EXERCICE pour la fête de Sainte Thérèse

EXERCICE

Pour la fête de Sainte Thérèse

Une Vierge, élève de l’Amour divin, zélatrice de l’amour divin, victime de l’amour divin, est le grand objet que l’Eglise propose aujourd’hui à mon imitation autant qu’à ma confiance.

1° Avec quelle libéralité l’amour divin rassemble-t-il ses plus merveilleux trésors dans l’âme de Thérèse ? Une raison prématurée et un cœur susceptible des impressions de la grâce furent les dons qui l’enrichirent dès les premiers temps de sa vie. Les bagatelles qui amusent l’enfance, ou la vanité qui la peut éblouir, n’eurent aucun accès auprès d’un esprit qui ne goûtait que les vérités solides et éternelles. Une horreur extrême pour le péché, une délicatesse de conscience, attentive à se préserver des moindres fautes, une docilité généreuse à toutes les sollicitations de la grâce, un désir ardent de connaître Dieu et de l’aimer sans réserve, nourrissaient, dès lors, sa plus tendre piété, et l’animaient d’avance à tout ce qu’elle pouvait lui inspirer dans la suite de plus héroïque. Le martyre de la main des infidèles ne l’effraya point à sa septième année, et les charmes de la maison paternelle ne lui parurent point un attrait, qui dût balancer alors l’exécution de ce projet, si supérieur à son âge. Prélude admirable de toutes les leçons que l’amour divin lui communiqua dans la suite de ses années, et de la constante fidélité avec laquelle elle sut y répondre ! Quel mépris de tout ce qui la pouvait flatter ! quel détachement d’elle-même, quelle application à sacrifier en tout sa propre volonté, et à s’abîmer uniquement dans celle de Dieu ! quelle élévation de sentiments, de vues, de désirs, au-dessus de tout penchant terrestre. Unie au bien-aimé de son cœur, par des nœuds qu’il avait lui-même formés, et qu’elle s’étudiait à resserrer par des prières assidues, et par de ferventes oraisons ; elle parvint à cette perfection sublime où son Dieu lui tenait lieu de tout, et où elle était elle-même toute à son Dieu. Si j’écoute le même maître avec la même docilité, qui pourrait retarder mes progrès dans son divin amour ? qui pourrait ralentir mes résolutions d’être toute à lui ?

2° Une âme qui a pour guide l’amour divin, et qui se rend docile à ses inspirations, n’en borne point ses fruits à son avantage personnel. Le feu sacré qui la consume ne cherche qu’à prendre l’essor, à se communiquer, et à porter ses ardeurs dans tous les cœurs. Tel il se manifesta dans Sainte Thérèse. Après lui avoir ouvert les voies à la plus sublime sainteté, et lui avoir dévoilé tous les mystères de la vie intérieure, de quelles vives ardeurs ne la remplit-il point pour procurer le bien du prochain ? Zélatrice de l’amour divin, elle ne s’applique qu’à en jeter les précieux germes dans la contrée qu’elle habite, et ensuite à l’y faire fructifier par ses exemples et ses enseignements. Si dès les premiers pas qu’elle fait dans la solitude du Cloître, Jésus emploie le ministère d’un Séraphin pour percer son cœur d’un trait de son amour ; s’il lui déclare qu’il la choisit comme son épouse destinée à étendre sa gloire en tous lieux ; avec quel empressement se hâte-t-elle de répondre à une vocation, dont presque dès l’enfance elle avait éprouvé les prémices. La montagne du Carmel ne lui paraît pas décorée de plantes assez dignes du suprême cultivateur. L’esprit d’un monde ami du relâchement en a terni l’éclat. Il s’agit de leur rendre leur beauté primitive, et d’y faire renaître des fruits plus abondants et plus durables. L’honneur de Dieu et de son Eglise impose cet ouvrage à Sainte Thérèse ; elle s’y consacre sans délai ; et malgré les plus grands obstacles, elle y réussit. Sa réforme s’étend sensiblement sous ses yeux, et son zèle peuple dans peu d’années une multitudes de Monastères, de tout ce que les vertus ont de plus parfait, de plus effrayant même pour les sens et pour la nature. Le désir, dont elle est enflammée pour la gloire de Dieu, n’est pas satisfait des conquêtes qu’elle lui attache dans la vie religieuse ; il embrasse la conversion de tous les pécheurs ; elle y applique ses vœux les plus ardents et les plus continuels ; ses austérités et celles de son troupeau tendent à cet objet si dominant dans son cœur. Pour convertir une seule âme, un pécheur, un hérétique, un idolâtre, elle consentirait à souffrir en purgatoire jusqu’au jour du jugement. Combien mon amour pour Dieu sera-t-il sincère, quand je serai pénétrée de ce zèle pour le salut des âmes rachetées de son sang !

3° La sublimité des faveurs et des lumières que Sainte Thérèse reçut de l’amour divin ne servit qu’à la soutenir dans la carrière pénible où il la fit entrer. Aucune consolation humaine ne tempéra la multitude d’épreuves qu’elle eut alors à souffrir. Contradictions et mépris de la part du monde, obstacles et traverses dans l’exécution de ce qu’elle formait de desseins pour la gloire de Dieu, infirmités et douleurs sans interruption, délaissements et aridités intérieures, sécheresse et dégoûts au milieu de ses oraisons et de ses communions, incertitudes accablantes sur les voies de perfection qu’elle devait embrasser, humiliations sensibles du côté des guides spirituels qu’elle consultait, et dont les avis contraires la plongeaient dans d’affreuses perplexités, des combats, des troubles, des ténèbres, des peines de toute espèce ; voilà quel fut son partage depuis le moment où elle s’abandonna plus particulièrement à la conduite de son divin époux. Ce qu’elle se serait réservé à elle-même, elle aurait cru le dérober à Jésus crucifié, qui ne lui épargna aucun genre de croix capable de purifier et de perfectionner son amour. Instruite dans cette école de mortification, combien la disciple fidèle joignit-elle, aux coups intérieurs qui l’éprouvaient, de saintes rigueurs contre elle-même ! La seule voix du Ciel, manifestée par l’organe de son Confesseur, put arrêter les macérations sanglantes et assidues, dont elle punissait sa chair innocente. Elle se regardait comme la victime de l’amour divin, chargée de le venger de la révolte de tous les pécheurs. C’était dans cet esprit qu’elle accepta et qu’elle s’imposa jusqu’à la mort tous les genres de souffrances qui pouvaient la rapprocher le plus d’un époux de sang et de douleurs. Ah ! lui disait-elle sans cesse, dans les transports de son amour ou de la tristesse que lui causaient les péchés des hommes : ou souffrir, ô mon Jésus ! ou mourir ! Elle ne voulait vivre que pour souffrir, et elle ne consentait à mourir que pour être encore, en mourant, la victime des traits de l’amour divin. Ou souffrir ou mourir, c’est la devise qui illustrera à jamais la gloire de Sainte Thérèse. Mon amour-propre adopte-t-il cette alternative ? Quand je commencerai à aimer Jésus, sa croix cessera de m’effrayer ; je la chercherai, au moins je m’y soumettrai : les grandeurs du monde fournissent assez de quoi se crucifier soi-même.

PRIÈRE Sous l’invocation de Sainte Thérèse

Ô vous, dont l’amour divin consacra tous les sentiments, et qu’il éleva à la plus haute perfection ; vous qui n’ambitionnâtes d’autre terme de vos sacrifices et de vos souffrances que de mourir au monde, et de faire vivre Jésus-Christ dans votre cœur, et dans celui de tous les hommes : vous dont la croix fut le choix et les délices, Vierge généreuse, épouse fidèle d’un Dieu crucifié, victime immolée sur l’Autel de la plus sévère pénitence, vous daignerez entendre tous les vœux que vous adresse ma confiance, et que mes besoins rendront chers à votre charité. Du séjour des clartés divines qui succèdent aux ténèbres, dont si souvent vous fûtes investie sur la terre, faites, par votre intercession, descendre sur moi quelques rayons de la lumière éternelle : qu’ils dissipent les nuages qui couvrent la demeure ténébreuse où j’habite ; qu’ils me rendent inaccessible aux écarts dont je pourrais y être menacée ; qu’ils me conduisent au port du salut, et qu’ils m’éclairent constamment dans l’usage de tant de moyens que j’ai d’y parvenir. Je ne demande point ces grâces singulières dont vous fûtes prévenue ; je m’en reconnais indigne : pour être admise aux faveurs intimes de l’époux qui se communiqua si libéralement à votre cœur, il faudrait que le mien fût encore moins esclave et plus détaché de ce monde. Peut-être aurai-je peu à craindre de la servitude extérieure, qui y enchaîne tant d’autres ; non, je ne soupire qu’après un divorce qui m’en séparerait au dehors, si la Providence en aplanissait les obstacles ; mais un monde intérieur ne doit-il pas être, dès à présent, l’objet de mes combats et de mon renoncement ? N’ai-je pas à redouter ce qui excita vos propres frayeurs, dans le commencement de votre dévouement à la piété ? Ne règne-t-il point dans moi encore des vanités, de frivoles désirs qui m’occupent, des retours sur moi-même, qui partagent les services que je rends à Dieu, à un Dieu jaloux de tout le cœur, des langueurs dans la prière, des réserves dans mes vues, pour le bien aux sollicitations de la grâce. Obtenez-moi, grande Sainte, la victoire sur tous ces ennemis secrets de la vraie dévotion ; implorez pour moi un de ces traits de l’amour divin, qui enflamma votre âme ; qu’il pénètre mon âme des plus vives ardeurs. Que cet amour purifiant dirige et soutienne toutes mes pensées, toutes mes œuvres, jusqu’au moment qui me réunira à sa source dans l’éternité bienheureuse.