Espérance

« Il est rare qu’on rencontre quelqu’un qui s’accuse de fautes contre l’espérance. Des doutes contre la foi, des manquements à la charité, des fautes de vol, d’impureté, de méchanceté, de colère, de gourmandise, et toutes les autres, on les entend au confessionnal. »Mais des fautes contre l’espérance et en particulier contre l’abandon à la Providence de Dieu, on les rencontre bien rarement. Et pourtant ce sont peut-être celles qui sont les plus sensibles au Cœur de Dieu, car ce sont celles qui blessent ce qu’il y a de meilleur en Dieu. Je m’excuse d’employer ces expressions qui semblent faire de Dieu un être semblable à nous, mais il faut bien user de notre langage humain qui n’est pas à la mesure de Dieu.

« Dieu est tout Amour, et combien le Christ a dit et redit cela ! Ne dit-on pas le »Bon Dieu« . Dieu est bon, et les manques de confiance, ce sont des fautes qui sont directement opposées à cet attribut de Dieu. C’est comme si on disait au Bon Dieu : »Vous n’avez pas de cœur  »Chaque seconde que nous vivons, l’une après l’autre, qui nous prolonge dans l’existence, nous est offerte par la main créatrice et toute- puissante de Dieu ; quand on a compris cela, quand on vit dans un état réel d’abandon, mais réel, pas un état fictif, tous les jours, sans jamais sortir de cet état, on a à sa disposition une manière nouvelle incessante de communier à Dieu.

« Il y a deux manières de communier. Il y a la manière sacramentelle : en recevant l’Hostie qui nous permet d’emporter avec nous le Christ présent en nous. »Il y a une autre manière qui ne cesse jamais ; c’est Dieu se présentant à nous à travers chaque seconde que nous vivons ; c’est Dieu qui vient à nous sous le visage d’un travail, ou des hommes, de la douleur, de la joie, […] c’est Dieu qui vient à nous, mais nous ne savons pas, nous ne voulons pas voir, savoir que c’est Dieu qui vient à nous ainsi ; et que quel que soit le visage sous lequel il se cache, quel que soit le vêtement qu’il revêt pour se présenter à nous, c’est Dieu sage, Dieu tout-puissant, Dieu plein d’amour."

Retraite au Carmel de Pontoise, septembre 1943