Exercice pour le temps d’après la Communion

EXERCICE

Pour le temps d’après la communion Pascale.

Me bornerai-je à de simples actions de grâces pour exprimer les bienfaits dont Jésus-Christ m’a comblée, en daignant s’incorporer à moi ! La reconnaissance la plus vraie que je puisse lui promettre, c’est l’obéissance à sa voix qui se fait entendre si puissamment dans mon cœur. Ma conduite intérieure et extérieure doit donc être l’image de ces bienfaits, et l’imitation, autant qu’elle dépend de moi, des prodiges au milieu desquels il s’est donné à mon cœur. Le plus grand, le plus glorieux de ces prodiges, celui qui les couronne tous, est sans doute le miracle de sa résurrection. Comme la sienne, ma résurrection à la grâce doit être vraie et durable.

1° Je dois appréhender d’abord de m’être fait illusion à moi-même, si je me suis bornée dans les temps du deuil et de la pénitence aux dehors de la régularité qu’elle impose alors plus spécialement à ses enfants. Oui, peut-être ai-je donné plus de suite et de loisir à la prière, à la retraite, à la méditation des douleurs de Jésus souffrant ; à l’examen secret de mes imperfections, à la fréquentation des Temples, à l’assiduité aux pieds des Autels, aux sentiments affectueux qu’opèrent nécessairement, dans une âme sensible, les grands spectacles offerts par la religion. Mais, hélas ! combien ignorerais-je mes vrais intérêts, si je réduisais à ces uniques témoignages la garantie de ma résurrection spirituelle !

2° Elle demande de moi des effets, et non plus seulement des préparations ; une réforme véritable, et non plus des résolutions, un passage réel à un état de vie, et non plus de simples moyens pour sortir d’un état de mort.

3° Les réflexions que j’ai faites sur tant de grâces passées, dont la bonté divine m’a prévenue, et sur les grâces actuelles, dont il vient de me gratifier, ne me permettent plus de me dissimuler la prédilection de son amour, et les obligations nouvelles qu’elle m’impose. Or, une vertu commune qui consisterait à écarter quelques fautes plus marquées et plus habituelles, ce n’en est point assez pour répondre aux vues du Seigneur sur moi. Je le sens : il m’appelle à quelque chose de plus élevé, et qui m’attache plus particulièrement à son service. Ce qu’il veut, ce qu’il exige de moi, c’est une conformité plus exacte à la morale de l’Evangile qui a dit : que celui qui veut être à moi porte sa croix et qu’il me suivre. Votre croix ! ô divin Jésus ! époux désiré, époux adoré de toutes les puissances de mon âme ! Ah ! faites-la paraître à mes regards ! que je l’embrasse, que je m’y tienne attachée, oui, et pour ne la quitter jamais ; est-ce sur le Calvaire que vous m’attendez ? Indiquez-moi la route qui y conduit, et vous allez m’y voir à vos côtés.

4° Mais, hélas ! si vous ne m’avez point honorée d’une vocation aussi sublime, j’ai toujours à remplir d’importantes obligations. La solidarité de ma dévotion exige que j’obéisse à tous les devoirs de ma religion et de mon rang, avec toute la ferveur, toute l’exactitude, tout l’amour et toute la pureté d’intention qui peuvent en rehausser le prix aux yeux de Dieu. C’est à quoi m’aideront une délicatesse de conscience, qui me fera craindre jusqu’à l’ombre du péché ; une sévérité qui m’empêchera d’en commettre un seul de propos délibéré, une attention prompte à m’humilier devant Dieu, aussitôt que j’aurai le malheur d’en commettre quelqu’un, une vigilance exacte à en prévenir, à en éloigner toute occasion.

5° Un autre moyen que vous m’inspirez, ô mon Dieu ! pour acquérir cette piété solide, c’est le soin que j’aurai de m’unir plus fréquemment à Dieu dans la Méditation, dans les Sacrements, dans l’exercice de sa présence. Par là, j’apprendrai à le connaître, et à me connaître moi-même. J’y trouverai tous les secours nécessaires pour travailler à un plus grand détachement de moi-même, au renoncement, à tout ce qui flatte d’ordinaire ma vanité et mon amour-propre, cet ennemi si dangereux et si commun de la piété ; à la mortification de ma paresse et de mon indolence ; à l’humilité qui, par la vue de mes faiblesses, m’apprendra à compatir à celles du prochain, à l’indifférence pour toutes les grandeurs qui m’environnent, dès qu’elles me feraient oublier Celui auquel elles doivent essentiellement se rapporter !

6° En agissant par cet esprit de Dieu, je n’en serai pas moins attentive à remplir tout ce que je dois à l’Autorité, à la tendresse, aux bienséances, à la société, à la charité. Tous ces différents rapports ne laisseront jamais entrevoir, dans ma conduite, ni humeur, ni hauteur, ni caprices, ni vivacité, qui ne soient au moins réprimés aussitôt par un secret retour vers Jésus crucifié, et souffrant sans se plaindre. Jamais surtout, je ne me permettrai le sombre ou le rebutant d’une piété qui ne sait point s’accommoder aux personnes et aux circonstances ; plier à propos, se relâcher pour maintenir la subordination et l’union, quand d’ailleurs il n’y va ni de la gloire de Dieu, ni du salut.

7° Lorsque je m’étudierai ainsi à rapprocher mes vues et mes actions de cette intention habituelle, soit d’éviter tout ce qui peut déplaire à Dieu, soit de pratiquer tout ce qui peut lui être agréable, je me précautionnerai contre tous les assauts du respect humain. Je craindrai également ou l’excès de ma timidité dans mes égards illégitimes pour le monde, ou l’empressement de ma satisfaction dans mes complaisances pour moi-même. Souvent ce n’est pas tant la crainte de déplaire que le désir de plaire, qui est le ressort de ces frivoles considérations. Appliquée plus constamment à me garantir de ce double écueil , je consulterai uniquement devant Dieu ce qui est de sa gloire et de ma sanctification, et avec cette règle essentielle, je redresserai tout ce qui peut se trouver d’imparfait, de lâche, d’humain dans mes motifs, dans mes paroles, dans mes projets, dans mes actions.

8° Ma vie nouvelle ainsi appuyée sur les fondements d’une piété solide, je dois m’appliquer à lui donner une base solide, inattaquable. Des promesses réitérées, et presqu’aussitôt démenties, des lumières multipliées, et plus souvent éteintes, des désirs formés en foule, mais sans fruits, sans exécution, ne pourraient avoir d’autre terme qu’une vie au moins très tiède et très languissante dans le bien. Pour prévenir cet affreux malheur, le plus redoutable après l’état du péché mortel, et qui y conduit insensiblement ; je considérerai, d’une confession à l’autre, les grâces reçues dans la communion précédente, les moyens de me conserver dans les saintes résolutions que j’y aurai prises ; les promesses faites à Dieu, les causes ou les occasions de mes chutes, les précautions que je dois opposer à de nouvelles infidélités et surtout les progrès que Dieu, et le monde, toujours plus sévère encore que Dieu, demandent de ma fréquente réception des Sacrements. Ces engagements, que je renouvelle à vos pieds, adorable Jésus ! seront-ils encore infructueux ? Une seule goutte de votre Sang suffisait pour changer le monde, et vous l’avez répandu tout entier. Quels motifs d’espérance pour moi ! Dieu de toute force, venez au secours de ma faiblesse, et je n’aurai plus rien à redouter de moi.

FLEXIONS

Heureuse l’âme, ô mon Jésus ! qui a recueilli ces fruits de votre sainte résurrection, et dont la vie nouvelle ne retrace aucun des caractères de son ancien état de mort. Mais, moi ! puis-je me comparer à tant de félicité ? Le temps des délices est-il passé ? La pierre qui couvrait le tombeau où je languissais se serait-elle refermée sur moi pour m’ensevelir de nouveau dans les ombres du trépas ? L’aurai-je trouvée trop pesante pour pouvoir la lever, et franchir les obstacles qu’elle opposait à mes efforts, pour aller me réunir à vous ? Non, Seigneur : votre grâce victorieuse animera mon courage, elle me fera triompher de toutes ces frivoles alarmes. Je vous ai confessé ma faiblesse, j’ai demandé avec confiance, au pied de votre croix, et baignée du Sang que vous y avez répandu pour moi, les forces qui pourraient m’aider à vaincre le monde, la nature et moi-même ; je vous ai renouvelé les assurances, tant de fois répétées, de ma fidélité ; et mon cœur répondait aux promesses que ma bouche vous adressait ; mon cœur enchérissait sur elle.

Sur le point de m’unir encore à vous dans le Sacrement de votre amour, je les confirme encore devant vous ces promesses sacrées pour moi, j’ajoute toutes celles que vous désirez de moi : tout ce que votre miséricorde me prescrit de devoirs, je veux m’y soumettre, je veux ne vivre plus que pour vous. Mes vues, mes empressements, mes affections, tout le plan de ma conduite seront dirigés vers ce désir constant de vous plaire, que vous avez si puissamment suscité dans mon âme ; enflammez-les encore, prêtez-lui tous les feux de cet amour que vous êtes venu allumer sur la terre, et dont une étincelle suffit pour l’embraser, et la rendre digne de vous. Tracez vous-même, tracez-moi la règle de mes actions : que je puisse redoubler sans cesse de fidélité et d’amour dans votre service ; que sans cesse je me reproche de n’en point avoir assez. Prévenez, déracinez dans un cœur qui doit être tout entier à vous, les malheureuses inclinations qui m’entraînent vers la vanité, la tiédeur, la dissipation : que votre esprit sanctificateur domine et règne sur tous mes sens. Accordez-moi, divin Jésus ! ce gage inestimable de votre vie nouvelle dans moi. Que je vous cherche en tout avec ardeur, que je m’occupe de vous, et de vous seul ; que je vive en vous, que je persévère en vous, que je meure en vous.