Fête-Dieu

ENTRETIEN
Avec Notre Seigneur au Saint Sacrement pour l’octave de la Fête-Dieu

Quelle est intéressante pour la piété de vos disciples, ô divin Jésus ! cette solennité que votre Eglise consacre à la gloire de votre chair adorable ! Que j’y découvre de pressants motifs, d’utiles moyens d’accroître ma vénération pour cet ineffable Sacrement !

Ce n’est plus comme autrefois au milieu des éclairs et des tonnerres que vous annoncez votre redoutable présence, ce n’est plus un tribut, accompagné de frayeur et de tremblement, que vous imposez à vos adorateurs : vous vous montrez à nous dans cette sainte célébrité avec une pompe et un éclat dont les dehors n’ont rien qui ne doive nous rassurer. Oui, peu content de nous avoir laissé, en quittant la terre, le gage le plus sensible de votre libéralité dans l’institution de ce Sacrement, où vous résidez réellement et corporellement au milieu de nous jusqu’à la consommation des siècles, de nous y servir d’aliment, d’avoir multiplié les sanctuaires, pour vous y rendre présent à nous, sans vous permettre un seul moment d’absence ; vous couronnez chaque année dans les jours propices cette suite de faveurs qui nous sont offertes à l’ombre de vos Tabernacles ; vous en sortez aujourd’hui, vous les abandonnez pour quelques heures ces demeures augustes qui vous renferment avec toutes les richesses de votre divinité : vous vous faites porter par les mains de vos ministres au milieu de nos villes et de nos habitations : vous agréez les cantiques d’allégresse dont retentissent tous les lieux que vous parcourez ; vous daignez accepter cet hommage unanime de toutes nos langues et de tous nos cœurs ; et par un excès de bonté qui mérite toute notre reconnaissance en vous confondant avec le peuple de fidèles qui vous environne, vous sanctifiez la réparation solennelle qu’ils s’empressent de rendre à votre gloire tant de fois et si criminellement outragée.

J’adore, ô mon divin Sauveur ! ce prodige nouveau de l’amour qui vous rapproche de vos enfants, d’une manière aussi sensible, aussi honorable pour eux. C’est vous-même, et vous seul qui l’avez inspirée à votre Eglise, pour augmenter en nous la confiance, en vous montrant accessible à ceux que le sentiment de leurs misères semble devoir éloigner de vous.

Ah ! que ne suis-je pénétrée en ce moment de ces sentiments religieux, dont sont embrasées tant d’âmes ferventes, dont votre Cour est composée ! Qui me donnera de participer à la vivacité de leur foi, à l’étendue de leur reconnaissance, à la profondeur de leur anéantissement, à la tendresse de leur dévotion, à tous ces épanchements affectueux, langage éloquent, lors même que la langue est muette, d’un cœur vivement touché, d’un cœur qui brûle d’amour pour vous !

Que j’aime, ô Dieu de charité ! que j’aime à vous considérer ainsi régnant dans tous les cœurs, les ayant pour escorte, et leur faisant sentir que ces pieux hommages sont pour vous la plus chère portion du triomphe qu’ils vous décernent. C’est dans ces dispositions que je désire moi-même de le célébrer, soit en m’unissant à cette troupe fidèle qui accompagnera votre marche triomphante au sortir de vos Temples, soit en vous adorant dans le Sanctuaire où vous êtes exposé à la vénération publique. Chaque jour de la durée de cette Octave solennelle sera pour moi un jour d’empressement, d’assiduité, de respect, de gratitude, de tendresse, d’offrande de tout moi-même.

Dès ce moment, à l’exemple du Saint Roi dont le sang coule dans mes veines, et dont je vous conjure, ô Dieu Protecteur de cette monarchie et de la famille de Saint Louis , dont je vous conjure, de faire passer dans mon âme la foi vivifiante, l’active charité, et l’ardent amour pour vous ! Je dépose aux pieds de votre trône tous les biens que je tiens de votre main libérale ; grandeurs, distinctions du rang et de la naissance, avantages de l’esprit, qualités du cœur, tout ce qui peut me relever aux yeux du monde ; je vous le consacre par devoir et par affection. Je ne reconnais plus d’autre grandeur, d’autre prérogative, que celle d’être votre enfant.

Agréez, ô mon bien-aimé ! ô le plus aimable des Epoux ! agréez ce cœur qui brûle d’être à vous. Vous avez tant de droits à sa possession ! Régnez seul, et régnez pour jamais sur mon âme et sur toutes ses facultés, sur ma volonté et sur toutes ses affections, sur mon corps et sur tous ses sens.

Que ma mémoire ne soit plus occupée que du souvenir de vos bienfaits ; que mon esprit fasse ses occupations les plus chères de la méditation de vos qualités aimables ; que mon cœur ne soit rempli que des ardeurs ineffables dont vous brûlez ici pour moi. Que tout mon corps soit purifié aux approches de votre chair adorable ; qu’il se sacrifie pour votre gloire, par le travail et l’infirmité, et que ses efforts uniques, ses vœux les plus habituels soient de vous imiter et de devenir semblable à vous.

Combien je m’estimerais heureuse, ô mon Jésus ! de pouvoir entraîner et fixer ici toutes les vertus, réparer dignement tous les outrages que vous recevez dans le Sacrement de nos Autels ; vous venger de l’incrédulité, des hérétiques, des irrévérences de tant de mauvais Chrétiens, des attentats de tant de profanateurs, de l’insensibilité même et de l’indifférence de mes propres tiédeurs, si souvent, hélas ! réitérées en votre présence.

Du moins désormais m’appliquerai-je à expier, à prévenir tout ce que je me reproche aujourd’hui ; s’il ne m’est pas permis, ô mon Dieu ! de perpétuer, comme les esprits bienheureux, mon séjour à l’ombre de votre Sanctuaire, de vous y offrir sans cesse mes adorations ; au moins m’y rendrai-je le plus assidue qu’il me sera possible ; au moins tâcherai-je de répondre, par l’ardeur de mes empressements, à l’honneur que vous nous faites, de placer vos délices au milieu de nous.

Eloignée par l’ordre de votre volonté sainte, du Temple de votre gloire, je m’y transporterai souvent en esprit ; je vous y contemplerai avec les lumières de la foi ; je vous y adorerai dans le plus profond de mon cœur ; je m’occuperai de cette admirable charité que vous nous y témoignez ; je m’y entretiendrai avec vous de vos miséricordes et de mes besoins. Je vous présenterai mes aspirations, mes actions de grâce, mes désirs, mes affections. Je m’unirai d’intention avec ces saintes âmes, qui nuit et jour vous offrent l’hommage d’une perpétuelle adoration.

Tandis que les esprits célestes, prosternés devant votre trône, s’écrieront d’un concert unanime et continuel : Saint, Saint, Saint est le Dieu que nous adorons ; mille fois je répéterai dans le secret de mon cœur : Loué soit et adoré à jamais, le Très Saint-Sacrement de l’Autel !

Divin Jésus, aimable Sauveur, accordez-moi la grâce de prononcer toujours ces paroles salutaires, avec toute la foi, tout le respect, tout l’amour dont je suis capable. Qu’elles soient gravées profondément dans mon cœur, et qu’elles animent tous mes sentiments, soit que je vienne vous adorer dans l’Eucharistie, soit que j’aie le bonheur de vous y posséder.