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		<title>Carmel en France</title>
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		<title>La voie du Carmel et l'homme d'aujourd'hui</title>
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		<dc:subject>PasDansQuoiDeNeuf</dc:subject>

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&lt;p&gt;La voie du Carmel et l'homme d'aujourd'hui Conf&#233;rence donn&#233;e par le P&#232;re Saverio Cannistr&#224;, pr&#233;pos&#233; g&#233;n&#233;ral des Carmes, &#224; l'Institut Notre-Dame de Vie, &#224; Venasque (Vaucluse), le 28 janvier 2012. II m'a &#233;t&#233; demand&#233; de vous parler de ma vision de la mission du Carmel dans le monde actuel, avec ses d&#233;fis et ses attentes. C'est un sujet important, voire crucial, et pas uniquement d'un point de vue th&#233;orique. La mani&#232;re de pr&#233;senter notre action, d'orienter la formation et d'investir nos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.carmel.asso.fr/+-PasDansQuoiDeNeuf-+.html" rel="tag"&gt;PasDansQuoiDeNeuf&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;smallcaps&#034;&gt;&lt;strong&gt;La voie du Carmel et l'homme d'aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e par le P&#232;re Saverio Cannistr&#224;, pr&#233;pos&#233; g&#233;n&#233;ral des Carmes, &#224; l'Institut Notre-Dame de Vie, &#224; Venasque (Vaucluse), le 28 janvier 2012.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/local/cache-vignettes/L270xH448/p._saverio-a1697.jpg?1782924698' width='270' height='448' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3504 '&gt;&lt;strong&gt;P. Saverio Cannistr&#224;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;II m'a &#233;t&#233; demand&#233; de vous parler de ma vision de la mission du Carmel dans le monde actuel, avec ses d&#233;fis et ses attentes. C'est un sujet important, voire crucial, et pas uniquement d'un point de vue th&#233;orique. La mani&#232;re de pr&#233;senter notre action, d'orienter la formation et d'investir nos ressources qui, aujourd'hui, sp&#233;cialement en Europe, sont pauvres, en proc&#232;de.
L'importance du sujet fait que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, chaque membre de la famille th&#233;r&#233;sienne est appel&#233; &#224; s'exprimer &#224; son propos, selon des opinions s&#251;rement diverses. Ce qui pose une autre question : celle du pluralisme des interpr&#233;tations de notre charisme et de notre vocation.&lt;strong&gt; La pluralit&#233; est une richesse&lt;/strong&gt;, mais, en m&#234;me temps, elle requiert l'effort d'un chemin vers l'unit&#233;, dans le respect de la l&#233;gitime diversit&#233; qui d&#233;pend, soit de la multiplicit&#233; des &#233;tats de vie pr&#233;sents dans la grande famille du Carmel (fr&#232;res, moniales, ordre s&#233;culier, religieuses de vie active, instituts s&#233;culiers, la&#239;cs associ&#233;s), soit de sa diffusion universelle, dans des contextes g&#233;ographiques et historico-culturels tr&#232;s &#233;loign&#233;s les uns des autres. Cette l&#233;gitime pluralit&#233; ne doit cependant pas faire perdre de vue &lt;strong&gt;la racine commune de l'arbre&lt;/strong&gt;, &#224; savoir le patrimoine charismatique commun qui identifie le Carmel th&#233;r&#233;sien dans l'&#201;glise et lui conf&#232;re une mission sp&#233;cifique et reconnaissable &#224; travers le temps et dans quelque r&#233;gion du monde que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&#192; l'aube de la modernit&#233;, annoncer la proximit&#233; de Dieu&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la mission fondamentale confi&#233;e au Carmel th&#233;r&#233;sien depuis ses origines au XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, lorsque commence &#224; se d&#233;finir le sujet moderne avec sa nouvelle vision du monde ? Si je devais l'exprimer en un mot, je dirais que le message fondamental que le Carmel de sainte Th&#233;r&#232;se et saint Jean de la Croix est invit&#233; &#224; annoncer &#171; de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration &#187; (Lc 1,50) est celui de la &lt;strong&gt;proximit&#233; de Dieu &#224; l'homme&lt;/strong&gt; et du changement radical qu'une telle proximit&#233; produit dans l'exp&#233;rience que l'homme fait de lui-m&#234;me. Cette mani&#232;re de parler peut para&#238;tre encore abstraite et trop sp&#233;culative, mais, en fait, c'est en elle que r&#233;side la r&#233;alit&#233; exacte du Carmel, son visage fait de petitesse et de pauvret&#233; d'un c&#244;t&#233;, et d'une absolue et radicale nouveaut&#233; de l'autre.
Nous pouvons aborder le sujet de la proximit&#233; &#224; diff&#233;rents niveaux, en puisant dans la tr&#232;s riche &lt;strong&gt;tradition du Carmel&lt;/strong&gt;. Au niveau biblique, le premier mod&#232;le qui se pr&#233;sente &#224; nous est celui du proph&#232;te &#201;lie qui se tient en pr&#233;sence du Dieu vivant, au milieu des oscillations et des d&#233;rives du peuple. Mais son &#171; &#234;tre en pr&#233;sence de Dieu &#187; (1 R 19, 10-11) ne peut pas &#234;tre un simple &#171; rester debout &#187;. En relisant sa passionnante histoire, on d&#233;couvre que le Dieu vivant l'attire &#224; lui, le met en route et, au terme, s'approche de lui d'une mani&#232;re inattendue, dans une &lt;strong&gt;&#171; voix, un silence subtil &#187; &lt;/strong&gt; (d'apr&#232;s l'&#233;nigmatique expression du texte h&#233;bra&#239;que). Une telle exp&#233;rience transforme radicalement sa connaissance de Dieu et son charisme proph&#233;tique, le faisant devenir un charisme d'&#233;coute et d'adoration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre grand mod&#232;le biblique de proximit&#233; de Dieu &#224; l'homme est Marie. Chez &#201;lie, l&lt;strong&gt;a proximit&#233; de Dieu s'est exprim&#233;e en un souffle&lt;/strong&gt; qui s'&#233;nonce en une parole &#224; &#233;couter ; en Marie, Dieu s'approche de l'homme d'une mani&#232;re tellement radicale qu'elle en devient &#171; scandaleuse &#187; et ind&#233;passable : la Parole s'est faite chair. Apr&#232;s deux mille ans de christianisme, nous sommes encore incapables de recueillir jusqu'au bout la port&#233;e de cet &#233;v&#233;nement, parce que Dieu ne parle plus seulement &#224; travers une parole prononc&#233;e, mais &#224; travers une parole incarn&#233;e. Cela devrait changer la mani&#232;re dont l'homme se conna&#238;t, dont il se per&#231;oit lui-m&#234;me. La &#171; chair &#187;, c'est-&#224;-dire sa condition historique et corporelle, n'est plus cause d'&#233;loignement ou de s&#233;paration de Dieu, mais, au contraire, &#171; sacrement &#187; de la rencontre avec lui. Peut-&#234;tre n'avons-nous pas suffisamment observ&#233; combien la vocation de Marie n'a rien de superficiellement sentimental, mais contient en elle le scandale de l'incarnation, qui implique l'homme dans sa propre chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont seulement quelques points qui expliquent la coh&#233;rence du paradigme biblique cong&#233;nital au charisme carm&#233;litain. Nous pourrions continuer longtemps sur le th&#232;me de la proximit&#233;, en le d&#233;veloppant au niveau th&#233;ologique - sp&#233;cialement en approfondissant le myst&#232;re de l'inhabitation de Dieu en nous &#8212; et au niveau anthropologique - la d&#233;couverte que la r&#233;alit&#233; la plus proche de l'homme n'est pas humaine, mais divine &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Deus interior intima meo&lt;/em&gt; &#187; (Augustin, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Confessions&lt;/em&gt;, III, 6, 10) : ainsi l'homme n'arrive &#224; lui-m&#234;me qu'en passant par Dieu. Nous n'avons pas le temps d'aborder tout cela. Je me limite &#224; pr&#233;ciser que ces d&#233;veloppements et ces approfondissements, je ne les con&#231;ois pas comme une recherche de th&#233;ologie syst&#233;matique, mais comme une r&#233;flexion sur une s&#233;rie d'exp&#233;riences spirituelles propres &#224; certaines grandes figures du Carmel, et qui identifie &lt;strong&gt;&#171; la voie du Carmel &#187; &lt;/strong&gt; dans l'&#201;glise, une voie o&#249; la r&#233;flexion th&#233;ologique n'est que le moment d'une assimilation et d'une clarification de tout ce qui a &#233;t&#233; saisi dans la relation avec Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;L'oraison, un &#171; acte agissant &#187; et le paradoxe chr&#233;tien du moi bless&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur du charisme carm&#233;litain-th&#233;r&#233;sien se trouve ainsi une perception aigu&#235; de la proximit&#233; de Dieu. Elle se traduit dans un choix de vie qui fixe au premier plan la relation avec Dieu, la rencontre avec lui. C'est ce que nous appelons &lt;strong&gt;&#171; Oraison &#187;&lt;/strong&gt;, terme auquel on ne peut renoncer, mais qui a aussi besoin d'&#234;tre compris plus en profondeur et surtout ins&#233;r&#233; dans le cadre de cette d&#233;couverte du Dieu qui est &#224; c&#244;t&#233; de moi. Je pourrais dire - si vous me permettez l'expression un peu audacieuse - que&lt;strong&gt; l'oraison est la &#171; chair qui se fait pri&#232;re &#187;&lt;/strong&gt;, comme r&#233;ponse &#224; la Parole qui s'est faite chair. L'oraison est le nom que nous donnons &#224; un &#171; acte agi &#187; (dans le langage d'Aristote, on dirait ergon, activit&#233; dont la fin est l'activit&#233; elle-m&#234;me) : dans nos journ&#233;es de carmes et de carm&#233;lites, les deux heures d'oraison mentale que Th&#233;r&#232;se a plac&#233;es comme colonnes de la journ&#233;e au Carmel. Mais l'oraison est encore plus - pour ainsi dire - un &#171; acte agissant &#187; de notre &#234;tre (&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;energeia&lt;/em&gt;, actualisation), une activit&#233; int&#233;rieure qui la meut int&#233;rieurement, avec la m&#234;me s&#251;ret&#233; que l'aiguille d'une boussole qui tend perp&#233;tuellement vers le Nord.
L'accueil du Dieu proche, du Dieu fait chair, change la mani&#232;re dont l'homme est dans le monde. Il d&#233;stabilise un certain comportement (ce que la Parole appelle &#171; le vieil homme &#187;) et cr&#233;e un nouvel &#233;quilibre, paradoxal par certains aspects. En fait, le Dieu proche appelle l'homme &#224; un &#233;loignement de sa propre subjectivit&#233;, de son propre &#171; je &#187;, qui se pense naturellement dans un mode s&#233;par&#233; et autonome. Plus je m'&#233;loigne du &#171; je &#187; qui s'(auto)r&#233;alise, s'(auto)contr&#244;le, s'(auto)projette, plus je me retrouve, je retrouve le &#171; moi &#187; voulu, aim&#233;, appel&#233; par un Autre. C'est le passage d'un &#171; je &#187; agissant comme fondement de l'existence, &#224; un moi passif. Un tel passage implique une humilit&#233; radicale, dont l'homme est capable seulement s'il d&#233;couvre le Dieu vivant, et d&#233;couvre en m&#234;me temps, que l'existence poss&#232;de une richesse inou&#239;e et impr&#233;visible, qui se chercherait vainement sur le plan des r&#233;alisations du &#171; je &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; je &#187; est vigoureux et efficace par d&#233;finition. Au contraire, le &#171; moi &#187; est &#171; bless&#233; &#187;, parole ch&#232;re &#224; Jean de la Croix, et plus encore au Cantique des Cantiques. C'est une blessure originelle, inscrite dans l'&#234;tre, dans la chair, plus ancienne encore que dans la psych&#233; ou dans l'affectivit&#233;. Le &#171; moi &#187; rec&#232;le dans son &#234;tre les signes br&#251;lants d'un contact avec l'Amour d'o&#249; il provient et vers lequel il tend, avant et au-del&#224; de toute implication subjective. &#171; Renonce &#224; tes convoitises, et tu trouveras ce que ton c&#339;ur d&#233;sire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean de la Croix, Avis, 15, &#201;d. Dominique Poirot, Paris, Cerf, 1990, p. 271.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;strong&gt; C'est du c&#339;ur que surgit cette incessante activit&#233; de recherche de Dieu.&lt;/strong&gt; C'est la source cach&#233;e &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;que mana y corre&lt;/em&gt; &#187; jour et nuit, et accompagne par son murmure le roulement de nos &#171; &#339;uvres et jours &#187;. De cette source ne surgit pas un langage verbal : bien plus, dans certains moments d'inspiration, elle s'exprime sous une forme lyrique. Ordinairement cependant, son langage est fait de &#171; chair &#187;, c'est-&#224;-dire de v&#233;cus. Michel Henry parlerait de &#171; paticit&#233; &#187; de la chair, c'est-&#224;-dire d'une mani&#232;re de &#171; sentir &#187; la vie, de la conna&#238;tre dans une passivit&#233; affective.
Le paradoxe chr&#233;tien est que ce &#171; moi &#187; bless&#233; et pauvre, qui cherche de toutes ses forces ce que son c&#339;ur d&#233;sire, sans r&#233;ussir &#224; le trouver dans les r&#233;alisations de ses mains et de son intelligence, ce &#171; moi &#187; &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;con ansias en amores inflamada&lt;/em&gt; &#187; (&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Noche oscura&lt;/em&gt;), est en r&#233;alit&#233; le fondement le plus solide de la vie de l'homme, celui en qui il peut trouver sa v&#233;ritable stabilit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je crois que Jean de la Croix entend la m&#234;me chose, lorsqu'il &#233;crit dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je sais que cela peut appara&#238;tre incompr&#233;hensible, mais c'est ici qu'&#224; mon avis se situe la contribution la plus importante que le Carmel peut donner au monde d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Si l'&#226;me nous &#233;chappe, c'est le monde qui nous &#233;chappe&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le Carmel th&#233;r&#233;sien, &#224; partir de son exp&#233;rience de l'oraison, a une parole &#224; dire &#224; l'homme d'aujourd'hui quant &#224; son plus grave probl&#232;me qui est, me semble-t-il, la perte de sens et de consistance de la vie, le vide et le n&#233;ant sous-jacents &#224; notre mode de vie. Nous sommes constamment occup&#233;s par le &#171; faire &#187;, par le besoin d'&#233;prouver des sensations et, plus encore, par la communication de ce que nous faisons et de ce que nous sentons. Mais tout ce mouvement para&#238;t ne reposer sur aucun fondement solide. C'est un flux continuel d'informations et d'&#233;motions qui travaille la personne, envahissant tous les champs. En cons&#233;quence, nous avons l'impression d'&#234;tre sans &#226;me, sans int&#233;riorit&#233;. Le courant qui nous habite est collectif et donc in&#233;vitablement anonyme. L'internet est l'image la plus manifeste de ce changement anthropologique : une sorte de canal par lequel tous les circuits convergent pour atteindre une &#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;anima mundi&lt;/em&gt; &#187; online. Je me demande si la vie en elle-m&#234;me ne nous fait pas peur et que, pour cette raison, nous pr&#233;f&#233;rons l'affronter dans sa version virtuelle, r&#233;fl&#233;chie sur le petit &#233;cran de notre ordinateur ou de notre t&#233;l&#233;phone portable, dans l'illusion qu'ainsi, il sera plus facile de la g&#233;rer et de la maintenir sous contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, si l'&#226;me nous &#233;chappe, c'est le monde qui nous &#233;chappe, parce que - comme l'enseignait saint Thomas - l'&#226;me humaine est en quelque mani&#232;re toutes les choses (&#171; &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;anima est quodammodo omnia&lt;/em&gt; &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas d'Aquin, De Anima, Q. 13, resp.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , c'est-&#224;-dire le monde en tant que per&#231;u, compris et appropri&#233; par l'homme. Cette &#171; int&#233;riorisation &#187; et appropriation du monde dans la conscience de l'homme est exactement l'oppos&#233; de ce &#224; quoi nous habitue notre culture, qui tend plut&#244;t &#224; l'&#171; ext&#233;riorisation &#187; de la conscience, &#224; son ali&#233;nation dans un sentir ind&#233;fini et un communiquer collectif. Chaque perte de connaissance de soi-m&#234;me est en m&#234;me temps une perte de la connaissance du monde, de &#171; l'humanisation &#187; du monde, malgr&#233; tous les progr&#232;s dans le domaine des connaissances techniques et scientifiques.
Dans cette situation, qui ne peut que susciter d&#233;sorientation et inqui&#233;tude, on peut &#234;tre tent&#233; de retourner en arri&#232;re, &#224; des structures rigides, &#224; des codes normatifs, pour les superposer sur l'instabilit&#233; &#171; liquide &#187; dans laquelle nous sommes immerg&#233;s. La stabilit&#233; r&#233;tablie de cette mani&#232;re est, &#224; mon avis, illusoire et destin&#233;e t&#244;t ou tard &#224; s'effondrer sous la pouss&#233;e d'une masse de probl&#232;mes existentiels, psychologiques et affectifs non r&#233;solus. C'est le risque d'une id&#233;ologie qui pr&#233;tend imposer &#224; l'histoire ses propres sch&#233;mas, au lieu d'extraire de la r&#233;alit&#233; historique les fragments de v&#233;rit&#233; dont elle est porteuse, ce que le concile Vatican II a appel&#233; les &#171; signes des temps &#187; (&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Gaudium et Spes&lt;/em&gt;, 4). Dans un certain sens, nous n'avons pas le choix : nous pouvons seulement aller de l'avant, assumant la r&#233;alit&#233; dans laquelle nous sommes plong&#233;s et cherchant, &#224; partir d'elle, la voie sur laquelle l'Esprit veut nous guider.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;Avec l'homme convaincu d'&#234;tre &#171; maudit &#187;, se placer sous la b&#233;n&#233;diction de Dieu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas que ce soit le moment - si jamais il y en a eu un - pour conduire une croisade contre le monde et pour &#233;riger des bastions. Je crois, par contre, que la mission de l'&#201;glise est plut&#244;t celle d'assumer la douleur du monde, son angoisse et sa p&#233;nible recherche, s'asseyant - comme disait Th&#233;r&#232;se de l'Enfant-J&#233;sus - &#171; &#224; la table des p&#233;cheurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;r&#232;se de l'Enfant-J&#233;sus, Manuscrit C, 6r&#176;.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . En tout cas, je ne vois pas d'autre mission pour le Carmel, sinon celle d'une &#171; proximit&#233; &#187; &#224; l'homme, capable de lui communiquer la proximit&#233; de Dieu : aider l'homme &#224; placer sa vie et sa solitude sous la b&#233;n&#233;diction de Dieu.
Ce qu'a &#233;crit Henry Nouwen dans son livre sur la vie spirituelle dans un monde s&#233;cularis&#233;, me para&#238;t tr&#232;s profond : &#171; Pour moi, la pri&#232;re devient de plus en plus une fa&#231;on d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute de la b&#233;n&#233;diction. [&#8230; ] le vrai &#171; travail &#187; de la pri&#232;re consiste &#224; faire silence et &#224; &#233;couter la voix qui dit de bonnes choses &#224; mon sujet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henry Nouwen, La seule chose n&#233;cessaire : vivre une vie priante (traduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il peut sembler facile, ou plus, nous pourrions d&#233;couvrir dans un tel comportement une forme d'auto-indulgence. En r&#233;alit&#233;, c'est le contraire qui est vrai. L'homme d'aujourd'hui est tellement convaincu d'&#234;tre &#171; maudit &#187;, d'&#234;tre s&#233;par&#233; de Dieu, qu'il ne r&#233;ussit pas &#224; faire taire la voix int&#233;rieure qui le condamne, et qu'il trouve une incessante confirmation de cette condamnation dans les chutes qu'il exp&#233;rimente, particuli&#232;rement dans le cadre de sa vie relationnelle et affective. La sensation d'impuissance, l'incapacit&#233; de tisser des relations satisfaisantes et stables avec les autres, le fait de rester prisonnier d'une solitude non voulue, sont interpr&#233;t&#233;s comme des signes de condamnation de notre &#234;tre, comme la preuve du &#171; mal &#187; que nous portons en nous et qui, souvent involontairement, nous pousse &#224; l'ext&#233;rieur. Derri&#232;re le bruit qui nous entoure, la superficialit&#233; et l'apparente indiff&#233;rence du monde, c'est une humanit&#233; souvent d&#233;moralis&#233;e et n&#233;cessitant de retrouver esp&#233;rance et confiance en elle-m&#234;me qui transpara&#238;t.
C'est dans ce contexte que l'oraison th&#233;r&#233;sienne peut manifester toute sa valeur et sa force &#233;vang&#233;lisatrice. Qu'est-ce que l'oraison selon sainte Th&#233;r&#232;se, sinon &#233;couter la voix de celui dont &#171; nous savons qu'il nous aime &#187; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;r&#232;se d'Avila, Livre de la Vie, 8, 5&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la voix de la b&#233;n&#233;diction de Dieu sur nos vies, malgr&#233; toutes les faiblesses, toutes les infid&#233;lit&#233;s et tous les p&#233;ch&#233;s. La voix qui b&#233;nit nos blessures, de m&#234;me qu'elle b&#233;nit le pain partag&#233; le transformant en don d'amour pour le monde.
Qui conna&#238;t les saints du Carmel sait combien ils insistent sur la dimension &#233;volutive de transformation de la personne, mise en route par la pri&#232;re. Cette croissance a &#233;t&#233; autrefois exprim&#233;e dans le langage de l'initiation (d&#233;butants, progressants, parfaits) ou du rapport sponsal (qui va de l'amour naissant aux fian&#231;ailles, et jusqu'&#224; atteindre au mariage spirituel). Le pain rompu devient Eucharistie : le corps crucifi&#233; devient le corps glorieux du Ressuscit&#233;. C'est cela le myst&#232;re qui se r&#233;alise dans la rencontre avec Dieu. Tout cela est b&#233;n&#233;diction, la parole qui dit du bien de nous et qui, la disant, la con&#231;oit en nous. C'est cela la parole que l'oraison nous apprend &#224; &#233;couter et, une fois entendue, nous ne pouvons pas la garder pour nous. Elle demande &#224; &#234;tre communiqu&#233;e, prononc&#233;e sur chaque souffrance, sur chaque blessure, sur chaque vie bris&#233;e. C'est, &#224; partir de mon exp&#233;rience, l'unique vraie mission du Carmel dans l'&#201;glise et dans le monde d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;P. Saverio Cannistr&#224; prep.gen. ocd&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean de la Croix, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Avis&lt;/em&gt;, 15, &#201;d. Dominique Poirot, Paris, Cerf, 1990, p. 271.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je crois que Jean de la Croix entend la m&#234;me chose, lorsqu'il &#233;crit dans les Maximes de lumi&#232;re et d'amour : &#171; Il vaut mieux avancer avec un fardeau en compagnie d'un homme robuste que de marcher sans fardeau en compagnie d'un infirme. Quand tu portes un fardeau tu es en compagnie de Dieu, qui est lui-m&#234;me ta force, car il est proche de ceux qui sont dans la tribulation (Ps 33, 19). Quand tu n'as point de fardeau, tu es en soci&#233;t&#233; avec toi-m&#234;me qui n'es qu'infirmit&#233; &#187; (&lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Avis&lt;/em&gt;, 4, &#201;d. Dominique Poirot, Paris, Cerf, 1990, p. 270)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas d'Aquin, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;De Anima&lt;/em&gt;, Q. 13, resp.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#233;r&#232;se de l'Enfant-J&#233;sus, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Manuscrit C&lt;/em&gt;, 6r&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henry Nouwen, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;La seule chose n&#233;cessaire : vivre une vie priante&lt;/em&gt; (traduction de &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Life of the Beloved&lt;/em&gt;), Bellarmin, 2001, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#233;r&#232;se d'Avila, &lt;em class=&#034;spip&#034;&gt;Livre de la Vie&lt;/em&gt;, 8, 5&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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