Paraphrase du cantique de Saint Siméon

APRÈS LA COMMUNION

Paraphrase du Cantique de Saint Siméon.

Je vous possède, ô le Dieu de mon âme ! Vous avez daigné y entrer, en faire votre nouveau Temple, l’honorer de toutes les prérogatives inséparables de votre divine présence. Souffrez, ô mon Jésus ! que je donne dans ce moment tout l’essor aux sentiments de ma reconnaissance, et que je les épanche devant ce trône d’où viennent de couler sur moi tant de bienfaits. Puis-je mieux les célébrer, qu’en empruntant les expressions d’amour et de joie dont Siméon fut pénétré dans cet heureux jour ; il vous tint entre ses bras, il vous contempla, il vous adora ; mais ce ne fut pour lui qu’un dépôt passager ; il ne goûta que quelques instants le bonheur de la possession précieuse qui lui était confiée.

Plus favorablement partagée, j’ai contracté avec vous une intime union ; elle ne sera point bornée à cette solennité ; elle se reproduira chaque fois que vous vous donnerez à moi dans le Sacrement des Autels ; ma foi m’y annoncera votre auguste présence, et avec elle tous les biens les plus salutaires pour mon âme. Ils seront toujours tardifs pour moi, ces jours fortunés où j’aurai la gloire d’être admise à votre banquet ; mais leur délai ne servira qu’à accroître mon ardeur et ma confiance, quand retrouverai-je encore le bonheur de vous posséder ? Ah ! je donnerai alors toute la liberté à ma juste gratitude, et je vous dirai avec le saint vieillard auquel vous fûtes présenté par les mains de Marie : rien n’est digne, Seigneur d’occuper mon cœur sur la terre, quand j’ai l’avantage de vous posséder. Vous seul pouvez, selon votre parole, me donner cette paix que vous répandez dans l’âme où vous habitez.

Vous venez de choisir la mienne pour votre Sanctuaire ; daignez en bannir tout ce que l’amour de moi-même, et l’esprit du monde y pourraient encore semer de trouble et de confusion ; régnez au-dedans de moi avec toutes les vertus qui me conserveront dans votre grâce ; vous réunissez toutes les richesses du salut ; je les possède, en vous possédant, Auteur de toute sainteté. Que le péché respecte donc désormais le cœur où vous venez d’établir votre demeure ; je vous l’offre, ô mon Dieu, ce cœur qui vous appartient à tant de titres ; vous l’aimez, vous vous plaisez à y habiter. C’est tout le désir qu’il forme dans ce moment ; et jamais en forma-t-il qui fut plus ardent et plus sincère ! Quel autre avantage pourrait en effet piquer mon ambition ? Que manque-t-il à mon bonheur, tandis que vous vivrez en moi, et que je vivrai en vous ? Voilà ce que vous avez promis de faveurs à ces âmes fidèles qui s’approchent dignement de votre Sacrement d’amour ; que je sois assez heureuse moi-même pour les recueillir, pour y persévérer, et pour couronner l’empressement que j’ai eu de vous recevoir, par des œuvres de lumière qui publient votre libéralité et ma reconnaissance.