L’Église nous invite à vivre quatre semaines d’Avent. Il est bon pour nous de voir ce que signifie ce temps de l’avent, comment il est structuré, et comment il est célébré par la liturgie. Temps de l’avènement ou de la venue du Seigneur, l’avent appelle de notre part attente et vigilance : une vigilance tournée vers Noël mais aussi vers Pâques, une vigilance qui trouvera son accomplissement dans la vigile pascale.
Le mot « AVENT » traduit le latin adventus qui signifie « avènement, venue ». En ce temps de l’Avent, le Seigneur vient vers nous, et nous célébrons et attendons sa venue. Divers sentiments qui appartiennent à notre expérience humaine parcourent ce temps de l’avent, se retrouveront dans la liturgie, et caractérisent notre attitude chrétienne pendant ces quatre semaines.
L’attente. Nous avons tous l’expérience de l’attente : attendre un métro, un train, une lettre qui pour nous est importante, une personne… L’attente n’est pas seulement passive. Dans le verbe « attendre », il y a le mot « tendre », avec son élan, son mouvement, son dynamisme. Le temps de l’Avent ne consiste pas à attendre de façon passive le jour de Noël, mais à nous mobiliser pour aller à la rencontre de Celui qui vient. À notre attente de Dieu, répond l’attente de Dieu sur nous : Dieu nous attend, le Sauveur nous attend. Il y a donc une attente réciproque pendant ces quatre semaines.
La vigilance. Beaucoup de textes de l’Avent nous invitent à la vigilance, et nous savons que l’attente s’accompagne d’attention et de vigilance : il ne faut pas laisser passer, sans nous en apercevoir, celui que nous attendons. Dans notre monde et notre langage, deux groupes de personnes semblent spécialistes de la vigilance : ceux et celles qui de diverses manières assurent la sécurité, les contemplatifs qui veillent d’une manière toute spéciale dans la prière. Les chargés de la sécurité ou de la protection regardent, observent, pour maintenir le bon ordre : sans eux, c’est le désordre et l’insécurité. La vigilance ou la veille des contemplatifs est différente : ils veillent tandis que les autres dorment ou s’activent. Ils veillent sur le monde, sur l’ordre entre le ciel et la terre. Leur regard est tourné à la fois vers Dieu et vers les hommes : contemplation et compassion.
Le désir. L’attente s’accompagne bien souvent du désir, de l’impatience du désir, et la liturgie de l’Avent mentionne souvent le désir. Il vaut la peine de relever l’étymologie de ce mot, qui vient du latin desiderium, composé du préfixe de, qui marque l’absence, et de sidus, qui signifie « étoile » et que nous retrouvons dans « sidéral ». Le désir est donc, au sens premier, la recherche de l’étoile qui nous manque. Au temps de l’Épiphanie, les mages seront heureux de retrouver l’étoile qui les conduira à la crèche. Et durant l’Avent nous sommes habités par le désir de contempler l’Étoile, l’Étoile de David, le Christ lumière.
La patience. Certains d’entre nous sont patients par nature, et d’autres sont impatients, comme l’enfant qui veut que son « désir » soit réalisé dans l’instant. Dans la vie humaine, la patience a une double signification et une double fonction. D’une part, elle représente la force de l’homme adulte qui accepte la durée, qui comprend le sens du temps, qui reconnaît la nécessité d’une élaboration et d’une maturation. La patience est donc signe de maturité et de maîtrise de soi. Mais elle peut aussi être signe de faiblesse : se résigner à attendre, sans avoir le courage de prendre une décision : « il est urgent d’attendre ». Dans ce cadre de réflexion on pourra se laisser imprégner par la romance de St Jean de la Croix ci-après :
Romance V. Des désirs des Saint Pères
Avec cette bonne espérance qui d’en-haut vers eux descendait, Le dégoût de leurs travaux plus léger se faisait.
Mais l’espérance qui tardait et le désir qui croissait De se réjouir avec leur Époux sans cesse les affligeait.
C’est pourquoi avec oraisons, avec soupirs et agonie, Avec larmes et gémissements, nuit et jour ils Le priaient
Qu’Il se décidât enfin à leur donner sa compagnie. « Oh ! si l’allégresse en mon temps allait être ! » les uns disaient.
D’autres : « Achevez, Seigneur ; envoyez Celui que vous devez envoyer. » D’autres : « Oh ! si vous alliez rompre les cieux, et si je voyais,
De mes yeux que vous descendez, mes sanglots cesseraient. » « Nuées, oh ! faites pleuvoir d’en haut Celui que de donner la terre vous prie.
Qu’Il consume enfin la terre où des épines seules nous naissaient, Et qu’elle produise cette fleur dont elle sera fleurie ! »
D’autres disaient : « Oh ! heureux celui qui en tel temps vivra Qu’il mérite de voir Dieu, avec ses yeux à lui,
De Le toucher de ses mains et d’aller en sa compagnie, Et de jouir des mystères que pour lors Il disposera ! »
Romance VI. Suite
En ces requêtes et autres telles, un long temps s’était passé. Mais grandement croissait la ferveur en les dernières années.
Quand le vieil Siméon brûlait tout en désir, Requérant Dieu que de lui laisser voir ce jour Il eût bon plaisir.
Et ainsi l’Esprit-Saint au bon vieux répondait, Engageant sa foi, que la mort il ne verrait
Avant de voir la vie qui de là-haut descendait, Et que lui, en ses mains mêmes, Dieu même prendrait, Et qu’il Le tiendrait en ses bras et en ses bras L’étreindrait.