Une prière « bien faite » ?

Il n’y a pas de critères internes d’une prière bien faite.

En effet, ce n’est pas le fait d’être assailli de distractions, ni celui d’être satisfait qui peut établir que ma prière a peu de valeur devant Dieu. Qui sait si, dans ma persévérance humble et douloureuse à revenir au Seigneur, ma prière n’aurait pas un grand prix à ses yeux !

Et ce n’est pas parce que la prière me paraît facile qu’elle est bonne. Qui sait s’il ne s’y glisse pas une part de complaisance en moi-même et d’orgueil !

Ce n’est pas parce que la prière est pleine d’aridité qu’il ne s’y passe rien en réalité. Qui sait, si dans ma pauvreté, reconnue et consentie,

le Seigneur ne vient pas secrètement opérer la conversion de mon cœur, en profondeur. Et ce n’est pas parce que ma prière est agréable qu’elle est agréée par Dieu. Qui sait s’il ne s’y glisse pas une part de complaisance en moi-même et d’égoïsme !

N’avons-nous pas déjà dit que ce n’est pas parce que la prière est agréable qu’elle est de qualité ! Et ce n’est pas parce qu’elle est aride et laborieuse qu’elle a moins de prix aux yeux de Dieu ! Ce n’est pas parce que me sont révélées mes faiblesses et mes failles que la prière est mauvaise. Qui sait si le Seigneur ne vient pas à ce moment-là guérir mes blessures !

Et ce n’est pas parce que je ressens en moi un grand amour sensible pour Dieu que je sais vraiment l’aimer. Qui sait si cela n’est pas de la poudre aux yeux et si je ne suis pas dans l’illusion !

Ce n’est pas parce que la manière dont je m’y prenais auparavant ne porte plus de fruit que je ne sais plus prier. Qui sait si je ne dois pas changer pour une méthode plus fructueuse encore !

Et ce n’est pas parce que ma méthode continue à être efficace en apparence que je sais vraiment ce que c’est que la prière. Qui sait si en réalité je ne “stagne” pas, je ne “plafonne” pas !

Mais attention ! Si c’est facile, si c’est agréable, si je ressens un amour sensible pour Dieu, si ma manière de prier semble bien aller, ce peut-être aussi un signe positif de qualité, bien sûr !

Il faut savoir accueillir ce qui se présente. Se battre souvent, se reposer parfois. Accepter avec reconnaissance ce qui est agréable et ce qui paraît bon. Ne pas s’effrayer ni se décourager des difficultés. Ma prière est ce qu’elle est, et c’est tout.

A la fin de ma prière, je n’ai pas à vouloir juger, ou vouloir jauger ce qui a pu se passer.

Je n’ai qu’à dire merci au Seigneur pour ce qu’il m’y a donné en acceptant de ne pas savoir pour le moment ce qui m’a été donné. Et à dire pardon au Seigneur pour mes lâchetés et mes paresses sans chercher à les mesurer et les analyser.

Je remets tout entre ses mains…
N’est-il pas notre Père ?