Homélie d’Avon : Messe d’Emmaüs - Dimanche de Pâques

LA PAROLE EN CHEMIN

Frères et Sœurs,

Nous le connaissons bien ce récit des pèlerins d’Emmaüs ! Il est proclamé plusieurs fois au cours de l’année liturgique. Mais en ce jour de la Résurrection, il prend une couleur toute particulière.

Il se déroule un peu à la manière de l’Eucharistie que nous célébrons, avec les deux tables : celle de la Parole et celle du Pain eucharistique.

La première partie de l’évangile est une catéchèse en chemin. Le thème de la route et de la parole s’entremêle sans cesse. Deux disciples « font route » ; Jésus les rejoint et « fait route avec eux ». Il s’agit donc d’être en chemin. Permettez-moi de rapprocher cela de deux expressions de notre Mère sainte Thérèse de Jésus : « Ir adelante » (aller de l’avant) et « Aventurar la vida » (aventurer la vie). Sans cesse nous avons à nous mettre en chemin, pour permettre à un “Inconnu” de nous rejoindre et de « faire route avec nous ».

Sur cette route, la parole est présente :

+ Celle des disciples entre eux qui parlaient et discutaient même fortement. Le texte grec nous dit qu’ils lançaient des mots… dans le sens de la disputatio du Moyen-âge.

+ Celle de Cléophas qui relate les événements d’un point de vue strictement humain. Avez-vous noté que dans son discours, nous retrouvons presque l’intégralité de notre Credo, de l’expression de notre Foi chrétienne. Et pourtant cela ne semble pas transformer la vie de Cléophas ; cela ne l’ouvre pas à l’Espérance ! Il “sait” mais il ne “croit” pas, il n’adhère pas à ce qu’il sait. C’est tout l’enjeu de la catéchèse, au sens le plus large du terme, qui est posé là : permettre aux personnes de devenir disciples, c’est-à-dire passer d’une connaissance à une rencontre. Nous ne sommes pas chrétiens parce que nous savons des choses sur Jésus-Christ, mais parce que nous vivons une relation avec Lui, le Vivant qui nous fait vivre de sa Vie.

+ Il y a la parole que les femmes sont venues rapporter de la part des anges ; mais nous sentons bien que pour Cléophas, ce sont des paroles non crédibles…

+ Enfin, il y a la Parole de Jésus, Parole qui va s’enraciner dans l’Écriture pour donner le sens des événements ; Parole qui envisage les choses du point de vue de Dieu, dans le dessein de Dieu.

Frères et sœurs, avons-nous ce réflexe de recourir à la Parole de Dieu pour comprendre et déchiffrer les événements que nous vivons ? Laissons-nous la Parole éclairer les situations que nous traversons ?

« Le soir approche, et le jour baisse » Alors ils font halte et proposent à Jésus de « rester avec eux ».

C’est la deuxième partie de cet évangile : la reconnaissance à la fraction du pain.

Pour nous, comme pour les disciples d’Emmaüs, la présence du Christ dans l’Eucharistie nous révèle rétrospectivement sa présence dans le quotidien de nos vies. Nous pouvons alors reprendre à notre compte la formule biblique : « Tu étais là et je ne le savais pas. »

La révélation de la présence du Christ Jésus dans la fraction du pain, nous fait découvrir sa présence dans nos partages de vie, dans nos partages de la Parole. Cette présence nous permet d’expérimenter la vraie joie chrétienne, celle de Pâques.

Laissons-nous, frères et sœurs, cette présence du Christ dans nos eucharisties révéler sa présence dans le quotidien ? Savons-nous, comme les disciples d’Emmaüs, “faire mémoire” ?

Chaque eucharistie que nous célébrons nous permet d’une certaine manière de revivre le récit d’Emmaüs et de l’actualiser pour nous.

  • Nous avons « fait route » pour venir dans cette chapelle,
  • Nous remettons à Jésus notre tristesse, en reconnaissant nos péchés et en accueillant son pardon,
  • Nous écoutons Sa Parole et nous laissons notre cœur devenir tout brûlant,
  • Nous découvrons Sa Présence au partage du pain,
  • Fortifiés par cette rencontre, nous partons porter la Bonne Nouvelle à tous nos frères :

CHRIST EST RESSUSCITÉ, ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA ! IL EST VRAIMENT RESSUSCITÉ, ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA !

Fr. Didier-Marie Golay, ocd