Une rencontre d’amitié

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I Pourquoi prier ?

Peut-être d’abord parce que comme l’amour, la prière ne « sert » à rien, si ce n’est de servir l’amour. Elle est un haut-lieu de l’amour : un endroit excellent pour vivre pleinement ce qui nous intéresse le plus de vivre : être aimée et aimer. Un temps pour la rencontre de l’Autre, le Dieu de l’amour que nous espérons et que nous cherchons, et qui se donne à trouver.

amitié Un temps aussi pour la communion avec tous les autres, tous ceux que nous aimons et ce ceux que nous aimons moins, ceux que nous connaissons et ceux que nous ne connaissons pas, ceux que nous portons devant ce Dieu, origine et fin de toute vie, de tout amour.

Le temps de la prière c’est ensuite le temps que nous nous donnons pour faire descendre Dieu du ciel. Pour apprendre à voir. Voir, connaître la présence de Dieu sur terre, Dieu aimant, et donc agissant, aujourd’hui comme hier et demain, ici comme partout, dans la vie, dans notre vie, dans ma vie, en moi.

Voir la présence de Dieu à ma présence : présence de Dieu dans ce don qu’il me fait de moi-même, dans ce don qu’il me fait de moi-même aux autres.

Enfin, le temps et le lieu de la prière c’est ce que nous offrons au Seigneur pour qu’il nous façonne. L’acteur principal de la prière : c’est Lui

Lui qui nous pétrit pour que nous sachions mieux voir, vouloir, pouvoir sa volonté : cette volonté d’amour dont il sait bien plus sûrement que nous, qu’elle seule nous rendra heureux. Le grand désir de Dieu, c’est de nous offrir son amour, et même sa personne, c’est de vouloir demeurer en nous.

Et, pour cet incroyable don et ce difficile accueil (L’Amour n’est pas aimé), il nous faut nous rendre disponible, il nous faut rechercher le silence et le lâcher-prise, dans un abandon confiant, un semblant de gratuité, à vivre dans notre corps, dans notre tête, dans notre cœur. Il nous faut un temps où s’arrêter de « faire », même le bien que nous pensons faire, pour cet autre nécessaire qui est « une rencontre d¹amitié, seul à seul, avec Celui dont nous savons qu’Il nous aime. »

Et si c’était pour chacun d’entre nous, Annonciation : le Christ qui veut prendre corps en moi. Il nous aidera à répondre à notre vocation d’amour. Il faudrait simplement lui donner le temps de l’ensemencement, le temps de nous laisser biner, arroser, émonder pour que la graine jetée en terre pousse et porte du fruit.

Nous avancerons sur ce chemin qui est celui de l’oraison avec ce qui nous fait avancer sur le chemin de la vie : croire, espérer, aimer. Les vrais pas de la vie sont des actes. Ces actes consistent, dans l’oraison, à croire en la Parole de Dieu, à faire confiance à Dieu qui est fidèle à ses promesses et à L’aimer dans l’instant présent.

Cependant, nous ne serons jamais que des bricoleurs …

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II La boîte à outils

2A Pour entreprendre le chemin : commencer…2

3a) Entrer en présence3

Entrer en présence, cela traduit bien cette forme de prière lorsque que nous cherchons, lorsque nous tendons au plus profond de nous-même à rassembler, dans la simplicité du cœur et d’une façon consciente et réelle, les forces conjuguées de notre personne pour les joindre à l’effort de Dieu tel qu’il se déploie en Jésus-Christ. Par cette union, nous devenons en priant présent et actif, coartisan de l’œuvre pour laquelle le Christ vient au monde, nous rassemblons en lui, dans un lien nuptial, les réalités humaines et celles du ciel, nous relions l’humanité et toute la création à Dieu, pour que se produise une conjonction vivifiante, et que le monde se trouve fécondé d’une énergie qui le conduise la où le dessein de Dieu ne peut ne pas vouloir le mener : choisir la vie.

Comment ne pourrions-nous pas penser à ceux qui nous sont proches, par le cœur et par l’espace et qui, de fait, nourrissent notre prière ? Non par souci, car même dans la prière nous devons bannir le souci qui est une forme de notre orgueil et trouble la simplicité de la foi. La Présence à laquelle nous nous livrons alors nous pouvons la rapprocher de ce sentiment que nous éprouvons en certains moments lorsque, les yeux clos, nous ressentons tout un monde bienveillant autour de nous sans qu’il soit besoin de regarder les visages. Dans ces moments privilégiés, nous nous sentons exister, nous sentons le monde vivre en nous d’une manière indicible.

3b) Entrer en communion3

Dans la prière, il s’agit d’une union toujours plus étroite qui précipite l’humanité et le monde au cœur de notre être. Nous existons avec ceux dont nous portons le poids, nous les sentons vivre en nous et nous cherchons leur présence en nous-même. Nous n’éprouvons plus alors le sentiment de prier pour les autres, comme si nous étions séparés et tentions de les rejoindre par l’esprit, mais nous leur sommes si profondément reliés que les distances qui nous séparent sont abolies. Unis intimement, nous nous tournons vers Dieu. D’un même mouvement, pour eux comme pour nous, nous l’appelons. La communion s’établit de notre cœur et de toute notre vie à Lui, parce que nos plus proches comme ceux qui nous sont le plus différents, ne se dissocient plus de nous.

La prière entraîne notre vie à vivre de l’humanité et de toute la création. Là, dans le recueillement, nous accueillons l’humanité entière, et nous prenons conscience que nous rejoignons les extrémités du monde. Les êtres les plus lointains sont de moi, ceux qui vivaient dans un avenir que je ne peux imaginer sont de moi, et cette multitude infinie que je ne peux dénombrer, je la mets devant Dieu. La forme de la prière qui en résulte, celle que je recherche, me fait entrer dans la personne même du Christ selon l’amour que j’en reçois.

3c) Se laisser porter3

Se laisser porter par la grâce, aux mains de Dieu qui nous crée, c’est bien prier. « Laissez-vous au Fils de Dieu », disait Bérulle.

Lorsque nous parvenons à prier de la sorte, nous respirons Jésus, comme un corps respire, appelle en lui l’air et ses richesses d’oxygène pour se vivifier. Celui qui prie apparaît comme les poumons de l’humanité. Il respire les énergies vivantes de Jésus pour en pénétrer, en animer le monde.

Je peux prononcer le nom de Jésus lentement, dans la conscience de ce qu’il est, parce que Jésus, par sa personne, représente la réalisation véritable de ce que nous essayons d’atteindre lorsque nous prions. Sans lui, notre prière demeurerait vaine. Jésus non seulement nous apprend à prier, mais par la prière nous communique sa vie.

Quand nous prions, nous cherchons à rassembler les hommes en Dieu, et cette rencontre dépend non seulement des liens de notre vie, mais aussi de l’ouverture et de la force de notre cœur, de l’intensité et de la pureté du consentement que nous donnons à notre appel. La profondeur de la rencontre procède de notre foi, de notre adhésion à Dieu par l’espace que nous lui ouvrons.

Or, dans le Christ-Jésus, la rencontre est tout autre. Elle ne résulte pas d’une disposition intérieure, elle ne provient pas d’un accident limité à la générosité de notre conscience, cette rencontre constitue fondamentalement la réalité même du Christ. Homme-Dieu, il unit, il marie en lui, d’une façon parfaite et indissoluble l’humanité et la divinité.

Ainsi, lorsque dans la prière nous essayons seulement de dire le nom de Jésus, nous donnons dans l’instant même une extension nouvelle à son incarnation, nous lui sommes vraiment une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son Mystère (Élisabeth de la Trinité). Quand nous prononçons, du plus profond de notre être, le nom du Seigneur, nous nous laissons saisir par son amour, et nous devenons l’humanité renouvelée, car l’humanité se renouvelle de jour en jour, et, à travers elle, se prolonge et s’étend le travail de l’incarnation de Dieu.

Dire Jésus, c’est faire l’acte qui sauve, l’acte qui donne à l’humanité d’aujourd’hui la puissance de salut qui vit en Lui.

2B Pour poursuivre le chemin : donner du temps… souvent2

C’est par la fidélité dans la prière que nous nous ouvrons à la fécondité du mystère de Jésus. Dire simplement le nom de Jésus dans l’oraison, le poser sur le rythme de la respiration, c’est fixer son attention, se rendre attentif et accueillant à ce que ce nom unique produit de salut dans ma vie et dans celle du monde. Nous pénétrons ainsi dans la prière la plus simple, mais aussi la plus fondamentale et la plus vraie. Elle ne nous demande que le silence et l’attention. Parfois au cœur même de nos activités, à condition que nous sachions nous détourner de l’intérêt exclusif que nous donnons à nous-mêmes, que nous ne laissions pas les soucis nous dévorer de fièvre et d’inquiétude…

Pour que le chant du Christ, que l’Esprit commence à balbutier en nous, ne soit pas étouffé, il faut que nous en adoptions le rythme. Il importe que notre réponse à cette prévenance s’inscrive dans le temps et l’espace concrets de notre vie quotidienne.

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III Quelques outils supplémentaires lorsque les boulons résistent !

Il est bien évident, que bien des résistances, des obstacles viennent jalonner notre cheminement dans ce geste de la prière, crises et périodes de découragement et de sécheresse, mais aussi difficultés à mettre en place cette quotidienneté de ce cœur à cœur.

Or, il s’agit bien d’entrer dans cette fréquentation de Celui que notre cœur cherche et de cultiver cette proximité.

Pour y parvenir, trois démarches s’offrent à nous. Indissociables les unes des autres ; chacun peut cependant privilégier l’une ou l’autre.

La première de ces démarches, la plus simple et, peut-être, la plus sûre, est celle du regard. A force de fixer les yeux sur le visage de Jésus tel que nous le devinons à travers ce que nous en dit les récits évangéliques - visage où s’inscrivent les traits du Dieu invisible et ceux de l’homme qui cherche se reconnaître - peut-être finirons-nous par lui ressembler. Faisons de chacun de nos jours, brièvement ou longuement, le temps du regard : un temps où l’on ose encore recourir au visage (Andrée Chédid). La fréquentation de ce visage finira bien par faire descendre en nous l’identité du Christ dans les traits les plus marquants de sa personne.

La seconde passe par l’oreille : il s’agit alors d’écouter la Parole, de scruter l’Evangile par l’intelligence du cœur. Toute notre capacité de réflexion peut se mobiliser sur la lettre des textes, pour que, par les yeux de la foi, nous entrions en véritable connaissance de Jésus, de sa présence aujourd’hui dans nos vies, de l’énergie vitale qu’il y déploie selon la force de son Esprit. Si nous engageons tous les dynamismes de notre intelligence, de notre mémoire, de notre volonté aimante à saisir ainsi, comme à l’obscur, le mystère de la personne de Jésus, alors nous le connaîtrons et nous serons dans ce dialogue révélés à nous-mêmes.

La troisième concerne notre corps. D’une manière ou d’une autre, il devra exprimer le consentement et l’abandon que nous voulons offrir à notre Dieu, dans nos choix volontaires ou dans les sollicitations de la vie. Poser notre corps de telle sorte que nous rejoignons vraiment les lieux de pauvreté en nous : pauvres de puissance, d’estime ou de vertu mais, les mains et le cœur ouverts, alors nous connaîtrons la certitude apaisante d’être vraiment proches de Jésus. Car, en cet abandon, nous serons semblables à Lui, au point de ne faire plus qu’un avec Lui.

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