Réflexions sur l’obéissance que la Sainte-Vierge rend à la Loi dans la cérémonie de la Purification

FLEXIONS

Sur l’obéissance que la Sainte Vierge rend à la Loi, dans la cérémonie de la Purification

La conduite que tient dans ce mystère la plus pure des Vierges, la Mère d’un Homme-Dieu, m’apprend à moi-même tout ce que je dois de respect à mes devoirs, et avec quel zèle il m’est important de les acquitter.

Sans être obligée de s’assujettir à une loi qui ne la regardait point, la Sainte Vierge s’y montre fidèle. C’est un devoir imposé à toutes les autres mères ; c’en est assez ; elle na aucun égard aux prérogatives de sa dignité ; Dieu a parlé, elle obéira avec l’humilité la plus exacte et la plus parfaite ; elle se présentera au Temple ; elle y accomplira tout ce que les autres doivent y pratiquer, selon la loi, et avec tout l’esprit de la loi.

C’est le modèle que je dois consulter aujourd’hui moi-même, pour me diriger dans toutes les observances que me prescrit la loi de Dieu. Elle me parle cette loi sainte dans les préceptes divins, dans les enseignements de l’Evangile, dans les commandements de l’Eglise, dans les avertissements de ma conscience, dans les décisions de toute autorité spirituelle et temporelle, dans tout ce qui porte le caractère d’ordre émané de Dieu. A l’exemple de Marie, il est donc indispensable pour moi de ne jamais me soustraire à cette loi, de l’écouter au-dedans et au-dehors de moi, de la consulter dans toutes les circonstances qui concernent mon salut, de croire qu’elle m’y conduit le plus sûrement, puisqu’elle est l’expression de la volonté de Dieu sur moi, et que je ne peux manquer dès lors d’être dans la voie où je dois marcher, de me bien convaincre que je me rends coupable d’un péché, dès que j’ai le malheur d’y désobéir avec une détermination réfléchie.

Je ne dois donc jamais sacrifier cette loi inviolable à mes répugnances, à mes retranchements, à mes dégoûts du bien, à mes fausses interprétations, non plus qu’aux exemples pervers du monde, à ses contagieuses maximes, à la séduction de ses flatteries, à l’indigne crainte de lui déplaire, à la timide complaisance qui m’exposerait à adopter le moindre de ses usages préjudiciables à mon devoir. Je ne dois donc pas borner ce respect, pour la loi de Dieu, à mon avantage particulier. L’état supérieur, où le Ciel m’a fait naître, exige encore que j’y rappelle toutes les personnes qui m’approchent, et que mes exemples comme mes paroles, leur servent d’une continuelle instruction de ce que leur impose un Maître Suprême, auquel elle doivent, aussi bien que moi, la préférence de leur soumission.

Je dois donc étudier avec attention tous les moyens qui peuvent entretenir ma fidélité à cette loi, et y consacrer ma plus grande vigilance. Pour y réussir, je demanderai à Dieu au commencement de mes actions principales, aux approches des bienséances que j’aurai à remplir, dans certains moments où je sentirais quelque opposition au devoir, je demanderai la grâce d’exécuter tout ce que sa loi me commande, et de l’accomplir de la manière qui puisse lui plaire davantage. Dès que la loi me parlera au fond du cœur, ou par l’organe de ceux que la Providence a commis pour m’y ramener, je ne chicanerai point à l’appui des vaines difficultés de mon amour-propre ; je me soumettrai à tout ce qui pourrait heurter mon orgueil ; je ferai taire mes répugnances ; je ne me fournirai point à moi-même des prétextes spécieux pour éluder ou pour adoucir l’austérité de la démarche, de l’action, du sacrifice, et du devoir que Dieu m’impose ; je m’efforcerai d’obéir promptement, de me mortifier et de m’humilier.

Comme la loi de Dieu embrasse les moindres devoirs aussi bien que les plus grands, je ferai donc encore consister mon respect pour elle à prévenir jusqu’aux plus légers écarts qui la contredisent dans ma conduite. Sur ce principe, je ne me pardonnerai point des distraction peu combattues dans la prière, des vanités et des recherches de moi-même, de petites atteintes à la charité pour le prochain, des négligences à remplir certains exercices de piété, des traits de vanité et d’inégalité dans l’humeur et quelques autres semblables infidélités, qui, sans être bien importantes, marqueraient toujours, de ma part, peu d’attention à la loi qui les défend. Quand je serai dans une vraie disposition de témoigner à Dieu mon amour et de m’y conserver, je serai jalouse de lui en prouver la sincérité par une circonspection sur moi-même, qui s’étendra aux plus légères obligations de sa loi.

Je comprendrai donc enfin, que, selon l’avis de l’Apôtre, je pourrais ménager jusque dans ma plus apparente fidélité à la loi, si je donnais la préférence aux œuvres de surérogation au préjudice de celles qui me sont essentielles : ce serait une ferveur déplacée sans mérite devant Dieu, et souvent même répréhensible aux yeux des hommes. Pour m’en garantir, je ferai de chacun de mes devoirs ma principale obligation. Par cette règle, je m’acquitterai envers Dieu de tout ce qu’une âme chrétienne lui doit dans les prémices, dans la durée et sur la fin des jours d’hommages et de prières. Ensuite, selon les diverses situations où me placera la volonté de Dieu, je me rendrai au prochain les devoirs de dépendance, de tendresse, de support, de bonté, de compassion, à proportion des occasions qui les exigeront. A l’égard de moi-même, la vigilance sur mon cœur, la crainte du péché, la correspondance aux grâces, la promptitude, la générosité dans les sacrifices, l’application à conserver l’amour, et la présence de Dieu ; c’est à quoi se porteront les premiers gages de mon obéissance à la loi. Fidèle à tous ces points, j’y ajouterai, sans peine et avec profit, les autres pratiques d’une ferveur chrétienne ; quoiqu’elles ne me soient point commandées, mon amour pour Dieu m’en fera une loi. Je m’y assujettirai sans contrainte, et toujours elles me disposeront à observer l’essentiel de la loi.

Toutes ces réflexions me sont présentées à l’occasion de l’obéissance à la loi, dont la Sainte Vierge trace le modèle dans sa purification au Temple de Jérusalem. Mais les fruits n’en sont point fixés pour moi aux seules circonstances de cette solennité ; ils sont pour tous les temps et pour toutes les situations où il plaira à Dieu de me placer. Toujours je dois mettre mon bonheur et ma gloire à respecter ses volontés, et à pratiquer sa loi. Je ne pourrais éprouver que des troubles, et les plus extrêmes malheurs en m’en écartant ? Cette loi m’accuserait par de cruels remords, si je cessais de l’écouter. Que je cessasse aussi d’essuyer ses reproches, et que j’y devinsse insensible, ce serait pour moi la plus terrible punition d’un Dieu irrité. Mais en me rendant attentive à la suivre, ou à réparer, par mon prompt repentir, l’infidélité passagère qui m’en éloignerait, quelle paix ne goûterai-je pas dans ma conscience ? Quelle abondance de grâce ne recevrai-je pas pour prix de ma fidélité ? Avec quelle confiance ne travaillerai-je pas à l’ouvrage de mon salut ? En faisant ce que Dieu demande de moi, ne serai-je pas assurée de trouver de sa part, dans ce monde et dans l’autre, tout ce qu’il m’a promis ? Cette loi, qui présidera à tout l’usage que je ferai de la grandeur, m’en découvrira les dangers, m’en fournira les préservatifs, m’offrira tous les recours qui peuvent m’aider à m’en assurer une, dont la durée soit et plus solide et plus permanente.

De tout ce que je viens de considérer, je tirerai ces deux conséquences chrétiennes.

La première, de ne jamais enfreindre aucun de mes devoirs de propos délibéré.

La seconde, de pratiquer chacun de mes devoirs dans l’éprit d’obéissance à la volonté de Dieu.