Les distractions dans la prière

« J’ai des distractions dans la prière »…

Refrain bien connu et entendu, au cours d’une confession, d’un entretien, à l’occasion d’une retraite, on a l’habitude de l’entendre, souvent avec un accent de culpabilité dans la voix, ou un accent de dépit et d’impuissance…

Dans les articles précédents et sur ce site, nous avons vu certains éléments de méthode qui pouvaient à ce propos faciliter les choses. Mais ça ne règle pas tout… La prière est un combat et elle le sera toujours.

Tous les saints ont eu des distractions dans leur prière : nous aussi, nous pouvons devenir saints même en ayant des distractions dans la prière. Que l’on se console donc ! Mais sans en prendre son parti pour autant !

Combattre est une question d’amour. À condition de combattre avec finesse plutôt qu’avec force…

Consentir à quelques défaites est une question d’humilité. Mais consentir n’est pas capituler…

Comment s’y prendre ?

Chaque fois que l’on s’aperçoit que l’on n’est plus vraiment à penser au Seigneur, mais au dernier événement qui nous est arrivé, à telle question professionnelle, au menu du repas à préparer, etc., au lieu de s’agacer contre soi ou de chercher à s’opposer férocement à cette distraction, il vaut mieux revenir avec simplicité et paisiblement à sa prière, en reprenant, par exemple, le texte qui a servi de point de départ, si c’est le cas.

Mais on peut parfois faire de sa distraction une occasion de prière :

Si l’on pense à quelqu’un que l’on aime bien, que l’on sait éventuellement en difficulté ou dans la joie.

Si l’on pense à un événement heureux ? C’est une occasion de rendre grâce et dans l’action de grâces d’échapper à une certaine complaisance en lui.

Si l’on pense à un événement malheureux ? C’est l’occasion de le “jeter” en Dieu dans un mouvement d’abandon de soi-même pour éviter de déraper dans l’imaginaire d’un scénario plus favorable et pour échapper à la tristesse…

On peut faire aussi des distractions une occasion de mieux se connaître soi-même, les ténèbres qui habitent notre cœur, et cette connaissance de soi dispose à la prière des humbles…

Et lorsque la distraction est trop envahissante, qu’elle est en fait une préoccupation, ne me signifie-t-elle pas mon manque de liberté par rapport à ce qui me préoccupe tant ? N’est-ce pas pour moi l’occasion de demander au Père la liberté des enfants de Dieu ?

Car seule la grâce de Dieu peut me la donner, comme seule elle peut transformer mon cœur pour qu’il aime vraiment selon le cœur de Dieu.

Mais toute distraction est-elle vraiment une distraction ? Pas si sûr ! Cela dépend … Prenons une comparaison.

Moi qui vous parle, je suis né dans une famille nombreuse de milieu plutôt populaire… Il n’était pas rare que la télévision soit allumée… et que personne ne la regarde vraiment, mais que tout ce monde discute de choses et d’autres en jetant de temps en temps un œil rapide sur le petit écran. Imaginez qu’alors commence mon feuilleton préféré ! Je me mets devant le poste, mais comme tout le monde discute dans la pièce, je ne parviens pas à saisir un mot des dialogues…

Je suis distrait : dans la prière (mon feuilleton préféré !), je n’arrive plus à écouter parce qu’il y a trop de bruit dans ma tête (dans la pièce…)…

Autre possibilité : je suis tellement captivé par le scénario, et suffisamment proche de la télévision, que je ne perds rien du fil de l’histoire malgré le vacarme verbal des autres hôtes de la pièce.

Dans la prière, c’est ce qui peut arriver : je suis captivé au plus profond de moi, plongé dans un recueillement que les images qui défilent ne viennent pas brouiller.

À ce moment là, je n’ai rien de mieux à faire que de me fixer sur ce recueillement sans prêter attention aux “dérangements” de mon imagination…