La prière de Marie : L’école de prière de Benoit XVI (n°23)

Cycle de catéchèses sur la prière chrétienne - 14 mars 2012

Chers frères et sœurs,

Avec la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais commencer à parler de la prière dans les Actes des apôtres et dans les Lettres de saint Paul. Saint Luc nous a transmis, comme nous le savons, un des quatre évangiles, consacré à la vie terrestre de Jésus, mais il nous a aussi laissé ce que l’on a défini comme le premier livre sur l’histoire de l’Eglise, c’est-à-dire les Actes des apôtres. Dans ces deux livres, un des éléments récurrents est justement la prière, celle de Jésus et celle de Marie, celle des disciples, des femmes et de la communauté chrétienne. Le cheminement initial de l’Eglise est rythmé avant tout par l’action de l’Esprit Saint, qui transforme les apôtres en témoins du Ressuscité jusqu’à l’effusion de leur sang, et par la rapide diffusion de la Parole de Dieu vers l’Orient et l’Occident. Mais, avant que l’annonce de l’Evangile ne se répande, Luc rapporte l’épisode de l’ascension du Ressuscité (cf. Ac 1, 6-9). Le Seigneur transmet à ses disciples le programme de leur existence vouée à l’évangélisation et leur dit : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit-Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). A Jérusalem, les apôtres, qui ne sont plus que onze après la trahison de Judas Iscariote, sont réunis dans la maison pour prier, et c’est justement dans la prière qu’ils attendent le don promis par le Christ ressuscité, l’Esprit Saint.

7 icone de la pentecote

Dans ce contexte de l’attente, entre l’Ascension et la Pentecôte, saint Luc mentionne pour la dernière fois Marie, la mère de Jésus, avec ses proches (Lc 1, 14). Il a consacré à Marie les débuts de son évangile, de l’annonce de l’ange à la naissance et à l’enfance du Fils de Dieu fait homme. C’est avec Marie que commence la vie terrestre de Jésus, et avec Marie aussi que commencent les premiers pas de l’Eglise ; dans ces deux moments, le climat est celui de l’écoute de Dieu, du recueillement. Je voudrais donc, aujourd’hui, m’arrêter à cette présence priante de la Vierge dans le groupe des disciples qui vont former la première Eglise naissante. Marie a suivi discrètement tout le chemin de son fils pendant sa vie publique jusqu’au pied de la croix, et elle continue encore à suivre, dans une prière silencieuse, le cheminement de l’Eglise. A l’annonciation, dans la maison de Nazareth, Marie reçoit l’ange de Dieu ; attentive à ses paroles, elle les accueille et répond au projet divin, manifestant sa pleine disponibilité : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38).

C’est justement par son attitude intérieure d’écoute que Marie est capable de lire sa propre histoire, reconnaissant humblement que c’est le Seigneur qui agit. Lors de sa visite à sa cousine Elisabeth, elle exulte dans une prière de louange et de joie, de célébration de la grâce divine qui a comblé son cœur et sa vie, faisant d’elle la Mère du Seigneur (cf. Lc 1, 46-55). Louange, action de grâce, joie : dans le chant du Magnificat, Marie ne regarde plus seulement ce que Dieu a fait en elle, mais aussi ce qu’il a accompli et continue d’accomplir dans l’histoire. Saint Ambroise, dans un commentaire célèbre du Magnificat, invite à avoir le même esprit dans la prière, lorsqu’il écrit : « Que l’âme de Marie soit en chacun de vous pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous pour qu’il exulte en Dieu. » (Expositio Evangelii secundum Lucam 2, 26 : PL 15, 1561).

Au Cénacle aussi, à Jérusalem, dans « la chambre haute » où les disciples de Jésus « se tenaient habituellement » (Ac 1, 13) dans un climat d’écoute et de prière, Marie est présente, avant que les portes ne s’ouvrent en grand et qu’ils ne commencent à annoncer le Christ Seigneur à tous les peuples, enseignant à observer tout ce qu’il avait prescrit (cf. Mt 28, 19-20). De la maison de Nazareth à celle de Jérusalem, en passant par la croix où son fils lui confie l’apôtre Jean, les étapes du chemin de Marie sont marquées par sa capacité à conserver avec persévérance un climat de recueillement, pour méditer tous les événements dans le silence de son cœur, devant Dieu (cf. Lc 2, 19-51) et pour, dans sa méditation devant Dieu, comprendre la volonté de Dieu et devenir capable de l’accepter intérieurement. La présence de la Mère de Dieu avec les Onze, après l’Ascension, n’est pas alors une simple annotation historique d’un événement du passé, mais elle revêt une signification de grande valeur, parce qu’avec eux, Marie partage ce qu’il y a de plus précieux : le souvenir vivant de Jésus dans la prière  ; elle partage cette mission de Jésus : conserver la mémoire de Jésus, et ainsi conserver sa présence.

La dernière mention de Marie dans les deux écrits de saint Luc est liée au jour du samedi : c’est le jour du repos de Dieu après la création, le jour du silence après la mort de Jésus et de l’attente de la résurrection. Et c’est dans cet épisode que s’enracine la tradition de vénérer la Vierge Marie le samedi. Entre l’ascension du Ressuscité et la première pentecôte chrétienne, les apôtres et l’Eglise se rassemblent avec Marie pour attendre avec elle le don de l’Esprit Saint, sans lequel on ne peut devenir des témoins. La Vierge Marie, qui l’a déjà reçu pour enfanter le Verbe incarné, partage avec toute l’Eglise l’attente de ce don pour que « le Christ soit formé » (Ga 4, 19) dans le cœur de tous les croyants. S’il n’y a pas d’Eglise sans Pentecôte, il n’y pas non plus de Pentecôte sans la Mère de Jésus, parce qu’elle a vécu de manière unique ce dont l’Eglise fait l’expérience chaque jour sous l’action de l’Esprit Saint. Saint Chromace d’Aquilée commente ainsi cette mention dans les Actes des apôtres : « L’Église se réunit dans la chambre haute avec Marie, qui fut la Mère de Jésus, et ses frères. Donc, on ne peut parler d’Église si Marie, la Mère du Seigneur, n’y est avec ses frères : car l’Église du Christ est là où l’on prêche que le Christ s’est incarné de la Vierge ; et l’on n’entend l’Evangile que là où prêchent les Apôtres, frères du Seigneur. » (Sermo 30, 1 : SC 164, 135).

Le concile Vatican II a voulu souligner de manière particulière ce lien qui se manifeste visiblement dans la prière commune de Marie avec les apôtres, dans le même lieu, dans l’attente de l’Esprit Saint. La constitution dogmatique Lumen Gentium affirme : « Mais Dieu ayant voulu que le mystère du salut des hommes ne se manifestât ouvertement qu’à l’heure où il répandrait l’Esprit promis par le Christ, on voit les Apôtres, avant le jour de Pentecôte, « persévérant d’un même cœur dans la prière avec quelques femmes dont Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14) ; et l’on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-même prise sous son ombre. » (n. 59). Le lieu privilégié de Marie est l’Eglise, où elle est « saluée comme un membre suréminent et absolument unique…, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité » (ibid., n. 53) ».

Vénérer la Mère de Jésus dans l’Eglise signifie alors apprendre d’elle à être une communauté qui prie  : c’est un des traits essentiels de la première description de la communauté chrétienne qui se dessine dans les Actes des apôtres (cf. Ac 2, 42). Souvent la prière est dictée par des situations difficiles, des problèmes personnels qui portent à se tourner vers le Seigneur pour recevoir lumière, aide et réconfort. Marie invite à élargir les dimensions de la prière, à se tourner vers Dieu non seulement par nécessité ou pour soi-même, mais dans un élan unanime, persévérant, fidèle, avec un seul cœur et une seule âme (cf. Ac 4, 32).

Chers amis, la vie humaine traverse des phases qui sont des passages, souvent difficiles et exigeants, qui exigent des choix inéluctables, des renoncements et des sacrifices. La Mère de Jésus a été placée par le Seigneur à des moments décisifs de l’histoire du salut et elle a toujours su répondre avec une disponibilité totale, fruit d’un lien profond avec Dieu, mûri dans une prière assidue et intense. Entre le vendredi de la Passion et le dimanche de la Résurrection, le disciple bien-aimé lui a été confié, et avec lui toute la communauté des disciples (cf. Jn 19, 26). Entre l’Ascension et la Pentecôte, elle se trouve avec et dans l’Eglise en prière (cf. Ac 1, 14). Mère de Dieu et mère de l’Eglise, Marie exerce sa maternité jusqu’à la fin de l’histoire. Confions-lui tous les passages de notre existence personnelle et ecclésiale, y compris notre ultime passage. Marie nous enseigne la nécessité de la prière et nous montre que c’est seulement par un lien constant, intime, plein d’amour avec son fils que nous pourrons sortir de « chez nous », sortir de nous-mêmes, courageusement, pour aller jusqu’aux limites du monde annoncer partout le Seigneur Jésus, Sauveur du monde. Merci.

Benoît XVI
14 mars 2012

Source : zenit.org