Les étapes du Cantique des Cantiques de la Bible

Le Cantique des cantiques, texte liturgique du judaïsme, est composé dans la première moitié du 4e siècle avant le Christ, après l’exil, à partir de poèmes de l’amour humains plus anciens. Il chante l’amour du Seigneur pour son peuple, jusque dans la description allégorique de sa terre. L’accomplissement plénier de l’amour est indéfiniment repoussé, ce qui permet son interprétation messianique, surtout dans le christianisme. Pour le croyant, le poème se développe au rythme de l’amour entre Dieu et l’âme. Le Bien-Aimé se laisse entrevoir, il s’éloigne ou se rend proche, et puis se donne. Sa bien-aimée le cherche avec ardeur et finit par le posséder.

On peut discerner dans le poème Adonde te escondiste… le même déploiement scénique que dans le Cantique des cantiques attribué à Salomon :

Le plan retenu du Cantique des cantiques est ordinairement le suivant : Un prologue : Ct 1, 1-3 dans lequel l’épouse désire retrouver son Époux.

1. Le désir et la promesse des Amants : Ct 1, 4-16 et 2, 1-7, anxiété de l’exilée, espérance, charme de la bien-aimée, dialogue, admiration réciproque…

2. La venue du Bien-Aimé : Ct 2, 8-17 et 3, 1-5, recherche mutuelle, éloge du Bien-Aimé, leur passion partagée…

3. La célébration des noces : Ct 3, 6-11 ; 4, 1-16 ; 5, 1, cortège triomphal du Roi, révélation de la passion de l’Époux, lieu de la rencontre, accueil et don entier de l’épouse…

4. La révélation du Bien-Aimé : Ct 5, 2-17 et 6, 1-2, réticence de la bien-aimée et retards, manque, violence de l’attachement, possession mutuelle…

5. La révélation de la bien-aimée : 6, 3-12 ; 7,1-13 et 8, 1-4, vers le dénouement, l’Époux chante les grâces de la bien-aimée, véhémentes déclarations d’amour, passion de l’épouse qui n’a pas achevé son sommeil.

L’épilogue : 8, 5-7, dénouement, l’Époux opère le réveil et exige un amour éternel.

Appendices : 8, 8-14

Contrairement aux Traités de La Montée du Carmel et de la Nuit obscure qui sont d’abord didactiques même si le poème En una noche oscura… [Durant une nuit obscure…] s’y voient comme enchâssés, les Commentaires de Adonde te escondiste… et de Oh llama de amor viva…[Ô flamme par amour vive/ Qui blesses de ta tendresse…] que l’on possède suivent le plus souvent le mot à mot des vers.

Le poème parle à tous, les commentaires du CSA ou CSB ne peuvent être que partiels, comme il est écrit : « Je demande qu’on ne se croie pas tenu de s’attacher à l’explication » [CS Prologue, 2].

Les Commentaires sont là d’ailleurs pour acheminer à une compréhension plus profonde du poème. S’ils partent du poème, ils y renvoient plus encore.

Étant donné leur Genèse, les trente et une premières strophes pourraient faire un seul ensemble.

Mais à partir de l’expérience spirituelle sous-jacente, un mouvement et plusieurs ensembles peuvent être dégagés de la version de quarante strophes, appelée A’.

1. Dans les quatre premières strophes, la recherche du Bien-Aimé

2. Le désir de l’union avec le Bien-Aimé se fait inévitablement douloureux : de la strophe cinq à la strophe douze ou treize lorsque l’on tient compte de la strophe onzième ajoutée dans la version de quarante strophe. Et le Bien-Aimé se donne à vivre dans les strophes quatorze et quinze, treize et quatorze en A.

3. La rencontre des amants dans le mariage est décrite à partir de la strophe seize jusqu’à la strophe trente-quatre ; le bouleversement des strophes en B a été indiqué plus haut.

4. La perfection de l’amour en finale demeure à la même place que dans la première version.

Dans le texte B, le déplacement des strophes intervient seulement à l’intérieur de ce que les Commentaires appelleront le mariage spirituel. L’étonnant vient surtout du déplacement de ces grands ensembles 15 à 24 et 25 à 30.