Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face

La petite voie découverte et vécue dans la prière

Comment se lasser de l’admiration qui nous saisit lorsque nous songeons à l’ouragan de gloire parti de ce petit Carmel de Lisieux, il y a plus de 100 ans ? À l’opposé des cyclones, cet ouragan de gloire n’a rien détruit, tout au contraire, il a beaucoup construit. Il a permis à beaucoup d’entre nous de nous réorienter vers l’amour miséricordieux de notre Père.

Le génie spirituel de sainte Thérèse de Lisieux est un don particulier du Seigneur qui trouve ses racines dans cette terre du Carmel. D’ailleurs, en hébreu, Carmel signifie jardin du Seigneur, et c’est dans ce jardin que poussent de nombreux fruits. Thérèse s’est nourrie de cette terre du Carmel et particulièrement de ce que la grande réformatrice du Carmel, Thérèse d’Avila a voulu laisser à ses sœurs. Et il me semble que l’on ne peut pas comprendre Thérèse de l’Enfant Jésus de manière authentique et profonde en la coupant de ses racines, en ignorant sa terre de naissance. Le Carmel avec son style de vie fondée sur la prière personnelle silencieuse et sur la vie communautaire, a permis à Thérèse de trouver sa petite voie de sainteté. Je m’arrêterai quelques instants simplement sur l’oraison, cette prière personnelle silencieuse, que Thérèse d’Avila a léguée au Carmel réformé comme son trésor, honorant ainsi l’antique tradition du Carmel : « Que chacun demeure seul dans sa cellule ou près d’elle, méditant jour et nuit la (Parole) du Seigneur et veillant dans la prière ».

C’est en pratiquant cette prière que Thérèse a pu accueillir le don de Dieu, l’Esprit Saint, qui l’a instruite dans le secret. Le récit de la découverte de la petite voix dans son manuscrit autobiographique le mentionne explicitement : « J’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de La Sagesse Éternelle : Si quelqu’un est tout petit qu’il vienne à moi. Alors (…) voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches (…) ». En bonne carmélite, Thérèse lit et relit la Parole de Dieu, c’est cette rumination continuelle qui lui a permis de trouver l’ascenseur tant désiré. De plus, dans le fameux texte où Thérèse déclare avoir trouvé sa vocation au cœur de l’église, qui est d’être l’amour, elle nous dit explicitement que c’est durant l’oraison que cette grâce lui fut accordée en accueillant et méditant la parole de Dieu. Et nous pourrions multiplier les exemples démontrant que c’est dans la prière personnelle silencieuse que se forge tout le génie spirituel de Thérèse de l’Enfant Jésus.

L’oraison est aussi le lieu particulier où Thérèse vit la dynamique de la petite voie. Cette dynamique se déploie en trois temps, le 1er consiste en une reconnaissance du réel à la lumière de la foi : Il nous faut oser croire à notre soif d’Amour infini sans nous désespérer face à notre impuissance. Le deuxième temps nous engage à une attitude active qui consiste à faire confiance à nos désirs les plus audacieux, et donc à Dieu qui en est la source, et à persévérer dans des efforts à notre mesure. Le troisième temps est un acte d’offrande de soi à la miséricorde de Dieu lorsque nous avons cherché loyalement à répondre à son amour.

Or, comme nous le révèle la parabole du petit oiseau, la prière, comme relation personnelle avec Dieu, est le lieu privilégié où nous pouvons vivre cette dynamique en trois temps. Nous nous plaçons en présence du Seigneur pour répondre à son appel à une relation filiale, et pour répondre à notre soif d’amour infini. Mais rapidement apparaît la difficulté dans la prière, et nous pourrions nous décourager face à nos limites, alors que nous devons simplement persévérer dans les efforts à notre mesure pour nous orienter vers le seigneur, en lui faisant toute confiance quand aux résultats. « Comment une âme aussi imparfaite que la mienne peut-elle aspirer à posséder la plénitude de l’Amour ?… Pourquoi ne réserves-tu pas ces immenses aspirations aux grandes âmes, aux Aigles… Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet, je ne suis pas un aigle j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême j’ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l’Amour et mon cœur sent en lui toutes les aspirations de l’Aigle… Le petit oiseau voudrait voler, hélas, tout ce qu’il peut faire, c’est de soulever ses petites ailes. Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin se voyant aussi impuissant ?… Oh non ! Le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil (…) »

Nos activités, tout ce que l’on fait pour Dieu et pour les autres, ont quelque chose de rassurant pour nous, car d’une certaine manière nous les maîtrisons. Nous savons ce qu’il y a à faire, et nous pouvons quelque peu mesurer les résultats. Or le chemin de la prière personnelle nous amène toujours, relativement rapidement, a mesuré plutôt notre incapacité, à vivre un dépouillement. C’est alors que nous sommes appelés à mettre en œuvre cette dynamique de la petite voix, comme le petit oiseau. Le seigneur fait appel à notre foi, à notre abandon confiant entre ses mains après avoir mis en œuvre nos petits moyens.

Devenir disciple de la petite Thérèse, c’est non seulement accueillir les conclusions de sa recherche spirituelle, mais aussi entrer nous-mêmes sur ce chemin, spécialement ce chemin de la prière. Ne restons pas seulement dans l’admiration de Thérèse, l’amour de Dieu nous appelle, avec confiance entrons sur ce chemin de la prière où se réalise notre vocation filiale.

Fr. Antoine-Marie, o.c.d.

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