Lettre du Préposé général O.C.D. 15 octobre 2010

Message à l’Ordre pour la fête de N.M .sainte Thérèse de Jésus 2010

Avec la célébration de la fête de sainte Thérèse commence la seconde année de notre chemin de préparation pour le cinquième centenaire de sa naissance, dédiée à la relecture et à la méditation du Chemin de Perfection. Je sens à cette occasion le besoin de me rendre présent par la parole à tous mes frères et soeurs, religieux et laïcs, de la grande famille thérésienne, pour rappeler l’importance de cet engagement. Je sais que nous avons de nombreuses tâches qui peuvent nous sembler plus importantes et urgentes mais aucune n’est aussi essentielle que celle du« soin de notre vocation » et la croissance de l’unité de notre famille. Comme cela arrive pour l’oraison, la lecture de Thérèse peut ne pas être toujours savoureuse et apaisante. Il y aura des jours dans lesquels ses paroles nous sembleront lointaines des problèmes de notre monde, ou trop élevées par rapport à la pauvreté de notre vécu quotidien ou difficile à interpréter et à actualiser et donc, nous serons fatigués de les entendre. Il n’y a rien d’étonnant à tout cela ni de scandaleux : cela fait parti de la fatigue d’un chemin et d’une conversion. Mais‐ au‐delà du goût et de l’émotion du moment‐ le seul fait de vouloir se mettre à l’écoute de la Madré et de se déclarer d’une certaine manière ses disciples, a une énorme valeur. Cela implique de reconnaitre que pour vivre notre vocation, nous avons un chemin à parcourir, une fatigue à affronter, une vérité à rechercher en creusant dans la profondeur de nous‐mêmes, dans le mystère qui nous habite et dans lequel nous vivons. Et seul celui qui nous a précédés peut nous apprendre la route et peut nous guider d’une manière certaine dans l’enchevêtrement des sollicitations et dans le vacarme des voix du temps présent.

Si nous considérons avec suffisamment d’honnêteté notre vie religieuse, si nous sommes disponibles à admettre ses vides et ses incohérences, la perte de l’espérance et de ne plus être suffisamment amoureux, ce qui tant de fois et de manières diverses caractérise notre vie, le retour à sainte Thérèse et à son magistère deviendra une exigence qui ne peut‐être supprimée car il y va de notre bonheur.

Comment pourrons‐nous être heureux si notre vocation et notre mission au lieu de lui donner une force vitale qui vient du dedans et dilate notre humanité, devient un joug à porter, pesant et sans motivation ? Pourtant, cela arrive et il est pénible de constater que souvent nous cherchons inutilement ailleurs le sens et la joie de vivre que le Seigneur nous a donné dans l’écrin de notre identité charismatique. Une identité avec laquelle chaque jour nous sommes appelés à nous identifier, défiant les voix externes et surtout internes, qui nous répètent que tout cela est scandaleux et stupide.

Nous savons qu’au point de départ, je veux dire « l’ascension », du Chemin de Perfection est proprement cela : une dialectique amoureuse avec le monde, le désir de combattre pour l’homme en se mettant au côté de Jésus‐Christ contre les ennemis de l’humanité. Les ennemis sont dans certains cas évidents et macroscopiques, mais dans de nombreux autres cas, ils sont invisibles, microscopiques, comme des germes et des virus qui tendent un piège à la santé spirituelle de la personne. J’aime lire le Chemin comme un livre thérapeutique, écrit pour la guérison de l’âme. L’âme est née pour vivre dans son centre qui est Jésus‐Christ. Tout ce qui obstrue, affaiblit et obscurcit le rapport avec Lui (qui est en même temps un rapport avec soi‐même) devient une infirmité et une déviation et compromet son équilibre et son développement. Quand Thérèse parle de l’oraison, elle n’en parle pas comme d’un simple acte ou exercice spirituel. Pour elle, l’oraison est l’expression d’une âme en santé, d’un corps qui respire librement et reçoit l’énergie de sa source de vie. C’est l’expression normale de la personne croyante. La vie spirituelle la plus engagée conduit à son résultat ultime, celui de réciter le « Notre Père », avec une totale adhésion d’esprit et de cœur, dont le témoignage est le commentaire de Thérèse qui lui dédie les seize derniers chapitres de son œuvre.

Quelle est donc la perfection à laquelle tend le chemin enseigné par Thérèse ? C’est celle de dire à Dieu « Père » pas simplement des lèvres, mais avec l’abandon d’un fils tout petit, qui se laisse porter dans les bras de son Père. Avec une différence substantielle, c’est‐à‐dire : ce père n’est pas seulement mien comme le veut la jalousie de l’enfant‐ mais il est « notre » et pour cela son embrassade ne m’enferme pas dans un rapport exclusif avec Lui, mais m’unit en même temps avec la communauté des frères. La perfection est donc, d’être suffisamment adulte pour pouvoir prononcer avec mes propres paroles les paroles que Jésus a prononcé quand il parlait avec Dieu : Notre Père !

Je demande à N.M sainte Thérèse que la lecture du Chemin de Perfection nous mette effectivement en chemin vers ce but, nous aidant à corriger les déviations de la route et à éliminer tout ce qui nous ralentit et appesantit, mais surtout à « tenir les yeux fixés » sur Jésus, pour apprendre de lui ce que veut dire être fils d’un Dieu qui est notre Père. Fraternellement,

P. SAVERIO CANNISTRA OCD
Préposé Général