Pâques (7e semaine)

Que brille devant toi cette lumière
Demain se lèvera l’aube nouvelle
D’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils.
Et que règnent la paix, la justice et l’amour,
Et que passent tous les hommes
De cette terre à ta grande maison.

Oraison qui conclut la 3e lecture de la vigile pascale, évoquant la libération d’Israël par le passage de la mer Rouge

Icone de la Résurection Quelle exultation pour nous qui sommes arrivés, après ces semaines de Carême, chemin de libération, au terme ou disons plutôt à ce moment où nous entrevoyons non seulement le Royaume où notre Père nous attend : « venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde », mais aussi toute la richesse dont nous disposons déjà en vivant du Christ Ressuscité, en ayant la certitude que sa Victoire sur le péché, la mort, ne l’a pas éloigné de nous, mais au contraire il nous rejoint chaque jour sur notre chemin et c’est pour nous faire avancer en partageant sa Liberté et la plénitude de son Amour (reportons-nous à l’épisode des disciples d’Emmaüs, Lc 24, 13-35 ; reprendre également les différents récits des apparitions du Christ ressuscité à ses apôtres, finissant de les préparer pour prendre le grand large de l’Evangélisation du monde).

« Chantons le Seigneur car il a fait éclater sa gloire ». Il a vaincu la mort, il nous a libérés de nos servitudes et nous voilà vivant de son souffle, de son Esprit Saint : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 2, et c’est le soir de Pâques). « Vous avez été justifiés par l’Esprit de Dieu » (1 Cor 6, 11). « L’Esprit Saint a été répandu dans nos cœurs » (Ro 5, 5). « Si l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit ».

Oui, quelle richesse est la nôtre, pèlerins de cette terre ! En cette célébration de cette fête de Pâques, et durant ces cinquante jours qui nous acheminent vers la Pentecôte, que Dieu « illumine les yeux de vos cœurs pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite « (Eph 1, 17-23).

Nous voilà libres par Jésus (cf Jn 8, 32-36 : la vérité vous rendra libres… si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres). Libres comme Israël après la traversée de la mer Rouge (libre de l’esclavage et de la mort). Mais que ferons-nous de cette liberté ? Après la sortie d’Egypte, les Israélites sont engagés sur un chemin inconnu ; ce qui compte le plus, ce n’est pas de posséder, de jouir des fruits de la Terre Promise, mais de communier à Dieu, de s’attacher à Lui, c’est l’Alliance d’amour qui est la raison d’être de cette traversée du désert, chemin de libération indispensable où avant le rendez-vous du Sinaï, Dieu éduque son enfant (Osée 11, 1), lui donne un cœur de fiancée (Jérémie 2, 2). Pour cela, Israël doit être libéré de son manque de foi, de confiance et d’abandon. Et après le Sinaï, il lui faudra monter et prendre possession de la Terre Sainte où, malgré la Présence de Dieu (le Tabernacle, le Temple), la lumière de sa Loi, de son esprit de sagesse, de sa miséricordieuse tendresse, Israël aura for à faire pour aller à la rencontre du Messie, son Sauveur, le Dieu de la nouvelle Alliance.

Si Pâque est pour nous la fête de notre libération, que ferons-nous de cette liberté ?

« La liberté est remise entre nos mains. Nous pouvons la mener jusqu’à ce dialogue libérateur de la communion avec la Présence Infinie. Nous pouvons la galvauder dans le repliement sur soi. La liberté vraie engendre un espace où l’homme peut respirer et trouver sa joie et son accomplissement. La liberté a une structure. La liberté est une exigence : la plus profonde, la plus totale, la plus radicale, parce que, justement, chaque acte vraiment libre est un acte originel, comme chaque faute vraiment libre est une faute originelle. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que, en chaque acte vraiment libre, j’engage tout mon être. Il y va, comme dit Paul Tillich, de la totalité de mon être. Dans chaque acte libre, totalement libre, je me choisis moi-même ; dans chaque acte totalement libre je pose mon moi ou comme possessif ou comme oblatif ; dans chaque acte totalement libre je me construis, je me fais être, je me crée moi-même ; ou je me décrée, si je m’enferme dans mon moi possessif. La liberté, c’est cela : ne pas subir sa vie mais avoir prise sur elle, uniquement en la donnant…

« …Notre liberté est un moyen de faire de notre dépendance même la plus parfaite oblation de notre amour. La liberté est un devoir beaucoup plus qu’un droit, car c’est le don de soi-même au bien. Si l’homme est libre, c’est qu’il a cette vocation merveilleuse de se donner à Dieu. On ne se sent vraiment libre, on n’est comblé qu’en face des êtres qui portent en eux un espace illimité où une présence infinie se respire. » (Maurice Zundel) La liberté qui nous appelle est alors offrande, amour, chant. Il faudrait des images de source, de danse, d’oiseau pour l’évoquer. « Qu’est-ce que la liberté, en effet, sinon le pouvoir de se donner et de tout donner en se donnant ? » (Maurice Zundel)

Cette liberté et cet amour auxquels nous aspirons du plus profond de notre être, où en est la Source et la Plénitude ? Ils sont en Dieu. Et Jésus est là pour nous les faire contempler dans une humanité comme la nôtre, pour nous y faire participer progressivement.

Permettez-moi une dernière citation de Maurice Zundel, car même si nous ne sommes pas encore arrivés au terme de notre voyage, elle nous plonge en ce Dieu tout Amour qui a fait de notre cœur de pauvre sa demeure : « Il faut pour cela remonter à la Trinité Divine car le Dieu qui se révèle en Jésus Christ, le Dieu qui est Jésus Christ, est un Dieu qui se communique, c’est un Dieu qui n’a de prise sur Lui-même précisément qu’en se communiquant, c’est un Dieu qui loin de se posséder Lui-même, n’existe que sous forme de don. Car la vie divine éternellement circule du Père au Fils et du Fils et du Père dans le Saint-Esprit dans une éternelle communion d’amour. Ce Dieu-là qui resplendit dans la Personne de Jésus-Christ, ce Dieu-là est un Dieu libre. C’est un Dieu-Esprit, car être esprit, c’est cela même : être esprit ce n’est pas se subir soi-même, c’est circuler dans la transparence de soi sans rencontrer de limites parce que l’être tout entier n’est plus qu’un élan d’amour…

… ce Dieu qui n’existe qu’en se donnant, de quel monde peut-il être le Créateur si non d’un monde libre, libre jusqu’aux fibres de son existence. Il a voulu ce Dieu-Esprit, une création qui fut esprit, comme Jésus le suggère à la Samaritaine. Oui, Dieu, Dieu est libre de soi, Dieu n’adhère pas à soi, Dieu est entièrement donné, Dieu est souverainement libre à l’égard de Lui-même et c’est pourquoi il va susciter des esprits en les appelant à vivre comme une source, à vivre comme une origine, à faire jaillir son existence d’un pur élan d’amour.

Nous voyons donc immédiatement ici le caractère nuptial de la Création. Il ne s’agit pas d’un monde d’esclaves ou de robots, il s’agit d’un monde libre, libre de la vraie liberté qui est d’être libre à l’égard de soi-même, libre de la vraie liberté qui consiste à ne pas se subir soi-même mais à se prendre tout entier pour renouveler son existence intégralement en la donnant de bout en bout, en la donnant totalement à Celui qui nous la donne en se donnant totalement » (La Parole comme une Source, de Maurice Zundel pages 302-303 Edition Cl. Sigier et Desclée).

Thérèse au Lys Thérèse a été pour nous un signe vivant sur notre chemin de la libération, quel « Phare » Jésus a voulu placer sur le candélabre ! « Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mat 5, 16) ; Lumière accessible : comme nous elle a parcouru un chemin de la libération. Elle est devenue une « Icône vivante de Dieu » en assumant son être, « faisant la vérité » pour atteindre à la Lumière, acceptant ses limites, sa faiblesse, sa fragilité, ses imperfections, mais aussi bien consciente des prévenances de Dieu pour elle, « pauvre petit néant », elle a puisé sa force, son espérance dans « la folie d’amour de Jésus », dans l’infinie de la miséricorde divine. Elle a toujours voulu être une sainte, une « grande sainte », pour répondre aux appels de l’Amour. « A nous pour amour ». Libre et n’être qu’amour. Terrain parfaitement libre (Ms A 79 v°), elle a été cette rose effeuillée jusqu’au dernier pétale (Poésie n° 51), un cœur libre à l’image du cœur de Jésus et qui, pour cela, continue et continuera jusqu’à la fin du monde, de « passer son Ciel à faire du bien sur notre terre ».

« Ma vocation, c’est l’Amour…
dans le cœur de l’Eglise, ma Mère,
je serai l’Amour,
ainsi je serai tout…
ainsi mon rêve sera réalisé… »