Mon Dieu est à moi

Jean de la Croix

Dieu est en vous comme étant l’Etre infini, et il vous comble de ses faveurs.
Il est tout-puissant ; il vous fait du bien et il vous aime avec sa toute-puissance.
Il est sage ; vous sentez qu’il vous fait du bien avec sa sagesse.
Il est infiniment bon ; vous sentez qu’il vous aime avec sa bonté.
Il est Saint ; vous sentez qu’il vous aime et vous fait du bien avec sa sainteté.
l est juste ; vous sentez qu’il vous aime et vous comble de faveurs d’une manière juste.
Il est miséricordieux, compatissant, clément ; vous éprouvez sa miséricorde, sa compassion et sa clémence.
Il es l’Etre fort, sublime délicat ; vous sentez qu’il vous aime d’une manière forte, sublime, et délicate. Il est chaste et pur ; vous sentez que son amour pour vous est chaste et pur.
Il est vrai ; vous sentez qu’il vous aime en vérité.
Il est libéral (Sg 6,17) ; vous constatez qu’il vous aime et vous comble de faveurs d’une manière libérale, sans intérêt aucun, avec le souci unique de vous faire du bien.
Il possède une souveraine humilité et c’est avec une souveraine humilité et une souveraine estime de vous qu’il vous aime.
Il vous met à son niveau ; il se découvre lui-même à vous avec joie dans ces connaissances qu’il vous donne ; il vous montre un visage plein de grâce et, dans cette union avec lui qui vous fait tressaillir de joie, il vous dit : « Je suis à toi et pour toi ; je suis content d’être ce que je suis pour être à toi et me donner à toi ».
Qui pourra exprimer ce que vous ressentez, ô bienheureuse âme ! en vous voyant aimée de la sorte VF 3

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… et je suis à lui

L’union propre au mariage spirituel a ceci de particulier que Dieu opère dans l’âme et se communique à elle directement. Aussi ne lui permet-il aucune autre compagnie que la sienne et ne s’en rapporte-t-il qu’à lui-même de tout ce qui la concerne.

CSB 35

Faisons en sorte que, par l’excellence de l’amour, nous en arrivions à nous voir dans ta beauté au sein de l’éternelle vie.

Que je sois tellement transformée en ta beauté, que je te devienne semblable.

Telle est l’adoption des enfants de Dieu, de ceux qui adressent à Dieu avec vérité ces paroles que le Fils lui-même disait à son Père éternel, et que St Jean nous a rapportées : Tout ce qui est à Moi est à Toi, et tout ce qui est à Toi est à Moi (Jn 17,10). A lui, par essence, en tant que Fils de Dieu par nature, à nous par participation et en qualité de filas adoptifs.

CSB 36

Puis aux cavernes élevées
De la Pierre nous monterons ;
Ces cavernes sont fort cachées
Et c’est là que nous entrerons,
Au suc des grenades, tous deux nous goûterons.

CSB 37

La Pierre dont il s’agit, c’est le Christ.
Quel abîme à creuser que le Christ !
C’est une mine abondante contenant des filons sans nombre de trésors ; on peut la creuser toujours, sans jamais en trouver le fond. C’est ce qui faisait dire à St Paul : En lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science (Col 2,3)

CSB 37

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Egalité d’amour

De la communication qui a lieu entre Dieu et l’âme dans cette transformation d’ici-bas, il est impossible de parler. En effet, l’âme remise à Dieu et transformée en lui aspire Dieu en Dieu lui-même. C’est ici, je pense, ce que St Paul avait en vue lorsqu’il disait : Parce que vous êtes enfants de Dieu, il a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie vers le Père (Ga 4,6)

Le Fils de Dieu nous a acquis, nous a mérité ce sublime honneur de pouvoir être enfants de Dieu (Jn 1, 12). Lui-même en a fait la demande à son Père : Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient avec moi afin qu’ils voient la gloire que tu m’as donnée (Jn 17, 24). C’est-à-dire qu’ils accomplissent en nous par participation l’œuvre que j’accomplis par nature.

Ô âmes créées pour ces merveilles, âmes appelées à les voir se réaliser en vous ! Que faites-vous ? A quoi vous amusez-vous ? Vos ambitions ne sont que bassesse et vos possessions que misère.

CSB 39

L’âme voit que Dieu est véritablement à elle, qu’elle le possède par héritage, qu’elle en est propriétaire de droit, comme un enfant adoptif de Dieu, à cause de la grâce que Dieu lui a accordée de se donner lui-même à elle. Par le fait même qu’il est devenu sa propriété, elle peut le donner et le communiquer à qui elle voudra. C’est ainsi qu’elle le donne à son Bien-Aimé, à ce Dieu lui-même qui s’est donné à elle.

Or, une satisfaction inouïe et un contentement ineffable pour l’âme, c’est de voir qu’elle donne à Dieu plus qu’elle n’est en soi et plus qu’elle ne vaut ; que , de plus, elle donne Dieu à lui-même avec une libéralité extrême comme sa propriété personnelle, et qu’elle le donne avec cette même lumière et cet amour ardent qu’elle a reçus de lui.

L’âme aime Dieu non par elle-même mais par lui, et c’est là une perfection admirable, car elle aime par le Saint Esprit, c’est-à-dire comme le Père éternel et son Fils s’aiment, ainsi que le Fils lui-même le déclare en Saint Jean :Que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux et que je sois aussi en eux (Jn 17, 26)

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Cette Flamme d’amour est l’Esprit Saint.

L’âme le sent en elle comme un feu qui non seulement la consume et la transforme en suave amour, mais qui , de plus, brûle en elle et lance des flammes. Cette flamme, chaque fois qu’elle jaillit, baigne de gloire l’âme elle-même et lui confère un rafraîchissement de vie éternelle. Telle est l’opération du Saint Esprit dans l’âme transformée en Amour.

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