La Visitation

La Visitation

Paraphrase du Magnificat

Pour servir d’exercice dans la communion de la Fête de la Visitation de la Très Sainte Vierge

Aux approches de la visite dont vous allez encore m’honorer, ô mon Jésus ! puis-je emprunter des sentiments qui vous soient plus agréables que ceux même dont votre sainte Mère fut pénétrée dans ce grand jour. Non, je ne m’arrêterai point à recueillir les riches exemples que m’offre son active charité, ni à admirer le sacrifice qu’elle fait par ce motif de toutes les prérogatives attachées à sa divine maternité. Votre amour l’inspirait. Vous vouliez sanctifier votre précurseur, et faire rejaillir sur Elisabeth les fruits de votre auguste présence. Que ces prodiges de votre miséricorde suffiraient efficacement à me développer les trésors de votre cœur, si vous n’instruisiez encore le mien sur les moyens de l’obtenir !

Eh comment y réussirai-je plus efficacement, ô mon Dieu ! que par la conformité aux dispositions de la plus humble comme de la plus fervente des vierges ? Daignez les faire passer dans mon âme ; et que ma foi, ma pureté, ma reconnaissance et mon amour fixent vos complaisances et m’attirent vos dons.

2Premier et deuxième versets2

Instruite, Seigneur, par votre Esprit Saint, et renonçant sincèrement à l’esprit du monde, je vous présente, avec Marie, le tribut de mes louanges. Suppléez, par votre grâce, à tout ce qu’elles auraient d’imparfait, ou par la distraction de mes pensées, ou par l’insensibilité de mon cœur. Je reconnais vos grandeurs et je suis jalouse de les célébrer dignement. Elles se déploient dans le Sacrement de nos Autels, avec une magnificence vraiment digne de vous. J’y vois éclater les merveilles de votre toute-puissance, de concert avec l’ouvrage de votre amour, et c’est pour les hommes, pour moi, que vous opérez ces prodiges ! Que vous êtes grand, ô mon Jésus, jusque dans ce sacrifice que vous faites ici pour nous de votre gloire ! Ah ! puis-je assez exalter cette magnificence ? C’est votre seule bonté qui vous y porte ! Quelle serait mon ingratitude si j’y étais indifférente. Non, Seigneur ! je sens tout le prix de vos bienfaits, et je n’aspire qu’au bonheur d’en jouir encore. J’éprouve d’avance un avant-goût ineffable de ces jouissances délicieuses. Je me sens transportée de la joie la plus douce, la plus sensible, lorsque je pense que dans peu d’instants je serai réellement unie à mon Dieu, à l’Auteur de mon salut. Frivoles grandeurs de la terre, vains amusements de l’orgueil humain, disparaissez à ma vue ; que pouvez-vous m’offrir qui égale la gloire où je vais être élevée ? Posséder le Roi des Rois, devenir sa demeure et son sanctuaire, traiter avec lui comme amie et comme épouse, ne faire qu’un tout avec ce Dieu de toute Majesté ! Ô bonheur inexprimable ! ô joies, qui surpassez tout sentiment humain ! Venez, ne différez pas de vous répandre dans mon cœur, de l’inonder, de le pénétrer tout entier. Qu’est-ce que le monde, avec ses enchantements, pourrait jamais m’offrir de comparable aux célestes douceurs que vous prodiguez, ô mon Dieu, à ceux qui vous aiment ?

2Troisième et quatrième versets2

Ce qui doit me toucher plus vivement encore, ô mon divin Jésus, dans la grâce dont vous allez me combler, c’est la vue même de mon indignité. Elle n’arrête point vos dispositions bienfaisantes. Plus vous découvrez en moi de bassesse et de misères, plus vous vous hâtez de m’enrichir de vos largesses. Pour tant d’amour et de générosité, vous ne me demandez autre chose que de ne plus aimer ce qui m’a plu jusqu’à ce moment, de haïr ce qui vous déplaît en moi, de le désavouer sincèrement, d’en abjurer à vos pieds toutes les affections, et vous êtes prêt à substituer vos plus précieuses faveurs aux sentiments que je mériterais.

C’est mon humilité qui ouvrira le cours à vos biens. Vous vous approchez volontiers de l’âme qui s’abaisse à vos yeux. C’est dans cette confiance, que je paraîtrai aux pieds de votre saint Tabernacle : quoique mes infidélités dussent m’en éloigner, j’y accourrai avec ardeur, je vous ferai de nouveau l’aveu de mes infidélités, de mes abjections : vous serez propice à la voix de ma prière, et vous vous donnerez à moi avec une libéralité, que l’admiration de tous les siècles ne pourra jamais assez dignement reconnaître.

2Cinquième verset2

Oui, votre miséricorde n’est jamais plus sensible que dans les âmes qu’une crainte humble conduit et accompagne en votre présence. Telle est ma disposition. Malgré ce fond d’indigence spirituelle que j’ai à me reprocher, je ne puis oublier que vous êtes le meilleur des Pères ; que vous êtes plein de compassion et de tendresse pour des enfants dont vous connaissez si bien la fragilité. Après qu’ils l’ont amèrement détestée dans le Sacrement de la Pénitence, vous ne cherchez plus qu’à achever leur guérison, en vous donnant à eux dans l’Eucharistie. Voilà, Seigneur ce que j’ose espérer, ce que je vous demande : ma crainte, à l’aspect de votre sainteté suprême, ne saurait me faire perdre de vue l’idée de votre amour pour moi, ni retarder les effets de celui dont je brûle pour vous.

2Sixième et septième versets2

Une présomptueuse confiance vous déplaît, ô mon Dieu ! elle vous irrite, elle vous porte à resserrer vos dons et votre cœur envers l’âme qui n’apporterait à votre Banquet que des préparations dont son amour-propre seul se contenterait, l’exemption des fautes grossières, la facilité à se pardonner habituellement des fautes qu’on croit légères, une vie paresseuse, tiède, immortifiée, remplie de bons désirs et vide de saintes actions, beaucoup de promesses et peu de sacrifices, voilà ce qui entretient dans une sécurité funeste tant de Chrétiens qui ne savent pas, ou plutôt qui ne veulent pas réfléchir sur la sainteté qu’exige leur union avec le Saint des Saints. Aussi, quels fruits en retirent-ils ? L’abus continuel du plus précieux de tous les dons, un appauvrissement plus grand de toutes les vertus, une indifférence, une sécheresse semblable à la léthargie de la mort. Ah ! ne permettez pas Seigneur, que jamais cette punition tombe sur moi. Aidez-moi à la prévenir, par la connaissance de mon cœur, et par mon zèle à en écarter les moindres taches, qui pourraient blesser la pureté de vos regards. Sage discernement, qui sans ralentir la vivacité de mes démarches auprès de vous, leur donnera l’humilité pour guide et l’accroissement de vos grâces pour récompense.

2Huitième verset2

Ils se répandent avec abondance, ô mon Dieu ! Ces biens ineffaçables, dans l’âme qui est assez heureuse pour vous recevoir dignement ; et l’un des précieux effets qu’elle en ressent est d’être encore de plus en plus affamée de votre chair divine. Puisse-t-elle aujourd’hui, et chaque fois que j’y participerai, allumer dans mon cœur ces ardents désirs, ne lui laisser d’autre satisfaction que celle de vous posséder à jamais, exciter et entretenir d’une communion à l’autre mes plus vifs empressements pour une faveur que les Anges eux-mêmes ne goûtent pas. Ah ! Seigneur, pourrait-elle ne pas occuper sans cesse toute la vivacité de mon attente, tandis qu’en la comblant par votre adorable présence, vous me faites trouver auprès de vous tout ce que je puis, tout ce que je dois désirer ? Toute autre possession sur la terre ne peut qu’irriter mes vœux et augmenter mes besoins.

2Neuvième et dixième versets2

Vous avez pourvu libéralement à cette disette qu’on éprouve quand on est séparé de vous dans cette région de misère. Que me manque-t-il, dès que vous êtes en moi, source inépuisable de tous les biens ! Je vais encore en faire le doux essai, et mon âme secouera le joug de cette humiliante pauvreté, où elle était réduite lorsqu’elle était morte à votre grâce et que vous ne viviez plus en elle. O miséricorde la plus magnifique, qui ajoute au pardon accordé, la plus insigne des prérogatives ! descendre pour moi du séjour de votre gloire, me prévenir, me rechercher, m’inviter à m’approcher sans crainte, vous donner à moi, habiter en moi avec toutes les richesses de la Divinité unie à votre sainte humanité, vous plaire dans une aussi vile demeure, Ah ! que de faveurs dont votre cœur seul daigne m’enrichir ! Votre promesse, il est vrai, y est engagée. Vous m’assurez, moi, aussi bien que tous les enfants de votre Eglise, d’être au milieu de nous réellement, jusqu’à la consommation des siècles. Mais votre bonté en est-elle moins admirable, soit que je l’envisage dans l’institution de votre Sacrement, soit que je considère tout ce que vous sacrifiez de gloire en devenant notre nourriture ? Ah ! il n’y a qu’un Dieu qui puisse nous aimer aussi tendrement. Rendez mon cœur sensible, ô mon Jésus ! à tant de grâces. J’ai souvent l’avantage d’y participer : mais que toujours j’y participe avec les fruits de sainteté, d’amour et de reconnaissance les plus utiles pour votre honneur et pour mon salut. Telle était votre âme, Vierge Sainte, lorsque vous portiez Jésus dans votre sein : obtenez-moi le même bonheur, et que je le mérite par les mêmes vertus.


Crédits photographiques :

  • Miniature du Livre d’heures offert par la reine Marie Leszczynska à Madame Louise : La Visitation
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières