Lettre du Préposé Général

Présentation du document capitulaire « Pour vous je suis née » par notre père général pour la préparation au Ve centenaire de la naissance de Thérèse de Jésus.

Teresa de JésusC’est pour moi une grande joie de joindre ces quelques lignes à l’envoi du document préparatoire au 5e centenaire de la naissance de sainte Thérèse de Jésus à toutes les communautés masculines et féminines de notre Ordre. Je suis convaincu que derrière le choix de parcourir ce chemin de formation, il y a l’action bénéfique et éclairante de l’Esprit du Seigneur qui l’a d’abord suggéré à mon prédécesseur, le père Luis Aróstegui qui en a eu l’intuition première, et ensuite aux confrères réunis à Fatima pour le 90e Chapitre général qui ont approuvé le texte maintenant à votre disposition.

Le riche contenu de ce document offre, de manière remarquablement synthétique, une aide double à la compréhension de notre sainte Mère à travers la contextualisation historique de son expérience et de l’œuvre qui en a découlée, et la mise en lumière des lieux thématiques d’une particulière actualité et pertinence pour notre temps. La perspective théorique se concrétise enfin dans une série de propositions d’actions, à réaliser à des niveaux divers. Mais la proposition fondamentale peut se dire en un unique et simple impératif : relisons sainte Thérèse ! Apprenons à nous nourrir quotidiennement de sa parole et à profiter de sa compagnie !

Il doit être clair, quand nous parlons de la préparation au centenaire de la naissance de sainte Thérèse, que nous ne nous référons pas d’abord à l’organisation de célébrations liturgiques, d’évènements culturels et d’initiatives pastorales. On ne pourrait assumer une telle organisation comme programme de vie pour tout l’Ordre pour tout un sexennat. La préparation à laquelle le Chapitre général a pensé est avant tout personnelle et communautaire, et consiste dans un contact renouvelé entre nous et notre sainte Mère. Cela ne pourra advenir que dans le silence de notre propre cellule (cf. Mt 6, 6), et dans la parole partagée avec confiance et sincérité par les frères et les sœurs lors des rencontres communautaires. De la profondeur de ce contact, de sa constance et de son intensité dépendra la possibilité de réaliser le renouvellement authentique dont l’Ordre a besoin : revivre sa propre identité charismatique dans une chair qui porte les signes de notre temps et en assume les pesanteurs. Sans ce retour à l’expérience qui fonde notre vocation, nous ne pourrons avoir de critères sûrs pour opérer les choix dont dépend notre avenir. Comme il arrive souvent, les choix les plus grands et macroscopiques dépendent d’une série de petits choix quotidiens sans éclat.

Il est clair que la lecture de sainte Thérèse sera d’autant plus riche qu’elle sera accompagnée par une connaissance et un emploi de moyens exégétiques et interprétatifs. Mais ce qui reste fondamental est l’écoute directe, la communication dans le creux de l’oreille de la parole de notre Mère et maîtresse. Prenons la résolution de consacrer un moment, même bref, de notre temps, chaque jour, à la lecture d’une page de sainte Thérèse et le plus important sera fait. Seule une telle habitude quotidienne peut nous redonner la saveur et le goût du charisme de Thérèse. Je sais par expérience qu’il n’est pas possible d’avoir une semblable fidélité sans, d’une part, une « détermination déterminée » qui place cet engagement personnel et caché parmi les priorités de notre emploi du temps, et d’autre part, sans la capacité d’aller au texte tels que nous sommes, avec nos problèmes irrésolus et nos questions récurrentes, libres de toutes précompréhensions qui nous fourvoient. Permettez-moi seulement un exemple : À peine avons-nous ouvert le volume des œuvres de sainte Thérèse, que nous tombons sur l’extraordinaire prologue du Livre de la Vie, dans lequel elle avertit le lecteur de ne pas oublier la partie obscure de sa personne dont il ne lui est pas permis de parler, car il lui est seulement permis d’écrire sur sa façon de prier et sur les grâces reçues. C’est une déclaration qui nous met immédiatement en dehors du style hagiographique conventionnel et qui nous ramène à l’authenticité d’une vie chrétienne en état continuel de conversion. Si Thérèse écrit cela, c’est précisément pour que personne ne se sente exclu de la possibilité de parcourir son chemin et de recevoir des grâces semblables à celles qu’elle a expérimentées. Mais si entre nous et Thérèse de Jésus, entre notre vérité et sa vérité, se dresse une barrière faite de stéréotypes, répondant, plus qu’à l’histoire réelle de Thérèse, aux canons d’une certaine hagiographie ou d’une certaine théologie spirituelle, l’écoute de ses paroles ne pourra pas devenir pour nous source de renouveau salutaire, et risque de se changer en un pieux exercice dont nous pourrons, tout au plus, tirer des considérations à teneur moralisante ou spiritualisante.

Devant nous s’ouvrent les années qui nous séparent de 2015 : serons-nous fidèles à l’engagement que l’Esprit a proposé à notre famille ? L’expérience nous le dira. En attendant, prions le Seigneur afin que se rallume en nous, en parcourant ce chemin, l’espérance de la vocation à laquelle nous avons été appelés.

P. Saverio Cannistrà, O.C.D. _ Préposé Général