Exercice pour la Fête de Saint joseph

EXERCICE

Pour la Fête de Saint Joseph.

Je considérerai dans Saint Joseph un homme juste sur lequel la Providence s’est reposée, et un homme fidèle qui s’est reposé sur la Providence.

1° La Providence s’est reposée sur Saint Joseph en lui confiant le plus glorieux ministère. Quel trésor confié à ses soins ! un Dieu même sous le voile de l’enfance ! Quelle vigilance aussi, quelle tendresse attentive à la conservation de l’inestimable dépôt dont il est chargé ! Que ne dois-je pas moi-même de circonspection pour défendre contre les ennemis du salut, Jésus, ses grâces, et son amour, lorsque je l’ai recouvré dans le tribunal de la pénitence, ou que je le possède dans la communion ?

2° La Providence instruit Saint Joseph des voies qui doivent disposer Marie à la maternité divine et des hautes vertus qui font déjà d’elle un objet de complaisance aux yeux de Dieu. Quel respect le chaste époux de la Sainte-Vierge n’a-t-il pas pour les vues du ciel, et pour celle qui y servira de coopératrice ? C’est la loi que m’impose mon rang à l’égard de toute personne qui fait profession de piété. Plus j’y reconnais les bienfaits de Dieu, plus je dois y placer mon estime et ma protection.

3° La Providence annonce à Saint Joseph, par la voix d’une Ange, ces grands mystères, il les garde dans un profond secret ; son silence dans ces conjonctures, fait l’éloge de sa sagesse. Je me repentirai rarement d’avoir parlé peu, et presque toujours d’avoir trop parlé.

L’indiscrétion ou l’excès des paroles n’est point d’ordinaire un mal indifférent dans ceux qui sont élevés au-dessus du commun des hommes. Je m’attacherai à considérer l’abandon de Saint Joseph à la Providence ; et j’en découvrirai plus particulièrement les traits marqués, lorsqu’il reçut l’ordre de dérober l’Enfant Jésus et sa Sainte Mère à la persécution d’Hérode. Dans cette circonstance combien se présente-t-il d’instructions pour l’obéissance que je dois à la voix de Dieu !

La soumission de l’homme fidèle est prompte, généreuse et entière.

1° Soumission prompte. Le Ciel s’explique par l’organe de l’Ange ; Joseph ne réplique point, il impose silence à tous les préjugés de sa raison, il ne met aucun délai entre l’ordre qui lui est donné , et l’obéissance qu’il lui doit. Dieu lui parle : c’en est assez, il se détermine aussitôt à obéir et il s’abandonne sans prétexte, comme sans réserve, à la conduite de la Providence. Telle doit être mon obéissance à la voix de Dieu : qu’il me parle par ses avertissements intérieurs, ou par le ministère de ceux qui tiennent sa place auprès de moi ; par l’autorité de sa loi, ou par les lumières de ma conscience, il ne m’est pas permis de différer à suivre sa voix : tout refus d’une correspondance aussi prompte qu’universelle, ne serait qu’illusion d’une préférence dangereuse que je donnerais à ma volonté propre, aux dépens de celle de Dieu. De ces délais naîtraient mon indécision pour le bien, et peut-être hélas ! une facilité à tomber dans le mal.

2° Soumission généreuse. Que de difficultés s’offraient à Saint Joseph pour prendre le parti de la retraite qui lui était ordonné ! Ne pouvait-il pas craindre la fureur d’un ennemi obstiné à découvrir, par toutes sortes de voies, le trésor qu’il devait dérober à ses recherches ? Que de risques dans la nouvelle route ! Quels moyens d’y parvenir ? Quelles ressources pour s’y fixer, pour s’y cacher ? Tous ces obstacles ne l’épouvantent point ; son obéissance, sans lui en dissimuler aucun, lui donne la force de les surmonter tous… Dans la suite des sacrifices, qu’une conduite décidée pour la piété pourra m’imposer, je dois m’attendre à essuyer au-dedans et au-dehors de moi des difficultés capables de m’effrayer.

Comment dois-je me comporter dans ces circonstances critiques ? Avec une résolution et un courage qui, sans me déguiser ma faiblesse, me fasse tout attendre de Dieu… La vue d’un Maître qui ne me demande rien d’impossible, qui m’aime, et qui est toujours prêt à me secourir, me soutiendra ; et avec cette conviction de ma force, que n’aurai-je pas droit d’espérer de son secours ? Que n’entreprendrai-je point malgré toutes les oppositions du monde, malgré les résistances, plus fortes peut-être encore, de mon propre cœur ?

3° Soumission entière. Fidèle dépositaire du plus précieux de tous les biens, Joseph ne pense qu’à le conserver. Qu’on lui ordonne de s’expatrier, de sacrifier toutes les ressources d’une occupation, qui, toute vile et obscure qu’elle est, fournissait à ses besoins, de s’éloigner de ses proches et de ses amis, d’exposer à une marche pénible un tendre Enfant, et une Mère dont il connaissait tout le mérite aux yeux de Dieu ; qu’on lui demande d’accepter tant d’épreuves, toutes si sensibles, il s’y soumettra avec respect ; il y adorera les desseins de la Providence, sans vouloir les pénétrer ; et il n’omettra aucun des devoirs que le Ciel lui prescrira… Ah ! que j’aime Dieu au-dessus de tout ce qui peut le plus m’attacher sur la terre, et je ne mettrai plus de réserve dans les démarches que son service exigera de ma fidélité ; je ne me donnerai point à lui avec partage ; celui qui s’est donné tout entier à moi, mérite bien que je sois tout entière à lui ! Une considération humaine, un timide regard sur le monde et ses décisions, m’exposeraient bientôt au sort des lâches disciples de Jésus-Christ. Je ne le conserverai dans mon cœur, qu’autant que mon amour ne refusera rien à celui qu’il a pour moi-même. Je le conserverai donc toujours puisque désormais mon amour tâchera d’être égal au sien.

Prière à Saint Joseph

Ô vous que la Providence favorisa des plus glorieuses prérogatives, grand Saint, qui sûtes répondre avec tant de fidélité aux desseins de sa profonde sagesse, vous, le tuteur et le dépositaire de l’enfance de mon divin Sauveur, chaste époux de la plus pure des Vierges, serviteur vigilant, nommé par Dieu même, pour être la protecteur et le guide de la plus auguste famille ; vous que le Très-Haut initia à la connaissance de ses mystères le plus intimement reculés dans son essence infinie, digne, autant qu’une créature peut l’être, des révélations qu’il plut à la Majesté suprême de vous communiquer : oh ! que de droits vous donnent à ma confiance et à mes respects ces titres puissants et multipliés, auxquels je reconnais l’effusion et l’abondance des grâces de l’Esprit-Saint envers vous ! Oui, chacune de ces faveurs qui vous furent dispensées par l’Eternel doit être pour moi autant d’appuis aux vœux que j’adresserai au trône de la divine miséricorde. Quelque multipliées que puissent être mes misères, j’en espérerai la guérison du moment où vous daignerez me servir de Patron.

Ce Jésus, votre Fils sur la terre, pourrait-il se refuser à vos demandes ? Il vous aima comme son Père, il vous couronne aujourd’hui dans les Cieux d’un diadème immortel : il ne mettra de bornes à ses dons, que celles que vous-même vous aurez mises à votre intercession. Dans le jour consacré à la mémoire de vos triomphes, attendez tout de l’affection éternelle que promit à vos tendres soins l’Enfant auguste, échappé, sous votre conduite, à la barbarie d’Hérode. Prêtez pour organe à mes besoins, comme à mes désirs, prêtez cette voix qui le guida dans les premières années de sa vie cachée, et dont, au milieu de ses ineffables splendeurs, il agréera pour moi les vives sollicitations : unissez, puissant Médiateur, votre zèle pour mon salut à celui de votre miséricordieuse épouse. Obtenez-moi l’une et l’autre quelque légère participation au trésors de grâces dont vous fûtes enrichis, et le bonheur d’y correspondre, autant par la pureté de mon cœur, que par la sainteté de mes actions, qui sera pour vous-mêmes un surcroît à la félicité dont vous jouissez au sein des chastes embrassements de votre Fils.

Présidez à tous les événements que la Providence me ménagera dans la suite d’une vie dont je commence à redouter les grandeurs et les écueils, à toutes les situations où m’appellera sa volonté sainte, à tous les desseins qu’elle aura sur moi. Puissé-je, à votre exemple, ne cesser jamais de la glorifier par ma soumission, par tous les efforts de l’amour et de la vertu ! Puissé-je et vivre et mourir comme vous, entre les bras de Jésus et de Marie !