La charité me presse

Thérèse a été maîtresse en charité. Elle s’est laissée happer par l’appel pressant du Christ à un amour vrai entre frères. Elle a été profondément bonne envers les sœurs de sa communauté.

« J’avais versé quelques larmes pour faire croire à une sœur que j’étais très contrariée. Pourtant, il n’y avait aucune attache à la chose que je regrettais. J’avais aussi le même jour soutenu mes droits vis-à-vis d’une autre sœur et défendu la justice, je voulais de plus lui prouver qu’elle avait tort. Ma Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus me dit : C’est vrai, dans le fond, il n’y a pas eu de trouble, la paix n’a pas été atteinte, mais le duvet de la petite pêche est froissé…Soutenir vos droits, vouloir la justice n’est pas un grand tort vis-à-vis du prochain, mais pour vous, quel dommage !

- Oh ! puisque la pêche est meurtrie, que faire ?

-Un regard d’amour vers Jésus et la connaissance de sa propre misère répare tout. Chercher son droit, c’est agir au détriment de son âme, et vouloir instruire les autres, même sans vous mettre dans votre tort, c’est vous dépouiller à contretemps. De plus, ce n’est pas de bonne guerre, puisque vous n’êtes pas chargée de leur conduite. Il ne faut pas que vous soyez Juge de paix - il n’y a que le bon Dieu qui ait ce droit - votre mission à vous c’est d’être un Ange de paix ! » (CSG p.106)

Thérèse confie sa découverte de la charité authentique l’année même de sa mort.

« Cette année, ma Mère chérie, le bon Dieu m’a fait la grâce de comprendre ce que c’est que la charité ; avant je le comprenais, il est vrai, mais d’une manière imparfaite, je n’avais pas approfondi cette parole de Jésus : Le second commandement est SEMBLABLE an premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je m’appliquais surtout à aimer Dieu et c’est en l’aimant que j’ai compris qu’il ne fallait pas que mon amour se traduisît seulement par des paroles, car : » Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de Dieu. « Cette volonté, Jésus l’a fait connaître plusieurs fois, je devrais dire presque à chaque page de son évangile ; mais la dernière cène, lorsqu’Il sait que le cœur de ses disciples brûle d’un plus ardent amour pour Lui qui vient de se donner à eux, dans l’ineffable mystère de son Eucharistie, ce doux Sauveur veut leur donner un commandement nouveau. Il leur dit avec une inexprimable tendresse : Je vous fais un commandement nouveau, c’est de vous entr’aimer, et que COMME JE VOUS AI AIMES, VOUS VOUS AIMIEZ LES UNS LES AUTRES. La marque à quoi tout le monde connaîtra que vous êtes mes disciples, c’est si vous vous entr’aimez. » (Ms C, 11v)

« Comment Jésus a-t-Il aimé ses disciples et pourquoi les a-t-Il aimés ? Ah ! ce n’était pas leurs qualités naturelles qui pouvaient l’attirer, il y avait entre eux et Lui une distance infinie. Il était la science, la Sagesse Eternelle, ils étaient de pauvres pêcheurs, ignorants et remplis de pensées terrestres. Cependant Jésus les appelle ses amis, ses frères. Il veut les voir régner avec Lui dans le royaume de son Père et pour leur ouvrir ce royaume Il veut mourir sur une croix car Il a dit : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Ms C,12r)

« Oui je le sens , lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j’aime toutes mes sœurs. Lorsque je veux augmenter en moi cet amour, lorsque surtout le démon essaie de me mettre devant les yeux de l’âme les défauts de telle ou telle sœur qui m’est moins sympathique, je m’empresse de rechercher ses vertus, ses bons désirs, je me dis que si je l’ai vue tomber une fois elle peut bien avoir remporté un grand nombre de victoires qu’elle cache par humilité, et que même ce qui me paraît une faute peut très bien être à cause de l’intention un acte de vertu. » (Ms C, 12v-13r)

« Il se trouve dans la communauté une sœur qui a le talent de me déplaire en toutes choses, ses manières, ses paroles, son caractère me semblaient très désagréables. Cependant c’est une sainte religieuse qui doit être très agréable au bon Dieu, aussi ne voulant pas céder à l’antipathie naturelle que j’éprouvais, je me suis dit que la charité ne devait pas consister dans les sentiments, mais dans les œuvres, alors je me suis appliquée à faire pour cette sœur ce que j’aurais fait pour la personne que j’aime le plus. A chaque fois que je la rencontrais je priais le bon Dieu pour elle, Lui offrant toutes ses vertus et ses mérites. Je sentais bien que cela faisait plaisir à Jésus, car il n’est pas d’artiste qui n’aime à recevoir des louanges de ses œuvres et Jésus, l’Artiste des âmes, est heureux lorsqu’on ne s’arrête pas à l’extérieur mais que, pénétrant jusqu’au sanctuaire intime qu’il s’est choisi pour demeure, on en admire la beauté » (Ms C,13v-14r)

« Me souvenant que la Charité couvre la multitude des péchés, je puise à cette mine féconde que Jésus a ouverte devant moi. Dans l’Evangile, le Seigneur explique en quoi consiste : »son commandement nouveau.« Il dit en saint Matthieu : »Vous avez appris qu’il a été dit : « Vous aimerez votre ami et vous haïrez votre ennemi. » Pour moi, je vous dis : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent » Sans doute, au Carmel on ne rencontre pas d’ennemis, mais enfin il y a des sympathies, on se sent attirée vers telle sœur au lieu que telle autre vous ferait faire un long détour pour éviter de la rencontrer, ainsi sans même le savoir, elle devient un sujet de persécution. Eh bien ! Jésus me dit que cette sœur, il faut l’aimer, qu’il faut prier pour elle, quand même sa conduite me porterait à croire qu’elle ne m’aime pas. « (Ms C, 15rv) » Et ce n’est pas assez d’aimer, il faut le prouver. On est naturellement heureux de faire un présent à un ami, on aime surtout à faire des surprises, mais cela, ce n’est point de la charité car les pécheurs le font aussi. Voici ce que Jésus m’enseigne encore : « Donnez à QUICONQUE vous demande ; et si l’ON PREND ce qui vous appartient, ne le redemandez pas. Donner à toutes celles qui demandent, c’est moins doux que d’offrir soi-même par le mouvement de son cœur ; encore lorsqu’on demande gentiment cela ne coûte pas de donner, mais si par malheur on n’use pas de paroles assez délicates, aussitôt l’âme se révolte si elle n’est pas affermie sur la charité. Elle trouve mille raisons pour refuser ce qu’on lui demande et ce n’est qu’après avoir convaincu la demandeuse de son indélicatesse qu’elle lui donne enfin par grâce ce qu’elle réclame, ou qu’elle lui rend un léger service qui aurait demandé vingt fois moins de temps à remplir qu’il n’en a fallu pour faire valoir des droits imaginaires. » (Ms C, 15v-16r)

« Ah ! quelle paix inonde l’âme lorsqu’elle s’élève au-dessus des sentiments de la nature Non, il n’est pas de joie comparable à celle que goûte le véritable pauvre d’esprit. S’il demande avec détachement une chose nécessaire, et que non seulement cette chose lui soit refusée, mais encore qu’on essaye de prendre ce qu’il a, il suit le conseil de Jésus : Abandonnez même votre manteau à celui qui veut plaider pour avoir votre robe. Abandonner son manteau c’est, il me semble, renoncer à ses derniers droits, c’est se considérer comme la servante, l’esclave des autres. Lorsqu’on a quitté son manteau, c’est plus facile de marcher, de courir, aussi Jésus ajoute-t-Il : Et qui que ce soit qui vous force de faire mille pas, faites-en deux mille de plus avec lui. Ainsi ce n’est pas assez de donner à quiconque me demande, il faut aller au-devant des désirs, avoir l’air très obligée et très honorée de rendre service et si l’on prend une chose à mon usage, je ne dois pas avoir l’air de la regretter, mais au contraire paraître heureuse d’en être débarrassée. » (Ms C, 16v-17r)

« Une parole, un sourire aimable, suffisent souvent pour épanouir une âme triste ; mais ce n’est pas absolument pour atteindre ce but que je veux pratiquer la charité car je sais que bientôt je serais découragée : un mot que j’aurai dit avec la meilleure intention sera peut-être interprété tout de travers. Aussi pour ne pas perdre mon temps, je veux être aimable avec tout le monde (et particulièrement avec les sœurs les moins aimables) pour réjouir Jésus et répondre au conseil qu’Il donne dans l’Evangile » (Ms C, 28r-28v)

« Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure
Sans réclamer de salaire ici-bas
Ah ! sans compter je donne étant bien sûre
Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas !…
Au Cœur Divin, débordant de tendresse
Sans réclamer de salaire ici-bas
Ah ! sans compter je donne étant bien sûre
Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas !…
Au Cœur Divin, débordant de tendresse
J’ai tout donné…. légèrement je cours
Je n’ai plus rien que ma seule richesse
Vivre d’Amour. »
 
Vivre d’Amour, c’est naviguer sans cesse
Semant la paix, la joie dans tous les cœurs
Pilote Aimé, la Charité me presse
Car je te vois dans les âmes mes sœurs
La Charité voilà ma seule étoile
A sa clarté je vogue sans détour
J’ai ma devise écrite sur ma voile :
« Vivre d’Amour. » " (PN 17)

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