Une préparation corporelle à la prière

L’exercice proposé ici prépare normalement à un temps de prière silencieuse. Il a pour but de disposer l’être tout entier à la méditation profonde. Il permet de rejoindre les profondeurs de soi-même où se trouvent silence, paix, harmonie, force et renouvellement. Il apprend à retourner au-dedans, à rentrer en soi-même. Il prépare à recevoir, à se laisser aimer, à vivre dans la Présence intérieure. Ce n’est pas encore précisément la prière mais un acheminement. Après quelque temps, la fidélité à le pratiquer, permet de découvrir que ce chemin mène à Dieu, puisque par son Esprit il habite les profondeurs de notre être. Il nous y attend pour nous combler de cette vie en plénitude qu’il nous a promise et à laquelle nous aspirons.

Pour progresser sur ce chemin, il faut faire preuve de persévérance, et y consacrer pendant quelques semaines ou quelques mois une dizaine de minutes chaque jour. La prière en sera la première bénéficiaire, mais cela permet aussi une transformation de la vie. Cela conduit en effet à avoir une autre manière de se tenir, de réagir et même de penser. Il convient d’abord de se disposer intérieurement, de prendre son temps. Ce qui est arrivé juste auparavant ne compte plus. Ce qui arrivera ensuite ne doit pas être objet de préoccupation. Il s’agit de se concentrer totalement ici et maintenant pour être complètement présent à soi-même et à son grand désir de rejoindre notre réalité profonde.

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Être attentif à la position du corps.

Aucune position ne s’impose absolument. La meilleure est celle qui permet de garder l’immobilité parfaite. Voici une position accessible à tous :

Nous nous asseyons sur un siège bien à notre hauteur. Nous nous penchons légèrement en avant de manière à ce que les genoux soient plus bas que le siège et tombent relâchés vers l’extérieur. Les jambes sont croisées au niveau des chevilles de sorte que le côté extérieur des pieds repose sur le sol. Cela ne demande aucun effort. Les mains sont devant le bas de l’abdomen, le dos de l’une contre la paume de l’autre. Le tranchant extérieur des mains pose sur l’abdomen et les pouces se touchent par leur extrémité, sans exercer de pression. Le buste étant redressé, nous le faisons tourner légèrement dans toutes les directions, puis nous nous arrêtons bien en équilibre sur le fond du bassin, la colonne, le cou et la tête étant dans un même axe. Les épaules sont basses, mais ne tombent pas vers l’avant. Après les avoir élevées un instant, nous relâchons brusquement la tension. Si l’on se sent particulièrement tendu, il est possible de masser l’épaule gauche avec la main droite par exemple : prendre le temps d’en ressentir la détente bienfaisante. Nous sentons aussi la position de la tête en équilibre au sommet de la dernière vertèbre : elle ne tombe ni vers l’avant ni vers l’arrière. Le sommet est parallèle au plafond. Le menton est un peu retiré sur le cou. On prend le temps d’être attentif à la sensation du dos bien étiré, bien droit.

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Abaisser le centre de gravité intérieur

La concentration se porte ensuite sur le cerveau en cherchant à bien le sentir. On imagine un point lumineux qui descend lentement par le cou, le sternum, la ceinture, puis plus bas encore jusqu’à l’abdomen, là où sont les mains. Cet endroit est le vrai centre de gravité où nous percevons quelque chose de profond, de large et de chaud, un sentiment de détente, de force, de stabilité. C’est comme une ancre qui nous stabilise. Il est possible de faire une seconde fois ce trajet descendant.

L’influence de la respiration sur la méditation est triple : au niveau biologique, elle renouvelle l’oxygène, libère des impuretés de toute sorte. Sur le plan psychique, elle amène la détente du niveau émotionnel. Enfin sur le plan symbolique, elle apporte une richesse que le Seigneur connaissait bien lorsqu’il souffla sur ses disciples pour leur donner l’Esprit « Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. » (Jn.20,22)

Il est important de comprendre que la respiration est liée à nos processus psychiques. Si nous avons peur, l’inspiration va prédominer et nous allons précipiter le rythme. A l’inverse, le calme amène une prédominance de l’expiration et d’un rythme lent. Et le phénomène est réversible : nous pouvons influer sur le psychisme à partir de la respiration. La respiration est aussi liée à nos étages inconscients : par son intermédiaire, il sera donc possible d’agir sur les états profonds de notre psychisme, ce qui est aussi très important pour la méditation. Pratiquement tous les sentiments peuvent se refléter dans la respiration. L’excitation, l’épouvante, la dispersion, le découragement ou au contraire la sérénité, l’équilibre intérieur, le recueillement, la confiance, la paix. Deux tâches se présentent donc : réapprendre la respiration longue et profonde et s’en servir pour apaiser les différents niveaux de notre être, spécialement le niveau émotionnel.

La respiration peut être liée encore plus directement à la méditation : la prière ne part pas de concepts appliqués à Dieu, elle est d’abord contemplation des œuvres de Dieu. La réalité de Dieu se manifeste à travers la vie de notre être. On comprend donc qu’il soit possible de prier en se plongeant dans le rythme vivant de notre propre corps. Le rythme de la respiration comme le rythme cardiaque sont le symbole de la vie même. Dans la tradition orientale, l’attention au rythme respiratoire devient l’attention au rythme de la vie et finalement à la vie même de Dieu. Dieu est la vie de tout ce qui vit. Une des formes de la prière consiste à laisser parler les phénomènes en percevant à travers eux le mystère de leur fondement originel. Peut-être a-t-on rendu la prière difficile en la rationalisant. Nous essayons ici de partir de la réalité concrète comprise comme manifestation de Dieu.

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Allonger l’expiration

Il nous faut assurer la justesse de notre façon de respirer. Quand une nouvelle nous libère d’un gros souci, nous poussons un grand soupir de soulagement. Il est possible de répéter ce soupir et de rester quelques instants au bas de notre expiration pour affermir ce sentiment d’apaisement. Puisque l’expiration et la détente psychique sont ainsi liées, il convient d’apprendre à expirer profondément pour se préparer à la méditation. Si la longueur de l’expiration est importante, sa profondeur l’est aussi.

Pour nous exercer à une telle respiration, nous prenons d’abord le temps de nous installer et de nous détendre. Nous prêtons ensuite attention à notre respiration. Autant que possible, il faut respirer par le ventre plutôt que par les côtes en veillant à ce que l’expiration soit d’une durée double environ de celle de l’inspiration, mais sans rien forcer : cela se fait progressivement, au long de l’entraînement quotidien.

Nous laissons l’inspiration se déclencher d’elle-même, sans intervenir volontairement. Une pause s’installe de façon naturelle entre la fin de l’expiration et le début de l’inspiration. Nous la laissons durer en étant attentifs au moment où l’organisme va déclencher l’appel d’air. Sans retarder d’un seul instant, nous acquiesçons à sa demande.

Pour allonger le souffle, à la fin de l’expiration naturelle, nous continuons de vider l’air en rétractant volontairement les muscles abdominaux. Nous constatons qu’il est en effet possible d’expulser encore une partie notable de l’air. Nous pouvons freiner le débit de l’air en rapprochant les dents et les lèvres, ne laissant qu’une étroite sortie à l’air. Un léger bruissement se fait entendre qui témoigne d’un excellent contrôle du phénomène. La sortie de l’air doit être continue, sans à-coups.

Si l’exercice devient difficile ou pénible, nous l’arrêtons pour respirer normalement. Pendant toute la durée de l’exercice, nous concentrons notre esprit soit sur l’air qui entre par les narines, soit sur le va-et-vient de l’abdomen et du thorax, soit sur le bruissement et ses interruptions. Les bénéfices de cet exercice, unis à ceux qui concernent l’accueil des sensations corporelles sont étonnants : récupération d’énergie, disparition d’habitudes liées aux choses (usage excessif du tabac ou de l’alcool) ou aux personnes (dépendance affective).

Nous pouvons alors associer à cette respiration les mots de la prière : l’accueil de la Parole rythmé par le mouvement du souffle nous conduit aux profondeurs du cœur pour demeurer dans la présence de Celui qui nous aime. Par l’inspiration j’accueille la présence du Christ en prononçant par exemple le nom de « Jésus ». J’exprime ensuite mon adoration et l’offrande de mon être dans l’expiration en confessant sa divinité, par exemple en prononçant l’expression « Fils du Dieu vivant ». Ainsi se cherche humblement la présence de tout notre être au mystère de la foi.

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