Pâques 2009

Par toute la terre les chrétiens se rassemblent pour célébrer la résurrection de Jésus, cette résurrection qui, depuis plus de 2000 ans, est la bonne nouvelle fondamentale pour tous les hommes.

Mais cette bonne nouvelle n’est pas si simple à accueillir. Les récits qui nous rapportent les premières apparitions de Jésus ressuscité concordent tous sur un point, à savoir l’incrédulité des disciples. Après la mort de Jésus, ils n’attendaient plus rien, la crucifixion était l’échec définitif de Jésus. C’était même plus qu’un échec, c’était la preuve que Jésus était un imposteur. Il n’était pas un prophète, car, si les prophètes sont tués, ils meurent par lapidation. Jésus, conscients de l’opposition des notables juifs et aussi de la justesse de la mission du Christ, s’attendaient à mourir lapidé comme tous les prophètes. Vous pourrez relire spécialement dans l’évangile de Jean au chapitre X, les versets 31 à 33, au chapitre XI, 8 et en 13, 34, Jésus le dit clairement : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois, j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes… et vous n’avez pas voulu ! » Jésus n’a pas eu une mort de prophète, et pire que cela, sa mort est celle d’un réprouvé, puisqu’il est écrit au livre du Deutéronome (21,23) que celui qui est pendu au bois est maudit de Dieu.

Après la crucifixion, les hommes restent cachés par peur ou ils s’en vont car il n’y a plus rien à attendre, comme les disciples d’Emmaüs. Seules quelques femmes, plus courageuses, vont s’occuper du corps, préoccupées par le problème de la pierre du tombeau à rouler. Être compagnon de Jésus, c’était une belle aventure, mais elle s’est très mal finie. Il a donc fallu un événement extraordinaire pour faire de ces peureux des apôtres infatigables et intrépides de cette Bonne Nouvelle de la victoire de Jésus. L’événement qui a transformé les apôtres, la résurrection de Jésus, est une véritable révolution spirituelle pour le juif comme pour tous les hommes. Pour bien le comprendre, il faut nous arrêter quelque peu sur ce qui s’est passé durant la passion.

Comme nous l’avons déjà dit, la mort qu’a subie Jésus n’est pas une mort ordinaire, mais c’est une mort calomnieuse. Pour tout juif, celui qui mourait ainsi était abandonné de Dieu. Jésus, durant les jours qui précédaient Pâques, envisageait sa mort, mais par lapidation comme les prophètes qui l’ont précédé. Or, sa mort est celle des réprouvés, ceux qui sont rejetés par Dieu. Et sur la croix, il exprime clairement qu’il éprouve ce sentiment d’être rejeté de Dieu en disant « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » En criant son désarroi, il ne fait pas de cinéma, il pense réellement être abandonné. La manière dont il meurt correspond à son sentiment intérieur d’être rejeté par Dieu. Cet abandon, il le vivait depuis le jardin des Oliviers où il accepta de boire la coupe. Or quand on parle de coupe dans la tradition biblique, c’est celle de la colère de Dieu qu’il verse sur les pécheurs. Ainsi le Psaume 74 nous dit : « Le Seigneur tient en main une coupe (…) et tous les impies de la terre la boiront jusqu’à la lie. » C’est bien cette coupe que Jésus accepte de boire, la coupe que boivent les impies. Il accepte une mort signe de malédiction, et il éprouve la séparation d’avec Dieu. Jésus fait l’expérience du péché.

C’est ainsi que Paul l’a compris quand il écrit « celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a identifié au péché. » (2Co 5, 21) Intérieurement, Jésus a réellement vécu une expérience spirituelle unique, et qui est pour nous la source du salut. D’une part, il éprouve ce que les pécheurs endurent, la séparation d’avec Dieu, et d’autre part, il ne peut renier son amour pour le Père, il demeure fidèle. C’est pour lui un véritable déchirement entre son amour pour le Père, de qui il ne peut envisager d’être séparé de Lui sans renier son être profond de Fils, et le sentiment d’abandon de la part de son Père qu’il éprouve sans comprendre pourquoi. Il résout cette tension en faisant confiance à l’Amour du Père par un abandon total « en tes mains, je remets mon esprit ».

La résurrection de Jésus vient certifier pour les hommes que cette voie de la confiance en l’Amour de Dieu est celle qui nous conduit à la vraie vie. Comme Jésus au jour de sa Passion, tout homme qui éprouve sa misère, sa séparation d’avec Dieu ne doit pas désespérer. Jésus a été identifié au péché, mais Dieu notre Père ne l’a pas rejeté pour cela. Et pourquoi ne l’a-t-il pas rejeté ? Est-ce parce qu’il était sans faute ? Non, car il était spirituellement identifié au péché. À moins de dire que la Passion de Jésus est une mascarade, c’est-à-dire qu’il n’a pas réellement pris sur lui notre péché. Ce qui a rendu Jésus vainqueur de cette épreuve, c’est sa confiance en l’Amour de son Père malgré tout. Il espérait contre toute espérance.

En ressuscitant Jésus, le Seigneur annonce à tout homme que pour entrer en communion avec lui, il ne s’agit pas de se présenter pur de tout péché, mais de demeurer confiant dans la capacité d’Amour du Père à nous purifier, si nous demeurons tournés vers lui dans la confiance. Ste Thérèse de l’E.J. a parfaitement compris cette révolution spirituelle de la Bonne Nouvelle de Jésus. Un saint, dira-t-elle, ce n’est pas une personne qui ne tombe jamais, mais quelqu’un qui se relève toujours avec la main de Dieu. Au matin de Pâque, Dieu notre Père a relevé de sa main celui qui avait pris sur lui le péché du monde, et qui n’a pas désespéré.

Nous comprenons donc mieux l’erreur d’Adam telle que le livre de la Genèse nous le rapporte. Certes, il y a la désobéissance, mais il y a aussi son manque de confiance en Dieu : il découvre sa faiblesse, qui s’exprime par sa nudité, alors il se fabrique une protection et va se cacher, puis rejette sur l’autre sa faute. Que ce serait-il passé s’il avait osé la confiance, s’il n’avait pas eu peur de sa faiblesse et s’il avait couru vers Dieu quand il venait le voir à la brise du jour ? La vie de Jésus nous le dit : Adam aurait reçu la vie nouvelle dans l’Esprit Saint. Voilà la révolution spirituelle : n’ayez pas peur de vos fautes, la voie de la confiance en l’Amour de Dieu vous conduit à la vie éternelle. L’amour miséricordieux brûle en un instant toutes les fautes de ceux qui se tournent vers le Père. Qui condamnera puisque c’est Dieu Notre Père qui justifie !

La résurrection de Jésus nous montre que rien, sinon notre liberté, ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Avec la confiance, tout est possible. Celui qui a été identifié au péché du monde, Dieu l’a ressuscité car il s’est totalement appuyé sur l’Amour du Père. Nous qui n’avons qu’une partie du péché du monde, si nous gardons confiance en l’amour miséricordieux du Père, nous aurons part à la vie éternelle. La résurrection du Christ est le sceau de la victoire de la justification par l’Amour et de la confiance, c’est-à-dire par la Foi, sur la justification par la Loi. N’ayons pas peur d’ouvrir pleinement notre cœur à l’Amour du Père, c’est lui qui nous purifie pour pouvoir vivre de sa vie éternelle. Amen !

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.