Homélie d’Avon : Nuit de Noël

L’INCARNATIONDEMPTRICE

« Ô Sagesse, Ô Adonaï, Ô Racine de Jessé, Ô Clé de David, Ô Soleil de Justice, Ô Roi des Nations, Ô Emmanuel » Sept cris qui résonnent dans la semaine préparatoire à Noël pour nous préparer à accueillir dans l’Incarnation, le Verbe de Dieu.

“Ô Sagesseˮ nous renvoie à l’acte créateur. Le Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, n’est pas resté enclos en lui-même. La création jaillit non d’une nécessité mais d’un débordement d’amour dans les relations intra-trinitaires. C’est là que chacun, chacune de nous a son origine. Tout a été créé dans le Fils, il est la Sagesse manifestée du Père, Sagesse qui se manifestera de manière incomparable le Vendredi Saint sur l’arbre de la Croix.

“Ô Adonaïˮ, nous sommes renvoyés par ce titre au livre de l’Exode, à la présence de Dieu dans l’histoire des hommes. Savons-nous, frères et sœurs, relire nos vies en y voyant la présence agissante de Dieu ? En y découvrant les chemins qu’il parcourt avec nous pour nous rejoindre dans nos existences et nous conduire plus loin.

“Ô Racine de Jesséˮ, nous entendons une prophétie datant de l’exil à Babylone. Au cœur même de la détresse du Peuplé élu, une espérance demeure qui éclaire les ténèbres des sombres jours. Par l’Incarnation du Verbe dans le sein de la Vierge Marie, une espérance inouïe est née pour chacun de nous, pour toute personne venue dans ce monde. Le Christ Jésus ne nous laisse pas dans notre exil, mais il nous permet, avec lui qui est « le chemin, la vérité et la vie » de reprendre la route vers le Père.

« “Ô Clé de Davidˮ vient ouvrir aux captifs leur prison. » Jésus est le Messie Royal qui était annoncé par les prophètes, attendus par le peuple… et voilà qu’il se révèlera non pas dans la puissance mais dans la faiblesse, dans la fragilité d’un enfant, dans la fragilité d’un supplicié sur la Croix. Et pourtant c’est par cette fragilité, c’est par cette simplicité qu’il vient nous délivrer de la prison de notre égoïsme, la prison de nos suffisances, la prison de tous nos jugements, sur nous et sur les autres.

« “Ô Soleil de justiceˮ, qui monte à l’Orient. » Jésus est celui en qui la lumière devient définitive. Il est celui qui nous aide à vaincre les ténèbres, les ténèbres de notre péché, les ténèbres de notre enfermement sur nous-mêmes, les ténèbres du nihilisme. Il est celui qui “Soleil de justiceˮ nous ajuste à la volonté du Père et à son dessin d’amour sur nous et sur toute l’humanité.

“Roi des nationsˮ, Christ est Roi, il est Prophète, il est Prêtre. Il est celui qui vient faire de nous un seul corps. Il est celui qui vient nous unifier, non seulement en faisant la communion entre nous par son Esprit Saint, mais en nous unifiant intérieurement nous qui sommes si souvent dispersés, si souvent éclatés. Ce n’est sans doute d’ailleurs pas par hasard que nous entendons des personnes dire qu’elles se sont “éclatéesˮ quand elles ont fait une certaine expérience de plaisir aussi forte que fugitive. Une dispersion de l’être dans un plaisir fugace, passager. Alors que le Christ nous aide à nous recueillir, à devenir un, pour pouvoir « nous tenir en main » et nous livrer avec lui au Père des miséricordes.

“Ô Emmanuelˮ, Dieu-avec-nous. Dans le Christ Jésus, par sa naissance dans le sein de la Vierge Marie, Dieu signe une alliance définitive avec chacun et chacune d’entre nous. Alliance qui sera scellée par le sceau de la Croix. Alliance qui s’accomplit et s’actualise de manière personnelle pour nous au jour de notre baptême et qui est renouvelée, renforcée, à chaque sacrement de l’Eucharistie et de la Réconciliation.

Savons-nous, frères et sœurs, faire mémoire de cette Alliance au jour anniversaire de notre baptême ?

L’Incarnation du Verbe de Dieu dans la chair est le pivot de l’histoire du monde : mystère d’Incarnation et de Rédemption. Ce miracle, qui s’accomplit dans la sainte nuit de Noël, ne cesse de s’accomplir pour nous dans le mystère eucharistique : « En celui qui vraiment le reçoit comme sa nourriture s’accomplit chaque jour le mystère de Noël, l’incarnation du Verbe. » (Edith Stein, Le Mystère de Noël)

Ces grandes antiennes “Ôˮ qui nous préparent à la fête de Noël remontent au 7e siècle. Elles se chantaient en latin. Les premières lettres des antiennes forment un acrostiche à l’envers :

Sapientia, Adonaïs, Radix, Clavis,

Oriens, Rex, Emmanuel.

Ero cras, ce qui signifie : Je serai (là) demain.

Il faut partir d’“Emmanuelˮ et remonter à la “Sagesseˮ créatrice. C’est l’Incarnation du Verbe de Dieu qui donne sens à toute notre histoire et qui nous permet de la comprendre. Tout le déchiffrement de l’histoire humaine se fait à partir du Christ Jésus et de son Incarnation rédemptrice. C’est lui qui est la clé de déchiffrement de notre histoire personnelle. Notre histoire ne prend pas sens à partir de notre passé (d’où l’on vient), mais de notre avenir (où nous allons). Tout prend sens dans le Christ Jésus qui par le mystère de son Incarnation vient remplir le monde de la vie divine et veut faire de chacun et de chacune d’entre nous des enfants bien-aimés du Père, des fils et des filles de Dieu.

Pour que cela puisse s’accomplir en nous, il n’y aura qu’une simple condition. À nous de la remplir ce soir. Dans l’évangile de cette nuit, nous l’avons entendu : « il n’y avait pas de place pour eux dans la maison commune. » (Lc 2, 7)

Y aura-t-il ce soir, dans notre maison, c’est-à-dire dans notre cœur, de la place pour accueillir Marie et son enfant le Christ Jésus ? Saurons-nous les prendre chez nous pour recevoir d’eux la grâce de devenir enfant de Dieu ?

Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd