La consolation de Dieu (2Co) : L’école de prière de Benoit XVI (n°29)

Cycle de catéchèses sur la prière chrétienne - 30 mai 2012

Chers frères et sœurs,

Dans ces catéchèses, nous méditons sur la prière dans les lettres de saint Paul et nous cherchons à voir la prière chrétienne comme une véritable rencontre personnelle avec Dieu notre Père, dans le Christ, par l’Esprit-Saint. Aujourd’hui, dans cette rencontre, le « oui » fidèle de Dieu et l’« amen » confiant des croyants entrent en dialogue. Et je voudrais souligner cette dynamique, en m’arrêtant sur la seconde Lettre aux Corinthiens. Saint Paul envoie cette lettre passionnée à une Eglise qui a plusieurs fois remis en cause son apostolat, et il leur ouvre son cœur pour que ses destinataires soient rassurés sur sa fidélité au Christ et à l’Evangile. Cette seconde Lettre aux Corinthiens commence par une des plus belles prières de bénédiction du Nouveau Testament. Voici ce qu’elle dit : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit » (2 Co 1, 3-4).

Paul vit dans de grandes tribulations ; il a dû traverser de nombreuses difficultés et épreuves mais il n’a jamais cédé au découragement, soutenu par la grâce et par la proximité du Seigneur Jésus-Christ, de qui il était devenu apôtre et témoin, remettant toute son existence entre ses mains. C’est justement pour cela que Paul commence cette lettre par une prière de bénédiction et d’action de grâces rendue à Dieu parce qu’en aucun moment de sa vie d’apôtre du Christ il n’a senti diminuer le soutien de son Père miséricordieux, du Dieu de toute consolation. Il a terriblement souffert ; c’est ce qu’il dit dans cette lettre, mais dans toutes ces situations, alors qu’aucune route ne semblait s’ouvrir devant lui, il a reçu consolation et réconfort de la part de Dieu. Pour annoncer le Christ, il a aussi subi des persécutions et a même été emprisonné, mais il s’est toujours senti libre intérieurement, animé de la présence du Christ et désireux d’annoncer la parole d’espérance de l’Evangile. De la prison, il écrit à Timothée, son fidèle collaborateur. Alors qu’il est dans les chaînes, voici ce qu’il écrit : « Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée. C’est pourquoi j’endure tout pour les élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle » (2 Tm 2, 9b-10). En souffrant pour le Christ, il expérimente la consolation de Dieu. Il écrit : « De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation » (2 Co 1, 5).

Jésus

Dans la prière de bénédiction qui introduit la seconde Lettre aux Corinthiens, à côté du thème de l’affliction, domine celui de la consolation, qu’il ne faut pas comprendre comme un simple réconfort, mais surtout comme un encouragement et une exhortation à ne pas se laisser vaincre par les tribulations et les difficultés. C’est une invitation à vivre toute situation unis au Christ, qui prend sur lui toute la souffrance et le péché du monde pour apporter la lumière, l’espérance et la rédemption. Et ainsi, Jésus nous rend capables de consoler à notre tour ceux qui se trouvent dans toute sorte d’affliction. L’union profonde avec le Christ dans la prière, la confiance dans sa présence, conduisent à une disponibilité pour partager les souffrances et les afflictions de nos frères. Paul écrit ceci : « Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ? » (2 Co 11, 29). Partager les souffrances des autres n’est pas le fruit d’une simple bienveillance, ni seulement de la générosité humaine ou d’un esprit altruiste, mais cela jaillit de la consolation du Seigneur, du soutien infaillible de « cet excès de puissance » qui vient « de Dieu » et non « pas de nous »(2 Co 4, 7).

Chers frères et sœurs, notre vie et notre chemin de chrétien sont souvent marqués par des difficultés, des incompréhensions, des souffrances. Nous le savons tous. Dans une relation fidèle avec le Seigneur, dans la prière constante, quotidienne, nous pouvons, nous aussi, concrètement, éprouver la consolation qui vient de Dieu. Cela renforce notre foi, parce que cela nous fait expérimenter de façon concrète le « oui » de Dieu à l’homme, à nous, à moi, dans le Christ ; cela nous fait sentir la fidélité de son amour, qui va jusqu’au don de son Fils sur la croix. Saint Paul affirme : « Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Sylvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui. Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’« amen » à Dieu pour sa gloire » (2 Co 1, 19-20). Le « oui » de Dieu n’est pas un « oui » à moitié, il n’est pas entre « oui » et « non », mais c’est un « oui » simple et sûr. A ce « oui », nous répondons par notre « oui », par notre « amen » et notre sécurité est dans le « oui » de Dieu.

La foi n’est pas d’abord une action humaine, mais un don gratuit de Dieu, qui s’enracine dans sa fidélité, dans son « oui », qui nous fait comprendre comment vivre notre existence en l’aimant et en aimant nos frères. Toute l’histoire du salut est une révélation progressive de cette fidélité de Dieu, malgré nos infidélités et nos reniements, dans la certitude que « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance », comme le déclare l’apôtre dans la Lettre aux Romains (11, 29).

Chers frères et sœurs, la manière d’agir de Dieu, qui est bien différente de la nôtre, nous donne consolation, force et espérance parce que Dieu ne reprend pas son « oui ». Devant les conflits qui existent dans les relations humaines, souvent aussi familiales, nous avons tendance à ne pas persévérer dans l’amour gratuit, qui nous demande efforts et sacrifices. Dieu, lui, ne se lasse jamais de nous, ne se lasse jamais d’avoir de la patience envers nous mais il nous précède toujours de sa miséricorde ; il vient le premier à notre rencontre ; son « oui » est d’une fiabilité absolue. Dans l’événement de la Croix, il nous offre la mesure de son amour qui ne calcule pas et qui est sans mesure. Saint Paul, dans la Lettre à Tite, parle du « jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes » (Tt 3, 4). Et pour que ce « oui » se renouvelle tous les jours, il « nous a donné l’onction » et « nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit » (2 Co 1, 21).

C’est l’Esprit-Saint qui rend continuellement présent et vivant le « oui » de Dieu, en Jésus-Christ, et qui crée dans notre cœur le désir de le suivre pour entrer totalement, un jour, dans son amour, quand nous recevrons une demeure dans les cieux, qui ne sera pas faite de main d’homme. Il n’y a pas une personne qui ne soit rejointe et interpellée par cet amour fidèle et capable d’attendre même ceux qui continuent de répondre par le « non » du refus ou de l’endurcissement du cœur. Dieu nous attend, il nous cherche sans cesse et veut nous accueillir dans la communion avec lui pour donner à chacun de nous la plénitude de la vie, de l’espérance et de la paix.

Sur le « oui » fidèle de Dieu, se greffe l’« amen » de l’Eglise, qui résonne dans toute action liturgique  : « amen » est la réponse de la foi qui termine souvent notre prière personnelle et communautaire, et qui exprime notre « oui » à l’initiative de Dieu. Souvent, dans la prière, nous répondons notre « amen » par habitude, sans en saisir la signification profonde. Ce mot vient de ‘aman’ qui, en hébreu et en araméen, signifie « rendre stable », « consolider » et, en conséquence, « être certain », « dire la vérité ». Si nous regardons dans l’Ecriture Sainte, nous voyons que cet « amen » se dit à la fin des psaumes de bénédiction et de louange comme, par exemple, dans le psaume 41 : « Et moi, que tu soutiens, je resterai indemne, tu m’auras à jamais établi devant ta face. Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, depuis toujours, jusqu’à toujours. Amen ! Amen ! » (vv. 13-14). Ou encore il exprime l’adhésion à Dieu, au moment où le peuple d’Israël rentre, plein de joie, de l’exil de Babylone et dit son « oui », son « amen » à Dieu et à sa loi. Dans le livre de Néhémie, on raconte qu’après ce retour, « Esdras ouvrit le livre (de la Loi) au regard de tout le peuple – car il dominait tout le peuple – et, quand il l’ouvrit, tout le peuple se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le grand Dieu ; tout le peuple, mains levées, répondit : « Amen ! Amen ! » » (Ne 8, 5-6).

Dès les débuts, donc, l’« amen » de la liturgie juive est devenu l’« amen » des premières communautés chrétiennes. Et le livre de la liturgie chrétienne par excellence, l’Apocalypse de saint Jean, commence par l’« amen » de l’Eglise : « Il nous aime et nous a lavés du péché par son sang, il a fait de nous une royauté de prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen » (Ap 1, 5b-6). C’est au premier chapitre de l’Apocalypse. Et le même livre se termine par l’invocation « Amen, viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20).

Chers amis, la prière est une rencontre avec une personne vivante à écouter et avec qui dialoguer ; c’est la rencontre avec Dieu qui renouvelle sa fidélité inébranlable, son « oui » à l’homme, à chacun de nous, pour nous donner sa consolation au milieu des tempêtes de la vie et pour nous faire vivre, unis à lui, une existence pleine de joie et de bien, qui trouvera son accomplissement dans la vie éternelle.

Dans notre prière, nous sommes appelés à dire « oui » à Dieu, à répondre par cet « amen » de notre adhésion, de notre fidélité à lui par toute notre vie. Cette fidélité, nous ne pouvons jamais la conquérir par nos propres forces, elle n’est pas uniquement le fruit de notre effort quotidien ; elle vient de Dieu et elle est fondée sur le « oui » du Christ qui affirme : ma nourriture est de faire la volonté de mon Père (cf. Jn 4, 34). C’est dans ce « oui » que nous devons entrer, entrer dans ce « oui » du Christ, dans l’adhésion à la volonté de Dieu, pour parvenir avec saint Paul à affirmer que ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous. Alors, l’ « amen » de notre prière personnelle et communautaire enveloppera et transformera toute notre vie, une vie de consolation de Dieu, une vie immergée dans l’amour éternel et inébranlable. Merci.

Benoît XVI
30 mai 2012

Source : zenit.org