Les sécheresses dans la prière

La sécheresse est une expérience normale qu’il faut discerner.

La terre a besoin d’eau et de soleil pour être féconde… Mais pas trop d’eau, pas trop de soleil non plus… Pour qu’il n’y ait ni inondation, ni sécheresse !

La terre de notre âme connaît des moments heureux où l’eau de la grâce semble la baigner et le soleil de Dieu l’illuminer. Il y a des moments moins heureux où tout paraît sec et assoiffé. Pourquoi y a-t-il donc de ces moments où aucun des moyens que l’on a l’habitude de prendre ne paraît "fonctionner".

Quand cet état de sécheresse se met un peu à durer, cela peut avoir plusieurs raisons. Il faut donc essayer d’y voir de plus près sans trop s’inquiéter tout de même.

Est-ce que j’ai vraiment fait l’effort de penser à Dieu d’une manière ou d’une autre au cours de ma journée ? Ne me suis-je pas laissé aller dans le tourbillon de l’existence quotidienne, pris par « les multiples tâches du service » ?

Ce que je dois corriger est clair, alors : je dois me trouver des espaces de respiration, même très brefs (quelques secondes) pour “me souvenir de Dieu” dans le cours de ma journée.

Est-ce que dans ma vie, je m’efforce vraiment de me comporter selon l’Évangile ? Ou bien Dieu m’a fait signe, à plusieurs reprises peut-être, pour que je donne quelque chose ou que je m’engage dans une direction donnée, et comme Jonas, je prends de préférence la direction opposée.

Alors, la sécheresse est un signal qu’il faut que je change quelque chose dans ma vie, que je corrige mon orientation.

Peut-être, je vis dans ma vie un moment difficile et éprouvant, une difficulté dans mon développement psychologique ? Cela, bien sûr, ne joue pas sur la présence ou non de Dieu, mais simplement sur ma capacité psychique à goûter cette présence. Nous ne sommes pas faits une fois pour toutes, nous avons aussi une "histoire psychologique". Mais il faut pouvoir distinguer une difficulté passagère d’une difficulté de fond.

Enfin, il se peut que je ne trouve aucune raison solide de mon côté pour expliquer cette sécheresse… Alors cela vient du côté de Dieu ? Pourquoi pas !

Mais alors, Dieu jouerait-il à cache-cache avec nous, avec une certaine cruauté ? Non, bien sûr…

Il faut bien comprendre d’abord que ce n’est pas parce que la prière est agréable qu’elle est de qualité ! Et ce n’est pas parce qu’elle est aride et laborieuse qu’elle a moins de prix aux yeux de Dieu ! Et si nous venons à la prière parce qu’elle est agréable, est-ce que nous y venons pour Dieu ou pour nous ?…

Il faut que notre amour pour Dieu grandisse et se fortifie ! Il faut que nous apprenions à aimer Dieu davantage pour lui-même et un peu moins pour les bienfaits qu’il nous procure, pour nous faire plaisir, en nous recherchant nous-même. La sécheresse peut relever ainsi de la pédagogie de Dieu : il faut apprendre la gratuité de l’amour.

Il faut apprendre aussi que nous ne sommes pas les possesseurs de notre prière : ce n’est pas toujours à nous de conduire le vaisseau !

Il faut apprendre enfin que sans Jésus nous ne pouvons rien faire… Car dans la sécheresse, nous sentons généralement davantage notre vulnérabilité et nous avons l’impression d’être moins doué que l’habitude pour vivre selon l’Évangile.

Ces périodes sont en réalité des temps de maturation où Dieu travaille en secret dans le fond de notre cœur pour que nous ressemblions davantage à l’Homme Nouveau, Jésus Christ, pour restaurer et embellir en nous l’image de Dieu.

Que devons-nous faire alors ? Eh bien ! S’exercer à rejoindre ce travail secret, non senti, non encore perçu - mais ça viendra sûrement ! - par un mouvement de foi et d’espérance, “de nuit”… Et consentir à ces temps, souvent âpres, où l’on ne peut pas faire grand chose sinon de manifester notre bonne volonté en ne désertant pas - ou le moins possible… - les moments de prière fixés en des temps plus idylliques… Déjà quelque chose de nouveau nous est peut-être donné auquel nous ne sommes pas encore accoutumé… Patience…