Exercice pour la fête de la Présentation de la Sainte-Vierge

EXERCICE

Pour la fête de la Présentation de la Sainte Vierge, jour anniversaire de ma première Communion.

Qu’il a été glorieux et favorable pour moi, ce jour que l’Église consacre à célébrer la première offrande que Marie fit d’elle-même au Sauveur son Dieu ! A l’imitation de cette Vierge, si digne de me servir de modèle, j’ai présenté au Divin Epoux, mon âme non seulement comme un séjour où je le conjurais d’habiter par sa grâce, mais comme une demeure qu’il devait sanctifier par sa présence réelle : ce Dieu de bonté a daigné m’exaucer.

Aux premières faveurs qui m’élevèrent à la dignité de son Enfant dans le baptême, il a ajouté celle de se donner plus intimement à moi par la communication de son Corps et son Sang. Ô bienfait ! dont je ne saurais me rappeler les prémices avec une trop sensible reconnaissance ! Comment puis-je mieux y répondre qu’en me modelant dans chacune de mes communions, sur l’amour de Marie, dans ce mystère ? Un amour empressé, un amour généreux, un amour fidèle, voilà ce qui anima ses sentiments dans ce jour si heureux pour elle ; et c’est ce qui doit caractériser les miens, toutes les fois que j’ai le bonheur de m’unir à Jésus-Christ dans la réception de l’Eucharistie.

Je ne dois pas confondre avec les autres enfants d’Adam, chargés du funeste patrimoine commun à tous les hommes, une Vierge destinée à devenir la Mère d’un Homme-Dieu, et préservée, à ce titre, de la tache originelle, aussi bien que de tous les nuages de l’ignorance qui la suit.

L’esprit de toutes lumières possédait l’âme de Marie, dès le premier instant de sa conception pure ; combien dès lors sa raison développée, dans l’âge même le plus tendre, lui offrait-elle de reconnaissance proportionnée aux dons surnaturels que le Ciel lui avait déjà départis ? A l’appui de cette raison, éclairée de la grâce, quelle noble idée Marie ne se forme-t-elle pas de la grandeur du Maître auquel elle va se dévouer, et de la préférence qu’elle lui doit dans ses services ? Quelle ardeur à se présenter dans son Temple, à lui assurer la totalité de ses hommages, à lui engager tout son amour par l’offrande la plus solennelle ? Elle court, elle vole aux pieds de l’autel ; elle se prosterne devant le Ministre de sa consécration ; elle lui proteste mille fois qu’elle ne choisit d’habitation qu’à l’ombre de son tabernacle. La tendresse d’Anne et de Joachim ne peut servir d’obstacle à ses pieux empressements ; elle désire d’être toute au Seigneur ; le monde, et tout ce qu’elle y a de plus cher ne saurait arrêter l’activité divine qui l’entraîne. Telle, par la grâce de Dieu, je me sentis dans ma première communion. Les plus courts délais, qui retardèrent pour moi cet heureux moment, coûtèrent à mes saints empressements. Mais hélas ! ne se sont-ils point quelquefois ralentis depuis cette première grâce ? La froideur et l’indifférence n’y ont-elles pas succédé par intervalle ? Le dégoût, la défiance, les frivoles prétextes n’ont-ils pas remplacé les élans passionnés qui doivent me conduire à la Table de l’Agneau ? Oublierais-je que je ne puis jamais mieux attirer l’amour libéral de Jésus dans l’Eucharistie, qu’en m’y disposant par la ferveur de mes désirs ?

Qui me donnera de me retracer dignement à moi-même tous les sentiments de Marie, au moment de sa présentation dans le sanctuaire de Jérusalem ? Que de précieux, que d’abondants trésors, réunis dans son cœur, enrichirent d’un nouveau lustre la demeure du Saint des Saints.Tendresse, affection, heureux transports, vive reconnaissance, douce sensibilité d’une âme qui goûte tout le prix des liens, par lesquels elle s’attache pour toujours au centre de la félicité ; douceurs ineffables qui la ravissent vers l’objet adorable dont seront uniquement occupés des pensées, et tous ses attachements ; amour généreux qui embrase tout, qui sacrifie tout, qui se soumet à tout, pour ne plus ambitionner d’autre partage que le culte et la maison de son Dieu ; telles sont les dispositions qui ennoblissent l’oblation de la plus sainte des Vierges. Saint Ambroise me les dépeint dans l’image qu’il m’expose de son extérieur édifiant. Les dehors sont le miroir fidèle de tout ce qui se passe de merveilleux dans cette grande âme. Quelle pudeur, dit ce saint Père, brille sur le front de cette tendre victime ! quelle humilité dans sa constance ! quel accord du plus profond recueillement avec les plus brûlantes impressions du feu sacré qui l’embrase ! Telle s’annonce et paraît devant l’autel de l’Eternel la plus sainte de ses créatures, lui consacrant publiquement ses premiers hommages, et ne mettant aucune borne à la générosité de l’amour qui l’inspire : son bien-aimé est tout à elle, et elle sera toute à son bien-aimé ; dès lors elle n’enviera point au monde ses plus flatteuses prérogatives. Le secret et la solitude du temple lui tiendront lieu de toutes les splendeurs où vécurent ses ancêtres ; nul éclat temporel ne la touchera ; la vraie lumière, celle de la grâce, l’environnera sans cesse au milieu des ténèbres d’une situation inconnue aux hommes.

Loin de regretter l’aisance dont elle sera dépouillée, elle ne la regardera qu’avec mépris ; quels biens pourraient piquer l’ambition de Marie, tandis qu’elle possède l’auteur de tous les biens ? Une vie mortifiée et souffrante sera la suite de l’engagement qu’elle contracte en ce jour ; elle ne peut l’ignorer, éclairée qu’elle est des mystères de l’avenir ; mais son amour généreux lui adoucit d’avance toute la rigueur des sacrifices qui lui sont réservés ; il fait disparaître à ses yeux la pointe du glaive douloureux qui doit un jour transpercer son âme. Animée par un modèle aussi décisif pour ma piété, je dois dans chaque communion offrir à Jésus-Christ un cœur destiné et déterminé à ne lui rien refuser ; amusements intérieurs de mon amour propre, satisfactions de ma vanité, pusillanimités de mes paresses, légèretés de ma dissipation, goût de la bagatelle, sensualités de l’immortification, incertitudes de mes irrésolutions pour certaines vertus, rien que la générosité de mon amour ne doive être disposée à détruire, à sacrifier, au moins à combattre ; oui, ce sont autant de lois indispensables pour mon courage. Mon union à un Dieu, victime sur l’autel, me les impose ; j’y obéirai avec sa grâce. Si l’ardeur la plus empressée conduit Marie au temple ; si la générosité la plus parfaite y dirige son sacrifice, l’amour le plus fidèle couronne toutes ces saintes dispositions. Sans m’attacher à suivre les prodiges de vertus qui décorent tous ses jours, depuis sa première éducation dans le temple, je me bornerai à considérer celle qu’elle pratiqua dans l’enceinte de ce lieu sacré. Tout répondit en elle aux saints engagements de sa présentation ; son esprit, son cœur, ses sens, tout porta l’empreinte de cet amour fidèle qu’elle avait juré au Seigneur dans son sanctuaire ; amour fidèle qui servit de plus constant modèle aux filles d’Israël, que sa piété lui associait dans le même lieu ; amour fidèle qui sanctifia toute l’économie de ses œuvres, dont chacune n’avait d’autre motif que de plaire à Dieu, ni d’autre terme que de hâter par des vœux ardents la venue du Messie désiré des nations ; amour fidèle qui, en la rendant inaccessible aux passions du monde, ne lui fit désirer d’autre témoin de sa conduite et de ses sentiments, que ce divin Maître auquel elle s’était attachée uniquement et pour toujours ; amour fidèle qui partagea le saint emploi de ses jours entre la méditation de la loi, et les travaux utiles à la décoration de la maison du Seigneur ; amour fidèle, qui, après l’avoir séparée d’une famille juste et vertueuse, ne cessa de lui rendre présents les pieux enseignements qu’elle y avait reçus ; amour fidèle, qui, en la perfectionnant dans l’exacte pratique de tous ses devoirs, la prépare aux vertus sublimes, aux grâces singulières dont fut orné le reste de ses années. Ce n’était encore de la part de cette Vierge cachée dans le temple, que le sacrifice du matin, comme David l’avait annoncé, mais qui était le présage de tous les autres sacrifices, de toutes les merveilles de sa vie…

Quel bonheur pour moi, si un cœur, un amour aussi fidèle, préparait, accompagnait, et suivait mon union à Jésus dans le sacrement des Autels ! Quel fruit ne produirait pas dans mon âme le fréquent usage de la communion, lorsque mon amour pour un Dieu qui s’y donne à moi, me porterait chaque fois à de nouveaux progrès dans la piété ! Combien ces progrès seraient-ils multipliés ! Combien seraient-ils sensibles par la régularité et la ferveur de mes prières, par la constance et la générosité de mes résolutions, par l’exactitude et la sévérité de mes vigilances sur moi-même, par la soumission de mes vues aux dispositions de la Providence, par la condescendance de ma charité pour le prochain, par la contrainte de mes désirs, si souvent trop naturels, par cette simplicité évangélique, qui ferait que je me chercherais moins, et que je m’occuperais plus de Dieu, et des moyens de me conserver dans sa grâce. A ces traits, je manifesterai mon amour fidèle. Que de biens intérieurs, en seraient la récompense !