contre les ennemis invisibles qui nous menacent ; soyez, pendant ma vie et à ma mort, une Mère de miséricorde ; et que, dès ce moment, mon cœur et mon sein puissent devenir comme les vôtres une demeure digne du Saint des Saints. Ainsi soit-il.