Maîtresse des novices

Carmélites au jardin

Le lendemain de sa prise de voile, elle est nommée maîtresse des novices. Son expérience du monde, sa finesse psychologique, la font apprécier par celles qui lui sont confiées. Toutes gardent le souvenir des conseils avisés qu’elle a su leur donner pour les guider avec une ferme douceur. Elle leur est elle-même très attachée et se dit édifiée par leur ferveur.

Comment voulez-vous que j’aie un moment à moi ; chargée de treize novices qui m’aiment au point de venir me le répéter plusieurs fois par jour ? Elles me le prouvent encore mieux par leur vertu. Leur petit cœur est toujours sur leurs lèvres. Elles sont d’une ferveur qu’il faut s’étudier continuellement à modérer. Je n’ai de difficulté que quand il faut les faire reposer. Au plus grand goût pour la prière, elles joignent le plus grand zèle pour les travaux pénibles : elles avaleraient comme du miel ce que la Règle nous tolère de surplus, si l’on n’apportait la plus grande prudence pour les arrêter. (Lettre de Madame Louise à la Mère Dépositaire de Grenelle, 29 août 1782, in “Oraison funèbre” prononcée par le Père François)

Médaillon - Arbre Je ne puis voir mes novices sans me sentir encouragée au service du Seigneur. Leur ferveur s’élève sans cesse contre mes lâchetés. Je rends grâce à la divine Providence d’avoir environné ma faiblesse de ce petit groupe d’anges qui ne respirent que le pur amour de Dieu, et qui en faisant ma confusion, font cependant aussi ma joie. Je regarde mes novices comme autant de maîtresses que le Seigneur m’a données dans sa miséricorde pour m’apprendre à être humble, mortifiée, courageuse, pénitente et fervente (Mère Stanislas Tourel, “Vie de la révérende Mère Thérèse de Saint-Augustin”, 1857, t. I.)

Sachant avec lucidité et discrétion aider ses « filles » à discerner et approfondir leur vocation, Sœur Thérèse de Saint-Augustin, sait gagner leur confiance et leur cœur. Une humble persévérance, la constance, la modération dans les tâches et les épreuves quotidiennes assumées avec bonne humeur telle sont ses recommandations essentielles. Après sa mort, on a retrouvé les papiers où étaient écrits ses instructions et ses conseils. On en a formé un petit recueil sous le titre de “Testaments spirituels”, publié à la suite des « Méditations eucharistiques ».

Rouet de Madame Louise

Ma fille, c’est l’amour qui élargit le chemin de la pénitence et qui nous le fait paraître uni et spacieux.
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Faisons toutes nos actions pour Dieu seul et de notre mieux, avec une grande confiance et un grand amour.
*** Dieu demande de nous la plus grande fidélité plutôt que les austérités, et en cela il ne nous traite pas plus doucement que ceux à qui il demande des choses extraordinaires.
*** Quand vous vivriez cent ans souvenez-vous, jusqu’au dernier jour de votre vie, que votre maîtresse vous recommandait la fidélité aux petites choses.
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L’état de sécheresse où nous nous trouvons quelquefois est peut-être, de la part de Dieu, une grande miséricorde. Dans le penchant qu’il nous voit, à nous complaire en nous-même […] si les louanges des hommes nous tentent que serait-ce des louanges de Dieu lui-même !
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Tout ce que Dieu voudra, quand il voudra, comme il voudra : telle doit être notre constante disposition ; et c’est là cette simplicité chrétienne qu’il faut nous proposer de pratiquer.
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Toute la force d’une épouse de Jésus-Christ est dans la communion ; le moyen le plus sûr pour elle d’avancer dans la perfection, c’est la communion ; le secours le plus puissant contre ses ennemis, c’est encore la communion…
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Sentence St Denis

Si la pédagogie de Madame Louise à l’égard des jeunes religieuses qui lui sont confiées s’appuie sur un jugement sain et équilibré, l’exemple qu’elle donne jour après jour lui vaut aussi l’estime de toutes les sœurs. Sa piété est aussi éloignée du Quiétisme que du Jansénisme. Sereine, mais sans complaisance, lucide, mais sans rigueur excessive ou vain orgueil, elle repose sur un fond de bons sens qui fait bien le propre de son caractère. Sa charité active se traduit par maints petits gestes attentionnés envers ses sœurs. Elle qui, à Versailles, avait toujours été servie, n’hésite pas à arranger la paillasse de telle d’entre elles pour lui en éviter la peine.

Infirmerie du Carmel A l’infirmerie elle précède celle qui doit tôt le matin administrer des potions aux malades pour alléger son travail : …j’étais bien aise d’apporter tous mes soins à cette pauvre sœur. On ne peut être indifférente en religion pour aucune, car c’est l’âme que je considère en toutes et je serais désolée de les voir privées par ma faute de la plus petite consolation chrétienne et religieuse. (Lettre de Madame Louise à l’abbé Bertin 1775, cité par l’abbé Proyart “Vie de Madame Louise de France”).

Tu m'es un clair flambeau

Elle était pour nous une règle vivante. Toujours à la tête de la communauté, et la première à toutes les observances, elle était si éloignée de s’écouter pour quelques incommodités, qu’à peine on pouvait obtenir d’elle qu’elle se tranquillisât dans la maladie. Dure et austère pour elle-même, elle réservait pour ses sœurs toute sa douceur et ses ménagements. Elle les portait aussi loin que pouvait le permettre la charité, sans nuire au devoir et à la régularité (Témoignage cité par l’Abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France”, Paris, Lyon, 1860, t. I. )

Adieux à Madame Louise

Elle ne boude pas non plus les récréations au cours desquelles la communauté se réunit et se distrait. Les sœurs y font de menus travaux de broderie ou d’aiguilles, d’autres préparent des poèmes ou des saynètes. A l’occasion de l’un des premiers essais de vol en montgolfière, l’une d’elles s’amuse à représenter sur un mode fantaisiste les adieux de la princesse à « Mesdames » ses soeurs. Cette invention toute nouvelle (comme un siècle plus tard l’ascenseur pour Thérèse de l’Enfant Jésus !) inspire déjà à la facétieuse moniale le moyen le plus rapide de gagner le ciel. Madame Louise, quant à elle ne manifeste guère d’enthousiasme pour ces expériences périlleuses. Témoin cette lettre amusante où elle fait part de ses inquiétudes lors des premiers essais d’aérostation.

Oh ! quelle folie d’aller dans les airs ! Il en partit [un ballon] hier des Tuileries, il passa ici, m’a-t-on dit, pendant vêpres. Je bénis Dieu qu’il ne soit pas tombé dans notre enclos. Si cela dure, personne ne sera en sûreté chez soi, la compagnie tombera des nues comme la grêle. Moi qui ne suis pas physicienne, j’ai fait une remarque […] c’est qu’ils nous emmèneront beaucoup de brouillards et de pluie ; on dit que non, mais l’expérience prouvera si j’ai tort ; il fait aujourd’hui beaucoup de brouillard […] Cela vous fera juger jusqu’où va la folie des hommes puisque jusqu’à une pauvre carmélite en est occupée, il est vrai beaucoup plus pour les pauvres humains qui s’y sont nichés que pour les conséquences qu’on en pourra tirer. Je crains pour eux quelque précipice d’où, avec toutes les choses utiles et savantes qu’ils auront ramassées par les airs, ils n’auront pas la science de se tirer, et je prie beaucoup pour eux. (Lettre au cardinal de Bernis, 2 décembre 1783)


Crédits photographiques :

  • "La procession des carmélites au jardin", par Guillot
    © Saint-Denis,musée d’art et d’histoire, cl. Guéroult
  • "tel qu’un arbre planté dans le courant des eaux", Image sur parchemin confectionnée pendant l’une des récréations de la communauté
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières
  • Rouet de Madame Louise et fil noué par elle
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières
  • Sentence du carmel de Saint-Denis
    © Saint-Denis, musée d’art et d’histoire, droits réservés
  • "L’infirmerie du carmel", par Guillot
    ©Saint-Denis, musée d’art et d’histoire, droits réservés
  • "Tu m’es un clair flambeau dans les plus sombres nuits…" Image sur parchemin confectionnée lors d’une récréation. XVIIIe siècle
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières
  • "Mesdames de France faisant leurs adieux à Madame Louise" Miniature sur parchemin
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières
  • Sentence du carmel de Saint-Denis
    ©Saint-Denis, musée d’art et d’histoire, droits réservés