EXERCICE pour la Fête de l’Exaltation de la Sainte Croix

EXERCICE

Pour la Fête de l’Exaltation de la Sainte Croix

1° Le monde, idolâtre des honneurs et des plaisirs, ne connaît point le prix de la Croix, il la fuit ; il la fuit, il la méprise dans ceux qui la portent. Il lui substitue tout ce qui flatte l’ambition et la sensualité… L’âme, solidement chrétienne, jette les yeux sur le Dieu-Sauveur que son amour attache à cette Croix : c’en est assez pour qu’elle s’y condamne elle-même, pour qu’elle s’y soumette, pour qu’elle se trouve heureuse s’y participer. Une contradiction qui heurte la volonté propre, un sacrifice aux dépens de la vanité, un refus, un oubli qui confondent l’orgueil, un écart qui humilie l’amour de soi-même, une contrainte qui gêne les sens, tout est précieux à son courage, parce qu’il y découvre de quoi se rapprocher de la Croix, et de celui qui a établi le trône de ses grandeurs sur le théâtre de ses divines abjections.

2° Le monde, ennemi de la Croix, force les mérites de la Croix d’être stériles et infructueux pour lui. Elle ne sera pour lui qu’un témoin accusateur, qu’un juge sévère, qu’un organe de mort… Le péché qu’ils aiment, et dans lequel ils s’obstinent, est un obstacle aux fruits de pardon qu’elle leur procurerait…
L’âme chrétienne ne se pardonne point tout état de péché qui lui ravirait la grâce de son Dieu ; elle le déteste au plutôt, elle se hâte de s’en purifier, elle réclame les richesses de la Croix, pour obtenir la réconciliation, et bientôt le calme succède aux agitations, aux angoisses du remords, l’amour de Dieu, à son insensibilité, la force, à ses faiblesses, la pureté de l’âme, aux taches qui la souillent. A l’ombre de la Croix, elle se soutient dans ses combats, dans ses infirmités, dans ses craintes. Pendant la vie, à l’heure de la mort, la Croix est son bouclier et son refuge.
Autant le monde ennemi de Jésus-Christ s’estime malheureux de porter sa croix, autant le vrai chrétien s’y attache avec l’ardeur que lui inspire une foi dégagée, affranchie de tous les préjugés de la nature et de l’amour-propre. Perçant les nuages d’une orgueilleuse sensibilité, il reconnaît tous les avantages que lui procure cette humiliation, ce mépris, cet abandon de la part de ceux sur lesquels il comptait le plus. Il apprend à supporter avec joie jusqu’aux coups qui attaquent le plus vivement son cœur. Il embrasse la Croix, il s’unit à la croix du Sauveur, et trouve dans cette douce union tout ce qui peut lui rendre chères les épreuves et les souffrances toujours si pénibles à l’humanité abandonnée à sa propre faiblesse. Les plaintes, les murmures, les révoltes secrètes, les dépits d’une délicatesse offensée, tout cède aux impressions que fait sur son âme le spectacle de la Croix, ce symbole glorieux et consolant que la religion ne cesse de lui offrir.
Aussi est-ce sur cette règle qu’il s’applique à diriger ses sentiments et ses mœurs. Il ne mesure, comme les Louis et les Edouard, sa véritable grandeur, que sur sa conformité avec Jésus crucifié. Une situation brillante et élevée, loin de captiver son cœur, n’est pour lui qu’un fardeau pesant. Il ne fait que se prêter aux égards que son rang exige de lui, et ses moments les plus doux sont ceux où on paraît l’oublier et le méconnaître. Dans cet esprit, il fait mille fois hommage à la Croix de toutes ses grandeurs, il se fait un devoir de lui offrir le tribut d’une prière fervente, il y colle ses lèvres enflammées, souvent il en réitère le signe adorable sur lui-même, sans cesse il en porte avec soi l’image. Telle est la conduite du vrai chrétien. Et voilà le modèle que j’ai à suivre pour honorer la Croix ; elle doit être pour moi une source de grandeur, un motif de confiance, un objet d’amour, une règle de conduite.

Prière à la Croix

Croix adorable, autel sacré sur lequel mon Sauveur m’a donné les témoignages les plus incontestables de son amour miséricordieux, recevez en ce jour les hommages profonds de ma vénération et de ma reconnaissance. Que ne dois-je point aux mérites infinis de la victime qui expira entre vos bras. Que ne me rappelez-vous point des trésors de sa charité pour moi, lorsque je viens déposer à vos pieds le poids immense de dettes que j’ai contractées et que je contracte encore tous les jours à son égard ? Mais, ô Croix précieuse ! vous serez toujours ma défense au tribunal de sa justice ; vous ne lui présenterez que de nouveaux motifs de me pardonner en lui présentant dans vous-même le trône des anciennes richesses de son cœur pour tous les hommes. Si vous m’instruisez des objections qu’il embrassa pour me sauver, et des grandeurs qui accompagnèrent son dernier sacrifice, c’est pour m’apprendre que la gloire véritable pour une âme chrétienne consiste dans l’imitation fidèle de ses humiliations. Si vous étalez aux yeux de ma foi les trésors de grâce dont vous fûtes l’heureuse dépositaire, j’y découvre les motifs les plus puissants d’animer ma confiance. Si je considère l’amour extrême qui vous attacha le Dieu mourant pour mon salut ; ah ! de quel amour ne dois-je pas être pénétrée moi-même, lorsque je vous contemple et que je vous adore ? Si je médite les grandes leçons dont vous fûtes l’Ecole dans les derniers moments de la vie de Jésus expirant, puis-je n’y pas découvrir toute la science qui doit m’être la plus chère, celle qui me porte sans cesse à être humble, mortifiée, patiente, détachée de moi-même ; généreuse à sacrifier mes ressentiments, attentive à appuyer ma faiblesse du secours de la prière. Obtenez-moi, ô Croix de mon Jésus, ces fruits abondants si nécessaires à mes besoins ; protégez-moi contre tous les ennemis de mon salut : régnez sur mon cœur et sur mes désirs. Purifiez, sanctifiez, animez, occupez toute mon âme ; portez au moment de ma mort tous mes désirs, toutes mes affections au séjour des miséricordes éternelles !