La Pentecôte

La Pentecôte

Exercice pour la Fête de la Pentecôte et pendant l’octave

Le Sauveur avait promis à ses Apôtres de leur communiquer les grâces de son Esprit sanctificateur. C’était le plus riche dédommagement à son absence ; et il les en avait assurés en les quittant pour monter au Ciel. Accablés de tristesse, lorsqu’ils le virent près de se séparer d’eux, ils ne pouvaient trouver de consolation plus propre à leur adoucir cette perte, que l’espérance du trésor qui leur était annoncé par leur divin maître. Ils ne tardèrent pas à goûter les fruits de leur confiance en sa parole. Mais ils se disposèrent au bienfait promis conformément aux instructions que Jésus lui-même leur avait tracées. C’est la conduite que j’ai à tenir pour participer aux même avantages.

Retirés dans un asile écarté de Jérusalem, les Apôtres préparent dans le silence de la retraite leurs âmes aux saintes impressions des grâces multipliées dont ils vont être enrichis…

Pour mettre à profit la descente du Saint-Esprit en moi, surtout dans la communion, je dois me dégager de ce tourbillon bruyant dans lequel le monde et ses dissipations essaieraient de m’envelopper. L’esprit de sainteté n’entre et n’habite point dans un cœur ouvert au tumulte des distractions. Il n’est qu’un moyen de le recevoir et de le conserver cet esprit pacifique ; c’est le recueillement, l’attention à prévenir, à éloigner, à combattre, à sacrifier tout ce qu’il y aurait d’inutile, de léger au-dedans, comme au-dehors de moi.

Occupés de la prière, de la méditation, du souvenir des promesses de Jésus-Christ, les Apôtres offrent en particulier et en commun les vœux les plus ardents ; et chacun réunissant en soi la ferveur de tous les autres, tous s’empressent unanimement à obtenir les biens célestes, qui vont découler sur eux avec tant d’abondance…

Pourrais-je sentir combien les dons du Saint-Esprit me sont nécessaires, et ne pas reconnaître qu’ils ne me sont accordés, qu’à proportion qu’une prière fervente, humble et assidue me les ménagera. Si la fréquentation des Sacrements a été jusqu’ici presque infructueuse pour moi, c’est ma froideur, ma dissipation, mes dégoûts qu’il faut en accuser. Dois-je compter sur une dévotion fervente dans les moments où Jésus m’honore de sa visite, tandis que l’état de tiédeur et d’indifférence, dont je ne puis dissimuler ou éviter le reproche, dégrade la plupart des hommages que je lui rends à l’ombre de l’oratoire et des saints Autels ?

Unis par les doux liens d’une charité mutuelle, les Apôtres en consacrent tous les sentiments à solliciter les uns pour les autres l’accomplissement des promesses qui leur répondent de la venue prochaine du Saint-Esprit. Sainte occupation, digne de ces cœurs que l’amour divin doit bientôt embraser pour la sanctification de l’univers. Le Saint-Esprit est le principe de l’amour et de la charité. Si je suis infidèle à la loi de l’amour, qu’il est venu apporter sur la terre, puis-je espérer qu’il veuille choisir et maintenir sa demeure au-dedans de moi ? Chaque fois que je me disposerai à lui donner entrée dans mon âme, je dois donc ajouter à mes autres préparations la détestation, le sacrifice de tout ce qui pourrait blesser le précepte divin de la charité.

Soutenue de la présence de la Sainte Vierge et enrichie de la participation de ses mérites, les Apôtres fondent sur elle le principal appui de leur confiance.

Ce sera donc également par la voie des mérites de Marie que je conjurerai mon Jésus de m’ouvrir son cœur et de m’associer à la participation des biens célestes. Cette intercession, ces vertus, qui, dans le cénacle, furent si puissantes pour accélérer et pour obtenir aux Apôtres la plénitude des dons de l’Esprit-Saint pourraient-elles être aujourd’hui moins efficaces ? Non, sans doute. Aussi vais-je les présenter avec confiance au trône des miséricordes : je les regarderai comme un précieux supplément à l’insuffisance de mes vœux. La plus tendre des mères ne cessera pas de l’être pour moi seule. Et que pourrait alors lui refuser ce Fils bien-aimé, dont la félicité semble se confondre avec celle de sa Mère, tant leur amour réciproque a de force et d’énergie !…

En approfondissant ce mystère, et méditant ces circonstances les plus caractéristiques, mon esprit s’arrête à quatre objets tous également frappants qui doivent être pour moi autant de témoignages du plus ou moins de fruits, que la descente du Saint Esprit aura produits dans mon âme.

D’abord un bruit éclatant se fait entendre dans la retraite où les Apôtres étaient rassemblés. Un vent impétueux y souffle et agite l’auguste demeure qui renfermait ces prémices de l’Eglise naissante. C’étaient autant de présages qui, dans l’ordre des desseins du Ciel, annonçaient les triomphes futurs de ces premiers héros de la religion, la destruction de l’idolâtrie, leurs exploits contre le péché, la rapidité de leurs succès évangéliques, leurs prédications dans toutes les parties du monde…

Mon zèle pour glorifier Dieu et pour édifier le prochain doit avoir cet éclat. La grâce du Saint-Esprit ne doit pas être cachée dans le secret de mon cœur. Il y a des conjectures où le silence serait une espèce d’apostasie, et s’il en est où la prudence chrétienne me fait un devoir de me taire, il en est aussi où cette même prudence me donne le droit d’user des privilèges de mon rang, pour réprimer les efforts du libertinage ou de l’irréligion.

En second lieu, tout le cénacle se ressent de cette subite commotion… Mon âme, devenue le sanctuaire de l’Esprit Saint, doit, dans toute elle-même, éprouver les mêmes impressions. Elles se manifesteront par l’ardeur de mon amour pour Dieu, par la fidélité à pratiquer mes obligations dans toute leur étendue, par la générosité de mes sacrifices, par la plénitude de mon dévouement au service de la religion.

Troisièmement, des langues de feu se dispersent et se reposent sur chacun de ceux qui étaient réunis dans le cénacle… Oh ! qui me donnera de désirer avec autant de vivacité que je le voudrais le bonheur de cette sainte assemblée ! Qui me donnera d’être embrasée de cette divine flamme, et de ne jamais l’éteindre par le souffle d’aucune passion, par les atteintes de la froideur et de l’indifférence dans le service de mon Dieu !

Enfin, les divines écritures me font observer que tous furent remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler diverses langues. C’était l’Esprit de Dieu qui leur communiquait ce don, relativement aux diverses nations où ils devaient porter la parole de vérité.

Un des gages les plus assurés que j’aurais reçu, le Saint-Esprit, sera toujours attaché aux conversations que je tiendrai. Quand mon cœur sera pénétré d’un amour sincère pour Dieu, et d’un vrai désir de le faire aimer aux autres, ma langue sera l’interprète de ces sentiments. Ils s’épancheront d’eux-mêmes du fond de mon âme ; ma bouche pourra les exprimer diversement, avec moins d’éloquence sans doute, que n’en avaient les Apôtres, mais avec une affection égale à la leur. Je ne convertirai point le monde : non. Ma mission ne sera jamais aussi relevée, aussi sublime, mais je me sauverai moi-même ; j’aurai du moins rempli la tâche principale pour laquelle Dieu m’a mise au monde : et je pourrai offrir au Seigneur mes regrets de ne présenter au trône de sa justice qu’une seule âme !


Crédits photographiques :

  • Miniature du Livre d’heures offert par la reine Marie Lezsczynska à Madame Louise : La Pentecôte
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières