Itinéraire de vocation d’un frère du couvent de Paris

Témoignage paru dans de la revue Vocations- Ile de France (n° 173-décembre 2009)

frère Gérard-Marie

Je suis devenu instituteur à l’âge de vingt-et-un ans, m’engageant dans cette voie avec la certitude de répondre à un véritable appel du Seigneur, comme poussé à me rendre disponible auprès des enfants de mon quartier, nés comme moi hors de France, pour la plupart. Servir le Christ à travers les exigences propres à ce métier, conjuguer compétence professionnelle et don total au prochain à cause du Seigneur m’apparaissait comme une belle voie à emprunter.

J’ai enseigné durant 26 ans, essentiellement dans ce quartier (du sud Seine et Marne) ; j’y étais arrivé à la fin de mon enfance alors que la cité se construisait. J’ai vécu les différentes étapes de ma carrière (instituteur, directeur d’école élémentaire, coordonnateur de la ZEP =zone d’éducation prioritaire) comme des moments successifs de ce premier appel du Seigneur. Mais, chemin faisant, année après année, un autre appel, pourtant bien enraciné dans le premier, s’affirmait progressivement en moi. En effet, au fil de nombreuses rencontres, événements, expériences et responsabilités, le Seigneur me laissait percevoir autour de moi des besoins plus profonds, autres qu’éducatifs, économiques, politiques…, eux-mêmes pourtant si importants. Le mal être de beaucoup me montrait la nécessité d’un autre type « d’ouvriers » : un besoin d’éducateurs de la vie intérieure, qui me semblait faire cruellement défaut. Professionnel du « service public » d’éducation, j’entrevoyais combien de tels « ouvriers », en se rendant pleinement disponibles à leurs semblables (leurs frères), faisaient eux aussi une œuvre à caractère public, quand bien même ce n’est point ce type de regard qu’on porte spontanément et habituellement sur ceux et celles qui se rendent disponibles à leur prochain, pour le Christ. Mais c’est bien cela qui s’affirmait à mes yeux à mesure que j’avançais sur ma route. La réalité m’imposant progressivement ce constat, il me fallait prendre des moyens pour discerner et vérifier cet appel ; le moment semblait venu. Une longue amitié avec le monastère de la Pierre qui Vire (Morvan), constituait déjà pour moi un véritable soutien spirituel. La vie des frères moines me donnait de découvrir la nécessité pour tout baptisé d’une vie intérieure, d’un espace ouvert à la contemplation. Une autre amitié, avec les Oblats de Marie Immaculée, cette fois, me montrait l’appel fait à tout chrétien d’annoncer le Christ avec audace. Entre temps, le Carmel était devenu (de cœur) ma famille spirituelle. Le moment venu, un frère et ami moine m’invita à me tourner vers « la famille de saint Ignace » pour faciliter un discernement qui pouvait s’avérer délicat, par le fait même que cet appel (dans l’appel baptismal) survenait au cœur d’une vie déjà bien engagée et enracinée.

Ainsi, paradoxalement, il s’est avéré que la vie consacrée, sous sa forme carmélitaine correspondait le mieux à ce que j’étais, à ce que le Seigneur attendait de moi. Je répondais donc à son appel, bien conscient que tous les autres types de réponses : vocation diocésaine (j’étais et reste très attaché à mon diocèse de Meaux), autre forme de vie religieuse, étaient expression du même Esprit Saint. Mais c’était bien vers le Carmel qu’il me fallait me tourner. Il se vérifie, une fois de plus, qu’il y a « de nombreuses demeures dans la Maison du Père », que toute vocation, tout appel est beau et bon ; se donner à cause du Christ nous fait répandre sa Joie tout en réjouissant notre cœur.

Après deux années de première formation au couvent d’Avon, j’ai fait mes études théologiques au couvent de Lille. Au terme de sept années passés en cette ville, mes supérieurs (et frères) m’ont demandé d’être formateur (« Maître des étudiants »). Je rejoignais assez rapidement notre communauté de Paris, devenu couvent d’études. Je m’y trouve actuellement. J’ai fait ma profession solennelle en Seine et Marne, à Avon, en 2002. Au printemps 2009, j’ai été ordonné diacre en ce même lieu. Le 14 novembre dernier j’ai été ordonné prêtre par Mgr Guy Gaucher (carme) à l’église saint Louis de Fontainebleau. Tant de baptisés, de consacrés ont « chanté les miséricordes du Seigneur ». Je le fais à mon tour.

Frère Gérard-Marie (Scoma), carme déchaux, Paris