Ve Centenaire Ste Thérèse d’Avila

« Pour vous, je suis née » - Document du Chapitre général des Carmes déchaux

Texte final transmis par le Définitoire général

« Je suis à Vous, pour Vous je suis née, que voulez-Vous faire de moi ? »

Proposition pour la préparation de la célébration du Ve Centenaire de la naissance de sainte Thérèse de Jésus (2015) par le Chapitre Général des Carmes déchaux.

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Introduction

1. Le poème dont le premier vers donne son titre au présent document témoigne d’une vie qui se reçoit de l’amour de Dieu et s’offre à lui en retour. Cette vie est celle de sainte Thérèse de Jésus, notre Mère. Son expérience spirituelle lui a permis de vivre les vérités révélées à un degré éminent de telle sorte qu’elles sont devenues d’une certaine manière constitutives de sa propre personne [1] : dans le Christ, l’être humain créé par Dieu à son image, est racheté ; par lui, chaque personne est appelée et attendue ; avec lui, nous sommes conduits au salut ; à son exemple, la personne se réalise moyennant l’obéissance au dessein du Père. Cependant, cette expérience spirituelle de notre Mère Thérèse de Jésus ne se limite pas à une réalité personnelle qui ne concernerait qu’elle, car elle est aussi à l’origine de notre appel : « Le commencement de notre famille au sein du Carmel et le sens profond de notre vocation sont étroitement liés à la vie spirituelle et au charisme de sainte Thérèse et surtout aux grâces mystiques sous l’impulsion desquelles elle conçut le projet de renouveler le Carmel, totalement orienté vers l’oraison et la contemplation des réalités divines, dans la fidélité à l’Évangile et à la Règle ‘primitive’ [2] ».

2. Ainsi, « notre genre de vie apparaît donc clairement avant tout en ces deux Saints [sainte Thérèse et saint Jean de la Croix] et trouve sa forme et son expression dans leurs écrits, en sorte que les charismes qui les ont rendus illustres et l’idéal spirituel de vie qu’ils proposent, y compris en ce qui concerne la communion la plus profonde avec Dieu et l’expérience des réalités divines, ne doivent pas être considérés comme des grâces exclusivement personnelles, mais comme des réalités appartenant au patrimoine et à la plénitude de la vocation de notre Ordre [3] ». C’est pourquoi, dans le sillage de ce mouvement de retour aux sources, qui se produit dans la pensée et l’expérience de la foi chrétienne, et que l’Ordre a cherché à promouvoir à travers les derniers documents capitulaires, nous voulons, à l’occasion de ce 90e Chapitre Général (2009), revenir aux sources de notre charisme thérésien. Pour ce faire, nous proposons une lecture programmée – tant personnelle que communautaire – des écrits de sainte Thérèse, qui nous aidera à avoir une conscience renouvelée de notre identité et de notre mission dans l’Église d’aujourd’hui.

3. En outre, nous encourageons vivement cette lecture dans le cadre de la préparation du cinquième Centenaire de la naissance de sainte Thérèse de Jésus (2015), afin que le contact direct avec les écrits de la Santa Madre et leur lecture sapientielle nous permettent d’aller plus avant dans l’aventure humaine et spirituelle qu’elle a elle-même vécue et proposée. Nous voulons raviver en nous son esprit et nous imprégner de la sagesse qui émane de ses écrits, en abordant ceux-ci dans une attitude d’écoute, comme disciples et comme fils, afin de donner une nouvelle impulsion à notre vie au service de l’Église et du monde conformément à notre charisme thérésien. Nous recherchons ainsi dans sa parole une source d’espérance pour notre expérience humaine, chrétienne et carmélitaine.

4. Etant attentifs à l’appel à scruter les signes des temps, qui sont des signes de Dieu [4], notre invitation se situe dans le contexte d’un désir de spiritualité et d’un intérêt renouvelé pour les mystiques, perceptible actuellement chez nos contemporains. En effet, notre monde est en quête d’une spiritualité dynamique et profonde, enracinée dans l’Évangile et ouverte à la mystique, afin de pouvoir assumer l’insécurité et les incertitudes du temps présent. « Le fait que l’on enregistre aujourd’hui, dans le monde, malgré les vastes processus de sécularisation, une exigence diffuse de spiritualité, qui pour une grande part se traduit précisément par un besoin renouvelé de prière, n’est-il pas un « signe des temps » ? [5] ». Cette « exigence diffuse de spiritualité » des Temps modernes est en relation avec la grande tradition mystique chrétienne, et, particulièrement avec le témoignage des mystiques du Carmel : « Comment ne pas mentionner ici, parmi tant de témoignages lumineux, la doctrine de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse de Jésus ? [6] ».

5. Le présent document, fruit de la réflexion menée par les Carmes déchaux au cours de leur 90e Chapitre Général, est d’abord destiné aux Frères. Cependant, nous souhaitons qu’il constitue aussi une invitation adressée aux Carmélites déchaussées et aux membres de l’Ordre séculier, ainsi qu’à toute la famille thérésienne. Ainsi, nous voulons contribuer à réaffirmer les liens d’unité qui existent entre frères et sœurs, afin d’incarner et d’exprimer de cette manière la richesse du charisme de sainte Thérèse dans l’Église. Nous savons que la famille fondée par la Santa Madre est une famille ouverte, qui, tout au long de l’histoire, s’est enrichie de nouveaux membres, de nouvelles Associations, de nouveaux Instituts. Nous n’oublions pas non plus les jeunes vocations en tant que source de régénération pour le Carmel, à la manière dont les enfants sont source de régénération pour une famille. De façon toute spéciale, nous voulons inviter fraternellement nos sœurs Carmélites déchaussées à réaliser avec nous ce pèlerinage spirituel qui nous conduira à la célébration du Centenaire. En union avec elles et avec toute la famille du Carmel, nous désirons porter le flambeau du charisme thérésien, en accordant avant tout notre attention à la valeur essentielle de l’oraison vécue au cœur de l’Église et à la force apostolique que constitue le don généreux de nous-mêmes.

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Première partie. Les racines thérésiennes de notre charisme : contexte existentiel et clés de lecture

2I. Le cadre historique, socioculturel et religieux de la vie de sainte Thérèse2

6. L’environnement social qu’a connu sainte Thérèse est celui de la Castille du XVIe siècle. Il s’agit d’une époque fortement contrastée, dominée par l’aristocratie et caractérisée par une multiplicité de conventions sociales, de distinctions et de titres [7]. Thérèse, inévitablement prise dans le système de classes sociales de son temps, réagit dans le Livre de la Vie en critiquant les trois grandes valeurs mensongères de cette société : le culte de l’honneur, le désir des richesses et la recherche des plaisirs [8]. Sainte Thérèse naît et grandit à l’époque de l’expansion de l’Empire de Charles Quint (1516-1556) ; elle déploie son activité et sa personnalité sous le règne de Philippe II (1556-1598). La Castille d’alors cesse d’être une région repliée sur elle-même pour s’ouvrir à un horizon européen constitué principalement par l’Italie, la France et les Flandres.

7. En outre, Thérèse porte au plus profond d’elle-même le souci des problèmes de l’Europe, enferrée dans la guerre à cause de ses divisions religieuses, et menacée par l’Empire ottoman. Elle est aussi préoccupée par l’Afrique. Mais surtout, d’une façon toute spéciale, elle est sensible à l’immense réalité de l’Amérique et à ses problèmes. Thérèse avait à peine dix-sept ans lorsque commença l’exode de ses frères vers l’Amérique (qu’elle nomme toujours les Indes). À partir de ce moment, elle ne cessera jamais de tourner ses regards vers le continent américain. Pendant les deux dernières décennies de sa vie, les questions concernant les Indes firent partie intégrante de son paysage intérieur et devinrent même un facteur déterminant pour l’extension de son œuvre de fondatrice vis-à-vis des Frères. Tel un lieu commun, l’évocation de l’argent que Thérèse recevait des Indes, sert souvent à expliquer l’intérêt qu’elle porte à ce continent. C’est pourtant à un niveau bien plus profond qu’elle a vécu le problème de l’Amérique au sujet duquel elle connut d’ailleurs une évolution radicale. Bien que ses informations aient toujours été de première main, une impulsion décisive lui fut donnée en 1565, lorsque le missionnaire franciscain Alonso de Maldonado passa au Carmel de Saint Joseph d’Avila. Disciple de Bartolomé de las Casas, il était opposé à l’entreprise des conquistadors, et favorable à l’œuvre des missionnaires. En l’entendant, Thérèse fut profondément touchée, avec toute la sensibilité de son temps, et elle ne put faire moins que de se retirer dans un ermitage du jardin pour supplier Dieu en faveur de tant de millions d’âmes qui se perdaient là-bas. Soudainement, un immense horizon, totalement nouveau, s’était ouvert devant elle [9].

Remparts d'Avila 8. Dans la société espagnole du XVIe siècle, la femme ne jouait pas un rôle de premier plan et n’avait pas un grand pouvoir de décision. Elle avait difficilement accès aux sources de la culture, n’étant pas admise à l’université, ni dans d’autres centres d’étude ou de promotion. La lecture de livres spirituels en castillan ne lui était pas non plus permise. Thérèse protestera contre ces interdictions, qui avaient cours aussi à l’intérieur de l’Église : « N’est-il pas suffisant, Seigneur, que le monde nous tienne à l’écart, que nous ne fassions rien qui vaille pour vous en public, et que nous n’osions parler de quelques vérités que nous pleurons en secret ? Faudrait-il encore que vous n’écoutiez pas une aussi juste requête ? Je ne puis le croire, Seigneur, de votre bonté et de votre justice car vous êtes un juge juste, vous n’êtes pas comme les juges du monde qui, étant fils d’Adam et, enfin, tous des hommes, tiennent pour suspecte n’importe quelle vertu de femme [10] ». Sans l’avoir cherché, elle va participer à la promotion de la culture féminine. Elle s’intéresse à la littérature spirituelle de langue espagnole de la première moitié du XVIe siècle. En fondant le nouveau Carmel, elle exige que ses moniales soient capables de prier l’Office divin et d’aider au chant choral [11]. Lorsque peu après, une bergère analphabète originaire de El Almendral, Ana García, la future Anne de Saint-Barthélemy, frappa à la porte de Saint Joseph d’Avila, Thérèse rompit avec le critère qu’elle avait établi, et la reçut. Elle lui apprit elle-même à lire et à écrire. Dans le nouveau Carmel, Thérèse sera amie des livres, des lettres et des théologiens, aimant les chants populaires… et les poèmes de frère Jean de la Croix. À la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, tout un cortège de Carmélites « femmes de lettres » marchera dans ce sens. Parmi elles, se distinguent Marie de Saint-Joseph, Cécile de la Nativité et Anne de la Trinité (de Calahorra).

9. Du point de vue religieux, la société castillane est une société théocratique, et presque uniformément catholique. Les juifs avaient été expulsés d’Espagne en 1492. Tous les descendants de juifs convertis étaient suspectés de persévérer dans leurs anciennes croyances et faisaient l’objet de surveillance. Le moindre contact avec la Réforme protestante était réprimé. Il ne restait que quelques noyaux très réduits de musulmans (Maures). Dès son enfance, Thérèse fera allusion au pays des Maures, comme à une terre hostile où il était possible d’être martyrisé [12]. Elle-même et sa famille eurent à se laver de soupçons pesant sur la pureté de leur sang en défendant l’absence d’ascendance juive dans leur lignage. L’opinion de Thérèse au sujet de la Réforme protestante est connue. Elle est en cela dépendante du contexte politico-religieux dans lequel elle vivait [13].

10. La société espagnole du Siècle d’Or était ostensiblement religieuse dans sa structure, ses usages et sa sensibilité. La religiosité populaire est ainsi présente à tous les niveaux de la vie sociale et exerce son influence sur l’ensemble de la culture. Dès son enfance, Thérèse a baigné en famille dans cette ambiance. Ensuite, durant toute sa vie religieuse, elle a vécu cette forme de religiosité selon des modalités différentes, et en contrepoint de la liturgie conventuelle. Enfin, elle l’a intégrée, sur un mode purifié, à sa vie mystique. Chez Thérèse, cette présence conjointe de la religiosité populaire et de la vie mystique est vraiment remarquable. En effet, jour après jour, elle expérimente « la grande beauté du visage du Christ », elle vit un profond sentiment de communion avec la Trinité, etc. Et en même temps, dans la pratique quotidienne et communautaire, elle ne peut pour ainsi dire pas se passer des images [14], de l’eau bénite, des processions, des chants populaires. Dans l’Église et la société espagnoles du Siècle d’Or, l’Inquisition fut une des institutions les plus déterminantes. Ce fut aussi le cas dans la vie de Thérèse. En effet, sa personne, ses grâces mystiques [15], ainsi que le premier de ses écrits, le Livre de la Vie, furent l’objet d’investigations de la part de l’Inquisition. Mais Thérèse ne succomba pas pour autant à la crainte inquisitoriale qui se répandait en Castille.

11. l’Église, pour Thérèse, s’identifiait au clergé et à la hiérarchie conformément à l’esprit du temps à l’époque de Philippe II. Le clergé formait la classe sociale la plus proche de la sienne, mais aussi la plus influente concrètement dans la vie d’une religieuse comme elle. Elle était en relation avec les divers échelons de la hiérarchie ecclésiastique. Elle avait une haute estime pour les évêques qu’elle connaissait, mais elle portait par-dessus tout un regard très positif sur le clergé. Pour elle, le prêtre n’est pas un fonctionnaire, mais bien plutôt un porte-drapeau, une sorte de capitaine des chrétiens. C’est un défenseur de la cause du Christ [16]. Dans l’histoire de l’Église, Thérèse s’inscrit dans le cadre des courants réformateurs castillans et dans le mouvement de la Réforme catholique qui commença au milieu du XVIe siècle et qui fut promu d’une façon particulière par le Concile de Trente. Un tel mouvement chercha à insuffler dans l’Église un esprit nouveau, capable d’animer la vie chrétienne, les arts, la théologie et les séminaires.

12. La vie mystique de Thérèse et son désir de fonder, dans un esprit et un style nouveaux, une petite communauté contemplative précédèrent le Concile de Trente, même si par la suite ils coïncidèrent avec la célébration et la mise en œuvre de ce Concile, qu’elle appelle fréquemment le saint Concile. Cependant, Thérèse n’est pas une réformatrice de plus de la vie religieuse, mais la dépositaire d’un charisme et l’inspiratrice d’un style de vie ecclésial marqué par son humanisme chrétien. Ouverte à une transcendance comprise comme communion à l’amour trinitaire et amitié avec le Christ, Dieu et homme, compatissant à nos faiblesses, sainte Thérèse tient en haute considération la personne et estime les vertus humaines [17]. Son bien le plus personnel tient à un mysticisme prophétique et à une expérience intense qui s’expriment en des paroles qui nous convoquent, nous inspirent et nous interpellent, constituant ainsi un témoignage à caractère social et ecclésial.

13. De façon simple et concrète, sainte Thérèse décrit, en quelques mots, la valeur de la formation chrétienne qu’elle a reçue dans sa famille : « Le fait d’avoir des parents vertueux et craignant Dieu, joint au secours que le Seigneur m’accordait, aurait suffi pour me rendre bonne si ma misère n’avait été si grande [18] ». Le tableau ébauché par Thérèse quand elle retrace le portrait de sa famille dans les premières pages du Livre de la Vie est dépeint avec précision, de manière franchement positive. Il est empreint d’un sain humanisme chrétien. La personnalité de son père, don Alonso, est celle d’un homme droit, ami de la vérité, modéré, jouissant d’une bonne position sociale, féru de lecture, familier de l’Eucharistie, rempli de charité pour les pauvres, plein d’attention pour les malades et pour ses domestiques [19]. La personnalité de doña Beatriz, sa mère, en est très proche : elle était patiente dans les souffrances, réservée, très paisible et fort intelligente, portée à cultiver la piété mariale de ses enfants ainsi que les autres vertus chrétiennes [20]. Thérèse, qui assuma sa mission de Mère des spirituels avec tant de zèle et de force, au sein de ses Carmels et au dehors, joua aussi ce rôle pour les membres de sa famille. Elle s’intéressa d’abord, comme moniale, à la vie spirituelle de son père [21]. Elle se soucia ensuite, comme mystique, de la vie spirituelle de ses frères.

14. C’est sur cette toile de fond que Thérèse a réalisé le discernement de sa vocation, entre 18 et 20 ans, période au cours de laquelle elle entra au monastère des Carmélites de l’Incarnation. Là, elle eut conscience de s’inscrire désormais dans une tradition spirituelle pluriséculaire, fortement inspirée par la Bible et fondée sur la Règle. La Règle du Carmel est, après la Bible, le texte auquel la Santa Madre fait le plus souvent allusion. Rédigée dans la première décennie du XIIIe siècle, elle fut ensuite amendée, puis approuvée en 1247, sous le pontificat d’Innocent IV. C’est cette dernière version que Thérèse appelle Première Règle, ou Règle primitive [22]. Dans les premières pages du Chemin de perfection, elle dit à ses moniales que, en fondant le petit recoin de Saint Joseph d’Avila, « [elle a] prétendu faire respecter la Règle de Notre-Dame et Souveraine, selon sa perfection première [23] ». Les éléments de la Règle qu’elle a assimilés le plus fortement sont la pauvreté évangélique [24], la prière [25], la solitude en cellule [26], le silence [27], le travail et l’exemple de saint Paul. À cela il faut ajouter le lien traditionnel établi entre la Règle et la Vierge Marie présentée comme un modèle à imiter. C’est pourquoi Thérèse appelle habituellement la Règle du Carmel Règle de la Vierge ou Règle de Notre-Dame du Mont-Carmel [28].

Thérèse d'Avila, grâce du mariage spirituel15. Pendant les vingt-sept années qu’elle a passées à l’Incarnation, Thérèse a vécu une profonde croissance spirituelle. La lecture de saint Augustin et la vue d’un Christ très blessé provoquèrent une évolution définitive dans sa vie religieuse [29]. À l’Incarnation, elle reçut les grâces mystiques qu’elle a relatées dans le Livre de la Vie : depuis ces grâces christologiques, qui centrèrent sa vie mystique sur l’expérience de la sainte humanité du Christ [30], en passant par celle de la transverbération [31], elle bénéficia de grâces charismatiques, qui la conduisirent à fonder un nouveau Carmel. C’est là aussi que se produisit, en 1554, le fait décisif qui changea le cours de sa vie, alors qu’elle était Carmélite depuis presque vingt ans. Elle le relate au chapitre neuvième de son récit autobiographique. Ce n’est pas à proprement parler une victoire dans la lutte qu’elle avait menée pendant les dix années précédentes, mais plutôt l’ouverture de son horizon à une nouvelle manière d’entrer en relation avec Dieu et de se confronter à la vie de chaque jour. Elle le décrit ainsi : « J’avais déjà goûté, mais d’une manière rapide et transitoire, les prémices de la faveur que voici. Pendant que je me tenais en esprit auprès de Jésus-Christ de la manière indiquée plus haut, ou bien au milieu d’une lecture, j’étais saisie soudain d’un vif sentiment de la présence de Dieu. Je ne pouvais alors aucunement douter qu’il ne soit en moi ou que je ne sois moi-même tout abîmée en lui [32] ». C’était en vérité le commencement de la vie mystique, d’une nouvelle manière de prier et de vivre. Cela eut des conséquences qu’elle ne pouvait prévoir, car cette expérience d’une vie nouvelle donnera bientôt naissance à un nouveau Carmel. C’est ainsi que débute la seconde période de sa vie (1554-1582), marquée par de fortes expériences mystiques, dont Jean de la Croix, confesseur au monastère de l’Incarnation, sera le témoin durant le triennat où Thérèse assume la charge de prieure (1571-1574). Cette période est également marquée par une intense activité d’écrivain et de fondatrice, à laquelle Jean de la Croix sera également associé, et qui se poursuivra pour ainsi dire jusqu’à sa mort.

2II. Clés pour la lecture de ses écrits2

16. Les œuvres de Thérèse de Jésus sont avant tout des relations de ses propres expériences mystiques. Celles-ci constituent la toile de fond de ses premiers écrits : grâces christologiques singulières [33] et grâces anthropologiques, qui lui donnent une nouvelle compréhension d’elle-même ou du paysage de l’âme [34]. Ces expériences ont un caractère fortement dynamique : c’est à partir de sa contemplation que Thérèse se sent poussée à fonder un nouveau Carmel et à écrire [35]. L’ordre donné par ses conseillers spirituels, qui s’intéressent de près à ses expériences mystiques, décide Thérèse à rédiger le premier de ses livres, le Livre de la Vie (1562 et 1565). Mais en même temps, elle déclare elle-même qu’elle y est poussée par un élan intérieur [36]. En revanche, elle entreprend la rédaction du Chemin de perfection (1566) à la suite des demandes insistantes des moniales de la nouvelle fondation de Saint Joseph d’Avila, qui, étant au courant des grâces mystiques reçues par la Santa Madre, aspirent à entrer en résonnance avec son expérience. Cinq ou six ans plus tard (1573), elle entreprend la rédaction du Livre des Fondations. Sur l’ordre de son confesseur, le P. Ripalda, elle poursuit ainsi le récit qu’elle avait commencé dans les chapitres 32 à 36 du Livre de la Vie, mais là encore, ce fut aussi sous l’impulsion d’un appel intérieur à écrire [37]. Enfin, en 1577, elle compose le Château intérieur (Livre des Demeures). Ce dernier ouvrage prolonge le Livre de la Vie, non pas au niveau narratif [38], comme le fait le Livre des Fondations, mais au niveau de l’expérience mystique [39]. Elle l’écrit afin de compléter le panorama des expériences intérieures, de telle sorte que celles-ci servent de paradigme pour le processus de toute vie spirituelle chrétienne.

17. Enracinée dans la Bible, dans la Parole de Dieu et dans les mystères que célèbre la liturgie, Thérèse est devenue un guide extraordinaire sur les voies qui conduisent à cette expérience de Dieu, qu’elle a elle-même vécue. En effet, sainte Thérèse écrit à partir de son expérience [40] afin d’éveiller chez ses lecteurs la conscience de leur propre expérience : « Il est difficile de donner une notion exacte de ce dont on n’a pas l’expérience [41] ». De là provient son souci d’écrire, non seulement pour expliquer et communiquer des connaissances, mais avant tout pour affriander son lecteur afin de l’encourager à s’engager sur un chemin qu’elle même parcourt. L’expérience de Dieu par grâce (1544-1554), l’expérience de la personne de Jésus-Christ (1560) et l’expérience du mystère trinitaire (1571) sont les noyaux centraux autour desquels gravite toute la spiritualité thérésienne.

18. Pour Thérèse, la Bible constitue le critère suprême de vérité et la source de la vie de prière [42]. Outre l’imprégnation biblique qu’elle recevait notamment de la prédication et de la prière liturgique, elle put lire le texte de trois livres sacrés se trouvant au milieu d’autres écrits spirituels : le texte intégral de la Passion selon les quatre évangiles grâce au Flos Sanctorum ; le Livre de Job, dont le texte se trouve disséminé à travers les Morales de saint Grégoire ; divers textes bibliques se référant à l’histoire et au mystère de Jésus et présents dans la Vita Christi de Ludolphe de Saxe le Chartreux. Il faut souligner aussi la présence importante de la Bible dans les écrits de Thérèse : Cantique des cantiques, Évangiles, Lettres de saint Paul, figures bibliques, etc. De tout cela, nous pouvons déduire qu’elle était parvenue à un véritable sens biblique et à une haute estime de l’Écriture : « Tous les maux qui arrivent dans le monde viennent de ce que l’on n’a pas une parfaite connaissance des vérités de l’Écriture [43] ». Elle apprécie le savoir des théologiens pour autant qu’il découle de l’Écriture sainte : « Dans l’Écriture sainte qu’ils étudient sans cesse, ils rencontrent les véritables marques du bon esprit [44] ».

19. Par ailleurs, Thérèse s’initia à la vie liturgique au monastère de l’Incarnation, où elle intégra une communauté contemplative qui donnait une très grande importance à la prière liturgique et qui disposait d’un bon groupe de moniales pour la célébrer avec solennité. Cette prière était l’occupation principale, autour de laquelle gravitaient les autres activités ordinaires. Cependant, l’esprit liturgique de Thérèse a surtout grandi à la faveur de l’approfondissement de sa vie mystique. Cela lui a donné de pénétrer plus avant dans le mystère de la prière ecclésiale, qu’il s’agisse de la Liturgie des Heures ou plus encore du grand mystère de la célébration eucharistique [45], l’une et l’autre constituant les deux grands piliers de sa vie spirituelle : elle recevra dans un contexte eucharistique les grâces mystiques les plus éminentes.

20. L’oraison, thème central de tous ses livres, est comprise et vécue comme une amitié personnelle avec le Seigneur et la Sainte Trinité, et comme un acte inconditionnel d’offrande de soi à Dieu. L’oraison est la porte qui ouvre à la personne humaine l’espace d’intimité dans lequel elle peut rencontrer Dieu présent au plus profond de l’âme : « Je dirai seulement ceci. La porte par où les grâces de choix pénètrent dans l’âme, comme celles que Dieu m’a faites, c’est l’oraison. Une fois cette porte close, je ne sais comment il pourrait nous les accorder [46] ». C’est aussi le lieu où la Vérité se révèle et donne de connaître des vérités [47]. Sainte Thérèse comprend l’oraison avant tout comme une attitude de fidèle et patiente amitié avec le Seigneur. Elle nous recommande fréquemment de nous habituer à rechercher la compagnie de Celui qui nous accompagne toujours [48]. Pour elle, l’oraison « n’est pas autre chose qu’une amitié intime, un entretien fréquent, seul à seul, avec Celui dont nous nous savons aimés [49] ». Ainsi, dans son poème Pour Vous je suis née, elle peut chanter : « Si Vous le voulez, donnez-moi l’oraison, si non, donnez-moi la sécheresse […]. Souveraine Majesté, Je ne trouve la paix qu’en Vous disant : Que voulez-Vous faire de moi ? » L’essentiel réside dans cette disposition, qui importe plus que la possibilité de parvenir à des expériences contemplatives déterminées. Quant à ces moments que l’on consacre à l’oraison, « si peu fervente que soit cette oraison, Dieu en fait toujours grand cas [50] ».

Vitrail Ste Thérèse de Jésus et Jean de la Croix - Monastère de l'Incarnation Avila 21. Thérèse transmet sa propre expérience aux membres du Carmel rénové dans une double perspective. D’une part, portant son regard sur les origines, elle affirme avec insistance sa volonté de s’inscrire dans l’antique tradition spirituelle du Carmel : retour à la Règle primitive, au double modèle de la Vierge Marie et du prophète Élie, à la vie érémitique des anciens habitants du Mont Carmel [51]. D’autre part, elle se situe dans une perspective d’actualisation et d’innovation : elle exprime une volonté d’insertion dans l’Église de son temps et communique sa propre expérience religieuse et spirituelle au groupe de celles et ceux qui la suivent. La Madre Teresa enseigne la nouveauté d’une vie contemplative ayant une finalité apostolique, missionnaire et ecclésiale [52] et vécue dans le petit collège du Christ dans lequel toutes s’aiment et s’entraident [53]. Son intense expérience de Dieu et du Christ est le fondement de cette nouvelle vie, qui embrasse les deux perspectives précédentes et les intègre l’une à l’autre. A partir de Thérèse, cette expérience rejoint tous ceux qui la suivent : « Plus le temps s’écoulait, plus grandissait en moi le désir de contribuer au bien de quelques âmes. Souvent j’étais comme une personne qui tient en réserve un grand trésor et voudrait en faire part à tout le monde, mais qui se voit les mains liées et incapable de le distribuer [54] ».

22. Il est impossible d’oublier un autre élément essentiel de l’idéal de Thérèse, exprimé dans ses Constitutions, et que nous pourrions définir comme un humanisme thérésien au sein de la vie religieuse : forte valorisation de la personne, règle des deux heures quotidiennes de récréation parallèlement aux deux heures d’oraison mentale [55], etc. Déjà, dans le Chemin de perfection, Thérèse avait insisté sur les vertus humaines, une religieuse étant d’autant plus sainte qu’elle est plus affable [56], notamment en ce qui touche à la communion entre les personnes et les communautés, à l’obligation du travail personnel, à la lecture de livres bien choisis, au discernement des vocations et à un exercice de l’autorité fondé sur l’amour. Thérèse a réfléchi et élaboré ces lignes maîtresses pour les Carmels féminins. La transmission aux Déchaux se fit par l’intermédiaire du frère Jean de la Croix, à qui elle proposa le style de mortification, de fraternité et de récréation qui était en vigueur chez les moniales [57]. Ainsi, au regard des Frères, la Madre Teresa et Jean de la Croix incarnent pour toujours l’idéal du charisme thérésien [58].

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Deuxième partie. Pour une lecture actualisée de ses écrits

2I. De l’expérience de Thérèse à notre contexte actuel2

23. Le charisme qui jaillit de la vie et des écrits de la Madre Teresa s’est développé et enrichi au fil des siècles, grâce à une meilleure connaissance de ses œuvres et de son expérience charismatique, comme en témoignent les Constitutions des Frères aussi bien que celles des Moniales et de l’Ordre séculier. Grâce à cette prise de conscience renouvelée, « nous avons ou nous pouvons avoir aujourd’hui une connaissance de notre charisme comme jamais peut-être auparavant dans notre histoire. De nos jours plus que jamais, nos saints et la spiritualité qui s’identifie à notre famille sont appréciés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église. Les lecteurs les plus variés attendent légitimement de nous que nous leur fassions part de cette richesse. […] Toutefois, nous devons nous demander comment nous pouvons répondre, à partir de notre charisme, aux exigences des signes des temps dans l’Église et dans le monde, ainsi qu’aux grandes et légitimes aspirations humaines et religieuses des nouvelles générations, afin qu’elles puissent accomplir, de manière plus efficace et actuelle, la mission du Carmel thérésien en ce troisième millénaire [59] ». Autrement dit, « il importe pour cela de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations et les angoisses souvent dramatiques qui le caractérisent. [60] » Il faut également se souvenir que la vocation de la personne à l’union avec Dieu constitue le fondement majeur de la dignité humaine [61]. Le charisme thérésien, comme nous l’avons dit, s’est forgé au creuset de la puissante expérience mystique de l’oraison, parvenant à son plein épanouissement à la lumière des événements culturels et religieux d’une époque à laquelle sainte Thérèse a tenté de répondre à partir de son expérience propre, telle qu’elle s’exprime dans ses écrits, et au moyen de son œuvre de fondatrice. C’est une mystique incarnée dans la réalité historique, à l’écoute des événements et engagée dans le service.

24. L’exemple de la Madre Teresa requiert de nous une conscience et un discernement de tout ce qui se passe autour de nous, dans un monde marqué par la sécularisation, la postmodernité, l’athéisme et l’incroyance, surtout en Occident d’où une culture globalisée tend à imprégner d’autres aires géographiques. Cependant, paradoxalement, les signes d’un nouveau réveil religieux et la recherche d’une spiritualité qui répondrait aux inquiétudes les plus profondes de l’être humain, sont de plus en plus nombreux. La mystique, en tant qu’appropriation de l’expérience de la foi, apparaît comme une nécessité pour que le XXIe siècle puisse demeurer chrétien. En même temps, on observe une crise d’identité de l’homme contemporain, que l’on prétend définir sans aucune référence à Dieu. Cela porte atteinte à sa dignité et aux valeurs transcendantes inscrites en son être, car l’homme est un sujet ouvert, comme par une blessure, à la passion de l’Absolu. La spiritualité thérésienne, centrée sur l’homme compris comme demeure de Dieu, capable de communion avec lui et accueillant à sa présence au centre du Château, nous aide à prendre conscience de sa dignité, mais aussi de la menace que la culture actuelle fait peser sur elle. Ainsi, éduquer l’homme à l’attitude contemplative, à l’école de sainte Thérèse, c’est l’aider à découvrir son identité véritable.

25. Outre cette crise d’identité de l’homme et le phénomène de l’incroyance, il convient de souligner une situation d’injustice, de pauvreté et d’exclusion. Cette situation a aussi quelque chose à voir avec la révélation de Dieu et la possibilité pour l’homme d’y répondre à la lumière de l’expérience thérésienne. Une spiritualité chrétienne qui veut assumer de façon féconde les défis du XXIe siècle devra nécessairement s’affronter à la réalité de la pauvreté. La préoccupation pour les pauvres fait manifestement partie des sources de la révélation chrétienne. L’expérience de Dieu ne peut être vécue dans l’isolement, dans l’indifférence, dans le manque d’attention aux souffrances des hommes. Une contemplation qui ne se soucierait pas de cette détresse lancinante de notre société est bibliquement haïssable. Il en va ainsi pour tout culte rendu à Dieu dans l’indifférence à la souffrance du pauvre et du laissé pour compte, selon la dénonciation qu’en ont fait les prophètes.

26. L’enracinement existentiel dans l’Évangile est un des signes du renouveau de la vie religieuse et, plus largement, du christianisme actuel. Le Concile Vatican II appelle en ce sens à un retour constant aux sources de la vie chrétienne et à une suite du Christ comprise comme norme suprême de vie évangélique [62], dans la ligne du charisme des fondateurs, fruit de l’Esprit Saint toujours à l’œuvre dans l’Église. Tout charisme, en tant qu’expérience de l’Esprit, actualise une lecture renouvelée de l’Évangile, qu’exprime une spiritualité nouvelle, ouverte sur son époque, constamment approfondie et développée grâce aux dons de ceux qui en vivent [63]. Le Christ est l’Évangile en personne, centre et norme ultime de toute vie consacrée, origine et finalité de tout charisme. Le charisme thérésien constitue une manière originale de lire l’Évangile, de contempler le Christ et d’être configuré à lui selon un aspect de son mystère.

Christ à la colonne - Monastère de l'Incarnation Avila 27. L’originalité de Thérèse, à savoir son charisme dans l’Église, lui vient précisément de cette configuration au Christ. Celle-ci est le fruit d’une connaissance expérimentale, c’est-à-dire de son expérience mystique christocentrique [64] ; etc.. En ce sens, son charisme est un charisme authentique et constitue une véritable nouveauté dans la vie spirituelle de l’Église [65]. Cette nouveauté et le retentissement positif qu’elle eut en vertu de ce qu’elle apportait comme progrès qualitatif à la spiritualité chrétienne, s’expliquent justement par le fait que Thérèse proposait une nouvelle manière de vivre l’Évangile, qui répondait aux inquiétudes de son temps, et d’une certaine façon, aux nécessités de tout temps. Cela explique aussi la large diffusion de ses écrits, qui sont une initiation à l’expérience chrétienne. Tout cela détermine la mission du Carmel déchaussé d’aujourd’hui : vivre intensément le charisme thérésien, initier l’homme d’aujourd’hui à l’expérience contemplative thérésienne à la lumière des signes des temps et travailler à la diffusion de ses œuvres.

2II. Quelques éléments centraux de l’expérience et de la doctrine de Thérèse2

28. L’expérience de Thérèse est éminemment personnelle et christocentrique en consonance avec la sensibilité religieuse et l’expérience de la foi chrétienne de notre temps. Elle se vit entièrement par la médiation irremplaçable de Jésus-Christ : « J’ai reconnu manifestement que c’est la porte par où nous devons entrer, si nous voulons que la souveraine Majesté nous découvre de hauts secrets [66] ». L’essentiel de la mystique thérésienne consiste en une perception de l’humanité glorifiée du Christ, soutien de notre être et vie de notre vie [67]. Thérèse vécut cela depuis sa conversion [68] et jusqu’à la découverte du Christ en tant que livre vivant qui donne à voir des vérités et qui « imprime si vivement dans l’âme ce qu’elle doit connaître et pratiquer, qu’il lui est impossible de l’oublier [69] ».

29. Si le Christ est le fondement et le contenu de la mystique thérésienne, l’expérience théologale de l’oraison est la caractéristique la plus spécifique du charisme thérésien, celle qui explique l’originalité du nouveau Carmel et justifie la fonction magistérielle des écrits de Thérèse. Comme l’a rappelé Paul VI à l’occasion de la proclamation officielle du Doctorat, Thérèse a exercé cette fonction magistérielle « au sein de sa famille religieuse, dans l’Église et dans le monde, au moyen de son message permanent et actuel, le message de l’oraison ». En effet, sa redécouverte de la contemplation comporte des propositions concrètes, qui font de l’oraison un exercice accessible à tous les chrétiens [70]. Elle a élaboré une nouvelle pédagogie de la prière, en enseignant des chemins d’initiation et des méthodes en vue de son développement. Grâce à la pédagogie de ses écrits, le charisme thérésien de la contemplation est devenu une évidence au sein de l’Église, à tel point qu’aujourd’hui la réalisation de la vie chrétienne est impensable sans cette dimension théologale, qui inclut l’expérience proprement mystique. A ce propos, il importe de lire le texte important du Catéchisme de l’Église Catholique au sujet de la mystique comprise comme plénitude de vie chrétienne et comme union toujours plus intime avec le Christ [71], ainsi que celui sur la pédagogie de la contemplation [72].

30. Le charisme thérésien, son expérience mystique du Christ, l’idéal contemplatif au service de l’Église, s’incarnent visiblement en ce que Thérèse désignera comme « notre style de mortification, de fraternité et de récréation » [73]. L’idéal de la vie communautaire repose sur trois éléments essentiels : la communauté est d’abord le « collège du Christ [74] », conformément au modèle de l’Église primitive entendu en son sens le plus radical, puisque le Seigneur est présent au milieu de la communauté [75], Lui, « le Maître de la maison [76] », qui « nous a réunies ici [77] ». La communauté se fonde ensuite sur l’exigence d’une stricte égalité et d’un amour véritable [78], sur un style de vie évangélique d’amour effectif, gratuit et désintéressé [79], dans lequel le travail manuel est de règle [80]. Enfin, c’est une communauté humaniste, ayant des caractéristiques insolites pour l’époque de Thérèse en ce qu’elle valorise la culture, les vertus humaines, la douceur, la prudence, la discrétion, la simplicité, l’affabilité et la joie [81].

St Joseph et l'enfant Jésus - Monastère San Jose d'Avila31. Le projet de fondation du Carmel comporte une claire empreinte mariale [82]. C’est pourquoi Thérèse de Jésus, qui expérimenta précocement dans sa vie la puissante intercession de Marie [83], propose la Très Sainte Vierge comme Mère et Patronne de l’Ordre [84], comme modèle de prière et d’abnégation sur le chemin de la foi [85], comme exemple de femme livrée corps et âme à l’écoute et à la contemplation de la Parole du Seigneur [86], toujours docile aux motions de l’Esprit Saint et associée au mystère pascal du Christ par l’amour, la douleur et la joie [87]. C’est ainsi que la communion avec Marie imprègne et marque de son sceau tous les éléments de notre vie : la vie fraternelle, l’esprit d’oraison et de contemplation, l’apostolat sous toutes ses formes, et même l’abnégation évangélique [88]. La figure évangélique de la Vierge constitue non seulement un modèle pour notre vie, mais aussi un encouragement à marcher sur ses pas et une invitation à ce que, comme pauvres du Seigneur, « nous conformions notre vie à la sienne par la méditation continuelle de la Parole de Dieu dans la foi et le don de nous-mêmes, dans une charité aux formes multiples [89] ». Conduits par la main de Marie, nous pénétrons dans le mystère du Christ et de l’Église, et nous devenons, comme elle, porteurs de Jésus et de la Bonne Nouvelle de son Royaume. Ainsi, la dimension mariale, associée à la dimension christocentrique, est sans aucun doute une des clés de lecture fondamentale du charisme thérésien. Indissociable de Marie, saint Joseph, humble serviteur du Christ et de sa Mère, est un exemple vivant de communion priante avec Jésus [90].

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Troisième partie. Critères pour un plan de lecture des écrits thérésiens et propositions pratiques

2I. Critères pour un plan de lecture des écrits thérésiens2

32. Le premier critère nous est fourni par l’expérience spirituelle de la Madre Teresa. À partir de sa conversion, elle a vécu, en s’appuyant sur l’oraison, une expérience de rencontre de plus en plus profonde avec la personne du Christ, en qui elle met sa foi, son amour et son espérance. Introduite par lui dans la vie de la Sainte Trinité, elle s’est adonnée pour lui au service de l’Église à travers l’exercice d’une contemplation apostolique et missionnaire. Ainsi, notre lecture des écrits thérésiens doit nous situer en Christ, nous conduire à contempler son visage, nous inviter à être configurés à lui pour l’annoncer comme Parole de Dieu en étant les témoins de son amour.

33. En deuxième lieu, prenant en compte la force de la Parole de Dieu et de l’Écriture sainte dans l’expérience thérésienne, ainsi que la revalorisation actuelle de La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église [91], il convient de proposer une relecture basée sur cette perspective biblique, qui, dans l’expérience de sainte Thérèse, est aussi intimement unie à la liturgie, « source et sommet de la vie spirituelle » [92].

34. En troisième lieu, en partant de l’expérience singulière que Thérèse a de l’Église, en tenant compte des nécessités de l’Église d’aujourd’hui et en essayant d’y donner une réponse dans le domaine de la spiritualité et de l’évangélisation, il est possible de proposer, comme autre clé de lecture de ses œuvres, ces trois caractéristiques de l’ecclésiologie postconciliaire reprises dans Vita consecrata : la consécration, la communion et la mission.

35. Le style de fraternité décrit dans les œuvres de Thérèse de Jésus est spécialement parlant dans notre société moderne marquée par l’individualisme, où les signes de communion doivent être de plus en plus forts pour annoncer une fraternité universelle à travers une vie authentiquement pauvre, chaste et obéissante : « Je résolus donc de faire le peu qui dépendait de moi, c’est-à-dire de suivre les conseils évangéliques avec toute la perfection dont je serais capable, et de porter les quelques âmes qui sont ici à faire de même, me confiant en la grande bonté de Dieu, qui ne manque jamais d’assister ceux qui se déterminent à tout abandonner pour lui [93] ».

Statue Ste Thérèse de Jésus - Avila 36. Un autre critère pour la lecture des écrits thérésiens est fourni par la dimension apostolique et missionnaire qui transparaît à travers la vie et les œuvres de la Santa Madre, spécialement en ce qui concerne son expérience du mystère pascal, source de toute évangélisation et de ce service apostolique que l’Église attend aujourd’hui de la vie consacrée, comme l’indique la troisième partie de Vita consecrata.

37. Enfin, convaincus que les écrits de la Santa Madre contiennent un message valable pour notre temps et pour toutes les cultures, nous invitons à les aborder avec un regard contemporain, porteur d’une nouvelle sensibilité religieuse et culturelle, en tenant compte des différents contextes culturels et religieux de l’Ordre. Le cadre de cette lecture peut être celui qui est développé dans le document du Chapitre Général de 2003, En marche avec sainte Thérèse de Jésus et saint Jean de la Croix : repartir de l’essentiel [94].

2II. Propositions pratiques2

38. Nous demandons aux membres de l’Ordre de lire chaque année, personnellement et communautairement, un ouvrage de notre Mère Thérèse de Jésus, à partir du 15 octobre 2009 et jusqu’en 2014, avec l’aide de guides de lecture qu’une commission constituée par le Définitoire sera chargée d’élaborer. En plus de cette lecture communautaire et là où cela sera possible, seront organisés des célébrations, des semaines de spiritualité, des congrès interdisciplinaires sur les écrits thérésiens, etc. Dans tous les cas, chaque circonscription de l’Ordre organisera une réunion annuelle pour partager et évaluer les fruits de ce projet.

39. L’ordre de lecture des écrits thérésiens sera le suivant : le Livre de la Vie (2009-2010), le Chemin de perfection (2010-2011), les Fondations (2011-2012, à l’occasion du 450e anniversaire de la fondation du monastère de Saint Joseph d’Avila), les Demeures (2012-2013), les Relations, les Poésies et la Correspondance (2013-2014).

40. L’objectif que nous nous proposons d’atteindre, moyennant l’écoute de la parole de sainte Thérèse, est de fortifier les fondements bibliques et évangéliques de notre expérience chrétienne tant au plan individuel que communautaire, et d’enrichir notre vie de foi en communion profonde avec l’Église. En dialoguant ainsi aujourd’hui avec Thérèse, nous constaterons combien la fréquentation de ses écrits contribuera à faire croître notre vie de Carmes thérésiens, avec une efficacité analogue à celle dont parle saint Grégoire le Grand au sujet de l’Écriture, qui grandit avec celui qui la lit, en proportion de la foi et de l’amour du lecteur. C’est pourquoi notre lecture sera motivée, non pas tant par le souci de parvenir à une connaissance de type systématique, que par le désir d’être attentif à ce qui, dans les écrits de Thérèse, est véritablement important pour notre vie.

41. Le Définitoire mettra en place une commission centrale, dont la tâche principale sera d’élaborer des guides de lecture et un matériel d’animation pour chaque année, ainsi que de promouvoir, coordonner et faire connaître les initiatives qui seront mises en œuvre dans les diverses circonscriptions de l’Ordre.

42. Afin d’enrichir le cercle de lecture des religieux et de leurs communautés, nous proposons de l’étendre aux Carmélites déchaussées, aux membres de l’OCDS, à la famille thérésienne et aux laïcs, promouvant ainsi, dans nos communautés et dans nos lieux d’insertion pastorale, une lecture partagée des écrits de sainte Thérèse.

43. Nous proposons de créer une page internet afin de diffuser par ce media les écrits de la Madre Teresa, favorisant ainsi, grâce aux nouvelles technologies, un accès aussi universel que possible à son œuvre.

44. Sous la responsabilité du Définitoire Général et au moyen d’une action coordonnée du Couvent de La Santa (Maison natale de sainte Thérèse), de la Conférence ibérique des Provinciaux et du CITeS, nous proposons de développer à Avila les capacités d’accueil des pèlerins et spécialement des jeunes. Il importe de mettre en œuvre là-bas une programmation pastorale, qui pourra être élargie à d’autres lieux thérésiens significatifs, comprenant des pèlerinages, des journées de formation et de prière, etc. Dans ce sens, on assumera le défi que constitue la célébration des Journées Mondiales de la Jeunesse à Madrid en 2011, comme une occasion propice pour faire connaître plus largement la personnalité et l’œuvre de sainte Thérèse.

45. En comptant sur d’autres centres de formation de l’Ordre, comme le Teresianum, nous souhaitons compléter cette proposition de type pastoral, par une autre de type culturel, en organisant des cours et des congrès, des rencontres et des séminaires pour des spécialistes, des traducteurs et des chercheurs étudiant l’œuvre de la Santa Madre et capables d’élaborer des propositions concrètement réalisables dans les différentes circonscriptions de l’Ordre et dans les centres d’étude de la théologie spirituelle, etc.

46. Nous célébrerons, au moins une fois au cours de ce sexennat, un Définitoire extraordinaire dont l’un des objectifs sera l’évaluation de l’efficacité de ce plan de lecture.

47. Nous proposons de fixer un textus receptus des écrits de sainte Thérèse, ainsi qu’un modus operandi, qui faciliteront l’incorporation de nouvelles trouvailles, spécialement en ce qui concerne les lettres ou d’autres fragments qui pourraient être découverts, afin d’unifier les références des citations faites à partir du texte original ou de ses traductions. Le Définitoire devra entreprendre cette tâche le plus tôt possible et la mener à bien moyennant un dialogue avec les experts et les maisons d’édition.

48. Nous proposons d’encourager, par l’intermédiaire du Définitoire, la publication des écrits de sainte Thérèse dans les diverses langues au moyen d’éditions populaires et économiques.

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Conclusion

Statue Ste Thérèse de Jésus - Monastère de l'Incarnation49. Fortifiés par l’expérience du Dieu vivant, qui a établi sa demeure à l’intérieur de chacun de nous en nous créant à son image et à sa ressemblance, nous voulons renouveler la conscience que nous avons de notre charisme, pour le service de l’Église et de l’humanité d’aujourd’hui, grâce à la lecture programmée des écrits de Thérèse de Jésus. Nous désirons raviver en nous les valeurs thérésiennes et les partager : son sens de Dieu et de la personne humaine, son esprit d’oraison et son ouverture aux événements du monde, sa responsabilité ecclésiale et son esprit apostolique. Nous voulons, enfin, avec elle, nous émerveiller de la beauté « des âmes qui sont à ce point l’objet des délices du Seigneur [95] » en ayant pour commencer une conscience renouvelée de la dignité de chacun de nous. De cette manière, nous acquerrons une perception positive et pleine d’espérance de l’être humain de notre temps et nous développerons une attitude créative aussi bien en vue de la construction du Royaume de Jésus-Christ, que pour l’annonce d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle. « La grandeur de Dieu étant sans limites, ses œuvres n’en ont pas davantage [96] ». Il n’a pas fini d’œuvrer, lui qui est pour toujours le Maître de l’histoire. C’est pourquoi notre proposition thérésienne veut être un grand don que le Carmel se sent le devoir de faire pour que les hommes et les femmes du XXIe siècle soient aussi des mystiques, des personnes ayant expérimenté Dieu, ayant découvert le sens de leur vie et voulant le communiquer à leurs contemporains.

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Prière à sainte Thérèse de Jésus

Sainte Mère Thérèse de Jésus !
Toi qui t’es livrée tout entière au service de l’amour,
enseigne-nous à marcher avec détermination et fidélité
sur le chemin de l’oraison intérieure,
en fixant notre attention sur le Seigneur Dieu Trinité,
toujours présent au plus intime de notre être.
 
Consolide en nous le fondement
d’une véritable humilité,
d’un détachement renouvelé,
et d’un amour fraternel inconditionnel,
à l’école de Marie, notre Mère.
 
Transmets-nous ton ardent amour apostolique pour l’Église.
Que Jésus soit notre joie,
notre espérance et notre dynamisme,
Source inépuisable
de la plus profonde intimité.
 
Bénis notre grande famille carmélitaine,
et apprends-nous à prier de tout cœur avec toi :
« Je suis à Vous, Seigneur, pour Vous je suis née.
Que voulez-Vous faire de moi ? » Amen.
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Abréviations

Œuvres de sainte Thérèse de Jésus [97] :

C = Chemin de perfection, selon l’autographe de Valladolid.
CE = Chemin de perfection, selon l’autographe de l’Escorial.
Rel = Relations.
Cst = Constitutions.
F = Fondations.
D = Demeures du Château intérieur (1D, 2D, etc. = Premières, Secondes Demeures, etc.)
MC = Méditations sur le Cantique des cantiques (Pensées sur l’Amour de Dieu).
V = Livre de la Vie.

Autres documents :

CEC = Catéchisme de l’Église Catholique.
Const. = Constitutions des Frères Déchaux de l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel.
DV = Dei Verbum.
EN = Evangelii Nuntiandi.
MR = Mutuae Relationes.
NMI = Novo Millenio Ineunte.
PC = Perfectae Caritatis.
VC = Vita Consecrata.

Autres :

CITeS = Centro Internacional Teresiano Sanjuanista.

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[1Cf. DV8

[2Const. 5

[3Const. 13

[4Cf. EN 75

[5NMI 33a

[6NMI 33b

[7Cf. V 37, 6. 10

[8Cf. V 20, 25-28.

[9Cf. F 1, 7 ; Lettre du 17 janvier 1570 à Lorenzo de Cepeda.

[10CE 4, 1. Cf. aussi CE 35, 2 ; V 26, 6.

[11Cf. Cst 6.

[12Cf. V 1, 4.

[13Cf. C 1, 2.

[14Cf. C 34, 11.

[15Cf. V 33, 5.

[16Cf. C 3, 1-2.

[17Cf. C 4, 4 ; 41, 7 ; 1D 1, 1 sq.

[18V 1, 1.

[19Cf. V 1, 1.

[20Cf. V 1, 2.

[21Cf. V 7, 13.

[22Cf. V 36, 26.

[23C 3, 5.

[24Cf. V 35.

[25Cf. C 4, 2.

[26Cf. Cst 8 ; C 4, 9.

[27Cf. 3D 2, 13.

[28Cf. F 14, 5 ; V 36, 26.

[29Cf. V 9, 1. 8.

[30Cf. V 22.

[31Cf. V 29, 13.

[32V 10, 1.

[33Cf. V 26-27 ; 37, 4.

[34Cf. V 40, 9.

[35Cf. V, Prologue, 2 ; 37, 1.

[36Cf. V 18, 8 ; 19, 3-4

[37Cf. F, Prologue ; Rel 9.

[38V 32-36.

[39Cf. V 22-31 ; 37-40.

[40Cf. V 18 et 23 ; C, Prologue.

[416D 9, 4 ; cf. C 28.

[42Cf. MC, Prologue, 2.

[43V 40, 1.

[44V 13, 18 ; cf. V 34, 11.

[45Cf. 6D 7, 14 ; C 33-35.

[46V 8, 9. Cf. 1D 1, 7.

[47Cf. V 19, 12 ; F 10, 13.

[48Cf. C 26-29.

[49V 8, 5.

[502D 3.

[51Cf. Const. 9.

[52Cf. F 1, 7 ; C 1, 2 ; Const. 6-7. 89. 94.

[53Cf. C 4, 7 ; 27, 6.

[54F 1, 6.

[55Cst. 26-28.

[56C 41, 7 ; cf. Const. 10.

[57Cf. F 13, 5.

[58Cf. Const. 11-14.

[59En marche avec sainte Thérèse de Jésus et saint Jean de la Croix. Repartir de l’essentiel, 1.

[60Ibid. 6, citant GS 4.

[61Cf. GS 19.

[62Cf. PC 2.

[63Cf. MR 11.

[64Cf. V 9, 1-3 ; 26, 5 ; 27, 2-8

[65Cf. MR 12.

[66V 22, 6.

[67Cf. 7D 2, 6.

[68Cf. V 9, 1.

[69V 26, 5.

[70Cf. C 19, 15 ; 23, 5.

[71Cf. CEC 2014.

[72Cf. CEC 2709-2719.

[73Cf. F 13, 5.

[74CE 20, 1 ; 45, 2.

[75Cf. V 32, 11.

[76C 17, 7.

[77C 1, 5 ; 3, 1.

[78Cf. C 4, 7 ; 7, 9.

[79Cf. C 4, 11 ; 6-7 ; 5D 3, 7-12.

[80Cf. Cst 28.

[81Cf. C 41, 7-8 ; VC 42 ; NMI 43.

[82Cf. V 33, 14.

[83Cf. V 1, 7.

[84Cf. F 29, 23 ; 3D 1, 3.

[85Cf. 6D 7, 13-14.

[86Cf. MC 5, 2 ; 6, 7.

[87Cf. 7D 4, 5.

[88Cf. Const. 47-52.

[89Const. 49.

[90Cf. Const. 52.

[91Cf. Synode des Évêques, octobre 2008.

[92Cf. SC 10 ; 14.

[93C 1, 2 ; cf. VC 87.

[94Cf. En marche avec sainte Thérèse de Jésus et saint Jean de la Croix. Repartir de l’essentiel, 60-64 et 74-78.

[957D 1, 1.

[96Ibid.

[97La traduction française utilisée pour citer ces œuvres de sainte Thérèse de Jésus (ou pour s’y référer) est tirée de l’édition suivante : THÉRÈSE D’AVILA, Œuvres complètes, Cerf, Paris, 1995, sauf pour ce qui concerne la première rédaction du Chemin de perfection, pour laquelle l’édition utilisée est : THÉRÈSE D’AVILA, Le Chemin de perfection. Manuscrit de l’Escorial, Traduction de Jeannine Poitrey, Cerf, Paris, 1981.