Le silence - Témoignage

Le silence – je l’ai découvert vers l’âge de 33 ans, avant même de connaître le Carmel. La lecture d’un livre « l’Ermitage », écrit par un moine, m’y a introduite et attirée puissamment.

« Je vais la séduire et la conduire au désert, et là, je lui parlerai au cœur » (Os. 2, 16)

Se taire, se taire pour écouter Dieu de toute son âme. Mais l’érémitisme n’était pas fait pour moi, engagée que j’étais en plein monde. Puis, j’ai rencontré le Carmel, et j’y ai reconnu ce à quoi j’aspirais.

« Le Père n’a dit qu’une parole : ce fut son Fils. Il la dit toujours dans un silence éternel : l’âme aussi doit l’entendre en silence » (Jean de la Croix, max. 147) et aussi : « Ce qui fait défaut, ce n’est pas de parler et d’écrire (parce qu’en cela au contraire on excelle d’ordinaire) mais bien de se taire et d’opérer » (Jean de la croix. Lettre VIII (VII)), et « le grand silence du dedans » d’Élisabeth de la Trinité.

Comment ai-je vécu ce silence ?

J’étais mariée, mère de trois enfants, donnée à différents bénévolats, et il n’était pas facile de plonger dans ce silence, si ce n’est aux moments d’oraison. Le reste du temps, je le vivais plutôt comme le « silencieux amour » dont parle Jean de la Croix, au fond de l’âme.

J’écris cela au passé, car aujourd’hui ma vie est très différente. J’ai perdu mon mari il y a juste un an, et je me retrouve seule et âgée. Les dialogues confiants que j’avais avec lui n’existent plus. Cette solitude est une épreuve très difficile à vivre.

Parlant du silence, on pourrait croire que cette nouvelle forme de vie me donne justement l’opportunité de le vivre pleinement, et à réaliser enfin cet appel que je ressens si vivement. Mais j’avoue que (pour moi) il n’en est rien. Vivre ce silence est devenu un combat perpétuel. Le chagrin, la fatigue physique et morale me poussent au contraire à le fuir, et à me laisser disperser et entraîner à d’autres choses (télévision par exemple) pour ne plus penser, ou parce que je suis « si lasse ».

C’est un combat, et je m’y reconnais pour l’instant vaincue, impuissante. Mais je rends grâce à Dieu de m’avoir tenue dans sa main, appelée et conduite au Carmel, où j’ai appris, surtout par la petite Thérèse, à aimer ma faiblesse et mon impuissance, « Plus tu seras faible, plus Jésus t’aimera. »

Se taire, se taire pour écouter Dieu. Se taire aussi pour être attentif aux autres, avec Lui.

Je ne sais jusqu’à quand je resterai impuissante à vivre ce silence auquel j’aspire, mais je sais que « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment ». Et je garde vivante en moi la parole de Jean de la Croix : « La plus grande nécessité que nous ayons est de faire faire silence à l’appétit et à la langue près de ce grand Dieu, lui dont le seul langage qu’il entende est le silencieux amour ».

Dans le silence et l’espérance sera votre force.

Un membre de l’ocds