L’appel au Carmel

chateau hiver

En fait, Louise mène à la Cour une vie retirée, autant que le lui permet son rang. Sa réserve ne vient pas de sa timidité, elle aurait plutôt un tempérament emporté qu’elle maîtrise à force de volonté. Pas de langueur non plus chez cette jeune femme qui n’est pas insensible aux plaisirs de l’existence. Pas de rêverie romantique pour cet esprit lucide. La princesse est sans illusion sur elle-même. Mais elle a très tôt l’intuition profonde d’un appel indicible qui se confirmera de plus en plus. Je le sens [le Seigneur] m’appelle à quelque chose de plus élevé et qui m’attache plus particulièrement à son service. Ce qu’il veut, ce qu’il exige de moi, c’est une conformité plus exacte à la morale de l’Evangile qui dit “Que celui qui veut être à moi porte sa croix et qu’il me suive” -Mt 16,24- (“Méditations eucharistiques, Fête de Pâques, exercice pour le temps d’après la communion pascale”)

statue du parterre d'eau

L’entrée au Carmel, en 1751, de Madame de Rupelmonde qui vient de perdre en quelques mois son époux, son fils de quatre ans et son père, frappe la princesse qui assiste à la cérémonie de prise d’habit. Sa vocation se précise, bien qu’elle ne sache pas encore vers quel ordre se diriger. Pendant la cérémonie et avant de sortir de l’église, je pris la résolution de demander tous les jours à Dieu qu’il me donnât les moyens de briser les liens qui me retenaient dans le monde, et de pouvoir être un jour, sinon carmélite, car je n’osais me flatter d’en avoir la force, du moins religieuse dans une maison bien régulière. (Lettre de Madame Louise, s.d.n.l., citée par l’abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France”)

Lecture silencieuse

Je vais vous dire les motifs qui m’ont engagée à quitter le monde, tout brillant qu’il pût être pour moi […] : mes péchés, ce qu’il en a coûté à Jésus-Christ pour nous sauver, la nécessité de la pénitence en cette vie ou en l’autre, bien difficile dans une vie aisée, surtout aimant autant ses aises que je les aimais, la parabole du chameau qui passerait plutôt par le trou d’une aiguille qu’un riche n’entrerait dans le Royaume du Ciel, la nécessité de l’aumône qui doit s’étendre sur tout le superflu, et ce superflu pour moi était immense, enfin le désir de posséder Dieu éternellement et de jouir de la couronne qui nous est préparée dans le ciel. (Lettre de Madame Louise, 1er avril 1774 , archives du carmel d’Avignon)

Le Carmel, auquel sa mère est attachée, l’attire. En 1762 en tous cas, elle est déterminée à y entrer. Elle se procure les constitutions de Sainte Thérèse d’Avila et une robe de bure qu’elle s’habitue à porter dès qu’elle se retrouve seule dans ses appartements. A l’insu de tous, elle mène au cœur du château une vie monacale : sans attendre que son désir se réalise, elle s’exerce à la vie à laquelle elle aspire. J’avais pris, dès lors quelques renseignements sur la vie que mènent les carmélites et, sans avoir encore de vocation exclusive pour l’ordre dans lequel je me consacrerais au Seigneur, j’étais néanmoins assez décidée pour le leur, à moins que des difficultés insurmontables ne m’en fermassent l’entrée. (Lettre de Madame Louise, slnd, citée par l’abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France” )