Prologue

Livre appelé
Chemin de la perfection
Composé par
THERESE DE JESUS
Religieuse de l’ordre de Notre-Dame du Carmel
Et destiné aux religieuses déchaussées de Notre-Dame
Du Carmel de la Règle primitive
Ce livre contient des avis et des conseils
Que donne Thérèse de Jésus

à ses filles, religieuses des monastères qu’elle a fondés avec le secours de Notre-Seigneur et de la glorieuse Vierge, Mère de Dieu, conformément à la Règle primitive de Notre- Dame du Carmel. Elle les adresse spécialement aux sœurs du monastère de Saint-Joseph d’Avila, le premier qu’elle fonda et dont elle était prieure, quand elle écrivit ce livre.

PROLOGUE

Les sœurs de ce monastère de Saint-Joseph m’ont suppliée de leur donner quelque écrit sur l’oraison. Elles savaient que mon confesseur actuel, le P. Présenté, Fr. Dominique Banès, de l’ordre du glorieux saint Dominique, me l’avait permis. Comme lui elles pensaient que j’y serais aidée par les rapports que j’ai eus avec beaucoup de personnes spirituelles et saintes. Elles m’ont enfin tellement importunée que je me décide à leur obéir.

Quoique imparfait et mal écrit, ce travail d’une personne qu’elles aiment, leur sera plus agréable que d’autres livres d’excellent style et composés par des maîtres. J’ai confiance en leurs prières ; elles m’obtiendront du Seigneur, je l’espère, la grâce d’une parole utile et appropriée au genre de vie de cette maison. Si je n’atteins pas ce but, le P. Présenté qui, le premier, doit lire mon écrit, le corrigera ou le jettera au feu. Pour moi, je n’aurai rien perdu en obéissant à ces servantes de Dieu, qui verront d’ailleurs ce que j’ai de moi-même, quand le Seigneur ne m’assiste pas.

Mon dessein est d’indiquer quelques remèdes à certaines petites tentations qui viennent du démon et qui par cela même qu’elles sont si petites, n’inspirent peut-être aucune crainte. Je traiterai aussi d’autres points selon que le Seigneur m’en donnera l’intelligence et que je pourrai m’en souvenir. Ne sachant pas ce que j’ai à dire, je ne puis le dire avec ordre ; et j’estime préférable d’y renoncer, puisque c’est déjà un si grand désordre que je m’occupe, moi, de ce sujet.

Je supplie le Seigneur de mettre lui-même la main à ce travail, pour qu’il soit conforme à sa sainte volonté. Je n’ai jamais d’autre désir ; malheureusement les œuvres sont imparfaites comme moi. Mais, j’en suis sûre, ni l’affection ni le zèle ne me manquent pour aider de tout mon pouvoir les âmes de mes sœurs à progresser beaucoup dans le service de Dieu. Cet amour, joint à mon âge et à mon expérience de ce qui se passe dans quelques monastères, me fera peut-être, en de petites choses, mieux rencontrer que les savants. Ceux-ci, en effet, occupés d’œuvres plus importantes, et doués d’un caractère plus fort, tiennent peu compte de détails qui en soi semblent n’être rien ; tandis que tout peut faire du mal à de faibles créatures comme nous. Le démon multiplie les artifices contre les religieuses de clôture stricte ; pour nuire il se voit forcé de recourir à de nouvelles armes. Imparfaite comme je le suis, j’ai mal su me défendre. Aussi voudrais-je que mes sœurs profitassent de mes fautes. Je n’avancerai rien dont je n’aie eu l’expérience, ou pour l’avoir éprouvé en moi, ou pour l’avoir vu dans les autres.

Il n’y a pas longtemps, j’ai écrit par obéissance une relation de ma vie, dans laquelle j’ai inséré quelques points sur l’oraison. Comme peut-être mon confesseur ne vous en permettra pas la lecture, j’en redirai ici quelque chose, ajoutant ce que je croirai nécessaire. Daigne le Seigneur tenir lui-même la plume, comme je l’en ai supplié, et faire tourner cet écrit à sa plus grande gloire. Amen.